Mercredi dernier, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles votait un important décret organisant le futur, à partir de 2018, des arts de la scène. Au texte de ce décret, est joint un rapport demandé à la société de conseil Kurt Salmon. Une étude dont les résultats n’avaient pas encore été présentés. Cette étude est une idée de l’ancienne ministre de la Culture, Joëlle Milquet, lorsqu’elle avait lancé les travaux pour une réforme des subsides en arts de la scène afin, entre autres, d’augmenter les budgets qui vont aux artistes et d’optimiser les frais de fonctionnement.

Après un appel d’offres, c’est Kurt Salmon qui a remporté le marché : coût de 63 000 euros avec un comité de pilotage de l’étude qui comprenait des représentants du cabinet et de l’administration culture ainsi que deux personnalités culturelles, la comédienne Jeanne Dandoy et Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre le Public.

Ce rapport de presque cent pages procède d’abord à une série de comparaisons chiffrées entre les théâtres. Kurt Salmon en précise le cadre : il ne s’agit nullement d’évaluer la qualité des spectacles, ni le contexte des productions. On part des données « brutes », qui ont elles-mêmes des limites : elles sont parfois discordantes d’un opérateur à l’autre, ne portent que sur une saison et un flou demeure sur la définition de ce qu’est « la part artistique » dans les coûts d’un théâtre par rapport aux « coûts de fonctionnement ».

Avec les limites annoncées, on voit cependant nettement que le Théâtre le Public sort gagnant presque chaque fois : nombre de spectateurs, nombre de spectateurs par « unité » de subvention, part de la billetterie dans le budget, nombre de représentations au siège, part qui va à l’artistique dans le budget global, etc., alors que de grosses structures (avec d’autres obligations il est vrai) comme le Théâtre national et le Manège.Mons arrivent bien plus loin.

Mutualisations et fusions

L’étude de Kurt Salmon compare la moyenne de la part artistique en Communauté française à ce qui se passe en Flandre et en France pour estimer que sur ce plan, on peut faire mieux en suivant les pistes de « mutualisation des coûts » et de « fusions » progressives et sur base volontaire de théâtres. Les mutualisations se font déjà comme le démontre le nombre croissant de coproductions qui permettent de jouer plus souvent un spectacle. Mais Kurt Salmon propose d’autres mutualisations : emplois, plateformes Internet, commercialisation des spectacles, frais de fonctionnement, etc.

Kurt Salmon propose d’étudier des projets de fusions « graduelles » entre opérateurs. Il évoque ainsi une fusion à terme du Varia avec le Rideau, du Théâtre Le Public et du Jean Vilar, du Théâtre national et du Manège.Mons et même une fusion à quatre : Océan Nord, les Tanneurs, la Balsamine, le Théâtre de la Vie.

L’étude ne fait pas l’unanimité. D’aucuns critiquent le mélange des données et surtout le fait de comparer des données brutes sans mises en contexte. Les mutualisations possibles seraient déjà opérées et les autres pistes seraient d’un rendement marginal, disent d’autres. Quant à des fusions spectaculaires, on en est encore loin.

Le cabinet d’Alda Greoli estime que cette étude n’avait pas pour but d’influencer directement le décret, ni de fixer des quotas ou des obligations, mais bien d’aider, par des pistes utiles et stimulantes, les opérateurs à préparer leurs dossiers de subsidiation en suivant la ligne de « l’artiste au centre ».

Michel Kacenelenbogen : « Je ne veux pas être puni »

Michel Kacenelenbogen est directeur du Public. Il a fait partie du comité de pilotage de l’étude. Son théâtre arrive en tête en fonction des critères choisis et il s’est déclaré fâché que cette étude soit, pense-t-il, mise sous le boisseau. Il avait tôt alerté la ministre Joëlle Milquet pour lui dire que sans moyens complémentaires pour les arts de la scène, et toutes choses restant égales, la part de budget destinée aux artistes diminuerait de 15 % par an.

Cette étude aurait-elle dû influencer davantage le décret en fixant par exemple des critères plus stricts sur la part artistique ?

Pas obligatoirement. Mais personne ne le saura jamais puisque les résultats de cette étude n’ont pas fait l’objet d’un débat.

Vous êtes en tête sur tous les points, qu’attendez-vous comme conséquence de ça dans le prochain contrat-programme ?

De ne pas être puni.

L’étude admet ses propres limites comme celle d’une définition manquante de « la part artistique » et souligne que les données sont brutes basées sur une année hors de tout contexte « artistique ».

Toute étude a ses limites. Toute étude a son contexte. Mais cela fait trente ans que je suis dans le secteur des arts de la scène et jamais jusqu’à ce jour, une étude chiffrée, apolitique, n’a été réalisé, par une société indépendante, sur son futur avec les pouvoirs politiques.

Que pensez-vous de l’idée évoquée dans l’étude de fusion Public-Vilar ou Public-National ?

Si cela augmente l’emploi artistique, pourquoi pas.

Cette étude dont vous étiez dans le comité de pilotage doit-elle guider les futurs travaux des commissions d’avis et les choix de la ministre ?

Tout va dépendre de comment la ministre de la Culture, Alda Greoli, entend faire fonctionner la démocratie participative. S’il est vrai que cette étude ne prend en compte qu’une réalité économique, il est également vrai que depuis trente ans, seuls des critères qualitatifs ont été pris en compte par les commissions (CAD, CAPT) et par les différents ministres que j’ai pu connaître depuis 1994, pour attribuer une subvention conséquente.

Auteur: G.DT
Source: La Libre (mis en ligne 19/10/2016)

Que va-t-il advenir du musée Wiertz, à Bruxelles. Situé dans le quartier Léopold, il jouxte le Parlement européen et fait partie d’un ensemble ayant appartenu au peintre, sculpteur et homme de lettres belge Antoine Wiertz (1805-1865). Cet ensemble comprend la maison particulière de l’artiste, son jardin, ainsi que son atelier où sont exposées ses collections léguées à l’Etat belge à sa mort, à charge pour ce dernier de créer un musée accessible gratuitement.

On a appris jeudi qu’un accord de principe qui doit encore être formalisé est intervenu entre l’Etat fédéral et le Parlement européen pour permettre à ce dernier de prendre possession d’une partie des lieux via un bail emphytéotique de cinquante ans pour 1 euro symbolique. Ce n’est pas le musée Wiertz à proprement parler qui est concerné, mais la maison privée et le jardin. L’institution européenne souhaiterait en prendre possession pour y organiser des événements et des rencontres de prestige.

L’existence de cet accord a surpris les musées royaux des Beaux-Arts de Belgiqueauquel est rattaché le musée Wiertz depuis 1868. « Nous regrettons de ne pas avoir été concertés dans ce dossier », déplore sa responsable de la communication, Isabelle Bastaits. Celle-ci rappelle que les musées royaux des Beaux-Arts ont pour mission la conservation et la gestion des œuvres contenues dans les six musées sous leur autorité. En revanche, tout ce qui concerne les bâtiments qui abritent les collections est du ressort exclusif de la Régie des bâtiments qui dépend du ministre de l’Intérieur. En l’occurrence, Jan Jambon (N-VA).

On se demande ce qui va suivre

Si elle tombait des nues au moment d’apprendre l’existence de cet accord, Isabelle Bastaits reconnaît que la démarche peut avoir du positif. « La partie muséale a été récemment rénovée par la Régie des bâtiments, rappelle-t-elle, mais la partie privée de la bâtisse est dans un mauvais état. Un accord avec le Parlement européen permettrait de remettre les lieux en état, ce qui serait bien. » En revanche, la responsable de la communication des musées royaux des Beaux-Arts ne peut s’empêcher d’être inquiète pour les collections abritées dans le musée Wiertz. « La maison privée et l’atelier de l’artiste sont mitoyens. Nous craignons que les vibrations, les volumes sonores, etc., ne dégradent les œuvres qui sont très fragiles. Les conditions de conservations muséales sont très strictes en la matière. »

Mais certains s’interrogent aussi sur la considération que porte le gouvernement à la conservation du patrimoine et aux grands musées. « Ça commence par le petit musée Wiertz et on se demande ce qui va suivre… », pouvait-on entendre sous couvert d’anonymat. Des propos qui visaient avant tout la N-VA, régulièrement accusée de vouloir démanteler le patrimoine culturel fédéral afin de le communautariser.

Auteur: Charles Van Dievort
Source: La Libre (mis en ligne le 06/10/2016)

C’est une très belle nouvelle pour Bruxelles, bienvenue après tous les déboires des tunnels qui s’effondrent, du lock-down après les attentats et les ennuis du piétonnier. Jeudi, a été signé officiellement un protocole d’accord entre la Région bruxelloise (son président Rudi Vervoort) et le Centre Pompidou représenté à Bruxelles par son président Serge Lavignes et son directeur du musée d’Art moderne, Bernard Blistène.

L’accord a été signé symboliquement dans les ateliers même de l’ex-garage Citroën rachetés par la Région en octobre 2015 pour 20,5 millions et qui doivent être transformés en un «pôle culturel d’envergure mondiale». Les musées d’aujourd’hui aiment ainsi reprendre d’anciens bâtiments industriels emblématiques (comme la Tate à Londres ou le Wiels à Bruxelles).

Le partenariat entre la Région et le Centre Pompidou se développera en deux phases. La première, objet du protocole d’accord signé, est une « phase de préfiguration du projet » et la seconde consistera à le concrétiser sur la base des modalités déterminées durant la phase de préfiguration. La mission de préfiguration, remettra ses conclusions fin juillet 2017.

Elle donnera lieu alors à la signature d’une « convention de partenariat structurel » (un partenariat à durée indéterminée) entre la Région et le Centre Pompidou d’ici la fin de l’année 2017. La date d’ouverture au public du musée est prévue pour 2020 au plus tard.

120.000 oeuvres

Il est donc trop tôt aujourd’hui pour savoir ce que coûtera à la région bruxelloise cet accord avec le Pompidou et quelles seront les oeuvres qui viendront à Bruxelles dans les expositions permanentes. Notons que le Pompidou apportera non seulement une partie de ses immenses collections (il possède 120000 oeuvres et n’en expose que 10 % actuellement), mais aussi son expertise en matière de programmation, de création et de gestion d’une collection permanente, ses connaissances pluridisciplinaires (performances, cinéma, musique avec l’Ircam -le centre de Pierre Boulez, etc.). Nous avions déjà laissé entendre que cet accord se ferait. Le voilà confirmé. Il était indispensable depuis que le fédéral refusait de prêter ses oeuvres à un musée dépendant d’un autre pouvoir.

Serge Lasvignes l’a précisé : « Le Centre Pompidou contribuera à la programmation culturelle, apportera expertise et ingénierie culturelle. Il exercera également une mission de conseil et d’assistance pour la stratégie d’acquisition des collections permanentes et de développement du futur musée ».

Sur Twitter, le Pompidou disait qu’après avoir accueilli Anne Teresa de Keersmaeker et ouvert l’expo Magritte qui fait un triomphe (7000 visiteurs par jour, les 12000 catalogues épuisés en une semaine), « le Centre Pompidou se met entièrement à l’heure belge ! »

Rudi Vervoort ajoutait : « Ce projet constitue un effet levier pour revitaliser le territoire, en retissant les liens entre les deux rives du Canal, mais il a également vocation à devenir le véritable vaisseau culturel de la Région bruxelloise ».

Tout sera culturel

Le projet est lancé sur base de l’étude réalisée sur les potentialités du site par l’association momentanée WAM (l’architecte hollandais Wessel de Jonge, le conseil immobilier Advisers et le bureau d’urbanisme MSA). Finalement, il n’y aura dans les 35000 mètres carrés que du culturel. Pas, donc, d’immobiliers ou de logements.

On y placerait deux grands musées.

D’abord, sur 15000 mètres carrés, un « Musée d’Art moderne et contemporain ». couvrant la période 1920-2020. Ce musée sera construit en partie dans les ateliers existants du Citroën et en partie, dans un nouveau bâtiment à construire sur l’actuel immeuble de bureau du Citroën (pour les oeuvres fragiles).

A côté, sur 9000 mètres carrés, il y aura un « musée de l’architecture » qui reprendra le centre actuel Civa et toutes ses collections qui y déménageront, ainsi que les archives de Sint-Lukas qui viennent d’être intégrées au Civa. Un musée qui a l’ambition de regarder le passé de l’architecture à Bruxelles mais pour mieux envisager l’avenir de son architecture. Le musée sera installé dans la partie nord des actuels ateliers.

A cela, s’ajouteront des « espaces publics », ouverts, gratuits, dans l’actuel « show room » qui sera restauré en y enlevant les planchers intermédiaires parasites. Ce seront des « rues intérieures » avec sculptures , animations, cafés, performances.

Un concours international d’architecture sera lancé très bientôt pour choisir d’ici l’été 2017 un bureau d’architecture qui mènera la rénovation. Les travaux devraient débuter en 2018, pour un coût de 140 millions d’euros et se terminer en 2020. Le musée ouvrirait donc dans quatre ans, lors de l’année 2019-2020, comme point d’orgue d’une année consacrée à l’art contemporain dans la région bruxelloise. « Le politique veut faire de Bruxelles une capitale de l’art contemporain ».

Quel nom ?

L’étude du bureau WAM chiffe le nombre de visiteurs annuels possibles entre 500000 (scénario minimaliste) et un million de visiteurs (scénario maximaliste). Auquel s’ajouterait la première année, 300000 visiteurs par effet de nouveauté.

Rien n’est décidé sur le nom de ce « centre culturel ». On pourrait y voir le nom « Pompidou », garant d’un prestige certain. On pourrait maintenir « Citroën ». Tout reste ouvert.

Comme on le pressentait, Yves Goldstein, 38 ans, est « chargé de mission » à ce stade pour mener ce projet à bien comme il l’a déjà « porté » depuis trois ans. Il le connaît parfaitement et a l’énergie et la manière pour gérer de gros dossiers comme celui-ci. Il répète qu’il n’a pas l’ambition de devenir directeur artistique du futur musée même si, précise-t-il, il se passionne pour l’art contemporain. Yves Goldstein vient de démissionner de son poste de chef de cabinet du ministre-président Rudi Vervoort et aura donc tout son temps pour ce projet.

Multiples collaborations

Autour de ce noyau, on développerait un travail avec les collectionneurs, les galeries et les centres d’art à Bruxelles.

Une première expo, en guise de préfiguration du futur musée sera organisée en 2018.

Le rôle du Pompidou sera capital. Serge Lavignes souligne que c’est un accord « sui generis », « sur mesure » , qui « tient compte de le place de Bruxelles au coeur de l’Europe, du nombre de collectionneurs français à Bruxelles, du dynamisme culturel bruxellois ». Il ne s’agit donc pas d’un simple musée « pop-up » comme le Pompidou a ouvert à Malaga, ni d’une grande « succursale » comme à Metz. Serge Lavignes le compare plutôt au Louvre Abu Dhabi où un grand musée aide à la création d’une autre grand musée et petit à petit, celui-ci constituera ses propres collections.

Le musée comprendra une section d’expo permanente (le musée espère attirer les dons et prêts de collectionneurs) et de fortes expos temporaires

Le futur centre veut donc travailler avec tous les acteurs bruxellois, y compris en arts de la scène comme le Kunsten et le Kaai. On sait que la secrétaire d’Etat à la politique scientifique Elke Sleurs (N-VA) ne veut pas prêter les œuvres du musée des Beaux-arts pour ce musée bruxellois. Elle a annoncé –mais les travaux n’ont pas commencé- que les collections du musée d’Art moderne actuellement fermé seraient réinstallées dans les « extensions » du musée des Beaux-arts sur 2500 mètres carrés, d’ci la fin de la législature. Mais d’autres collections publiques et privées pourraient être intéressées.

Le futur musée se dit ouvert à tous les partenariats.

Dès l’annonce de l’accord, la députée Yamila Idrissi (S.PA) qui supportait le Citroën depuis le début s’est réjouie. Comme par exemple, Charly Herscovici qui est à la base du musée Magritte et se dit prêt à collaborer. Mais beaucoup attendent encore les détails d’un projet ambitieux.

Paul Dujardin directeur de Bozar a réagi pour La Libre

« J’applaudis l’arrivée d’un nouvel acteur comme Citroën, ce qui pour moi ne peut que renforcer la dynamique actuelle au niveau de l’art moderne et contemporain. Bruxelles a la même force de frappe que Berlin. Je ne vois pas cela comme une concurrence. Tout comme Berlin, Dresde et Lyon, Bruxelles offre la même diversité aux maisons culturelles. Nous pouvons encore davantage créer des synergies entre les différentes entités créatives de la ville : de Forest (Wiels / Rosas) à la zone du Canal (Citroën, Tour & Taxis, Mima, Vanhaerents) jusqu’au Monts des Arts (BOZAR, le Musée des Beaux-Arts) et le quartier européen (Cinquantenaire, le Musée de l’Europe). Travaillons donc de concert pour mettre en place un projet structurel d’envergure autour de l’art contemporain à Bruxelles. »

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 29/09/2016)

Deux candidats s’affrontent pour la gestion du Cirque Royal. La Ville de Bruxelles, via l’ASBL Brussels Expo. Le Bota et le Sportpaleis, « avec le soutien d’Alda Greoli », assurent-ils.

L’image n’est pas banale. Autour de la table, ils sont trois : deux Francophones, un Flamand, unis pour défendre un projet culturel… à Bruxelles. Annie Valentini, directrice générale, et Paul-Henri Wauters, directeur artistique, représentent le Botanique et Jan Van Esbroeck le Sportpaleis d’Anvers. Les premiers sont membres d’une ASBL subsidiée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, le second, totalement privé, gère depuis plus de 20 ans des salles de concert (le Sportpaleis, la Lotto Arena, Forest National…) et des théâtres.

Ensemble, ils sont candidats pour l’exploitation du Cirque Royal, cette salle de spectacle située dans le Pentagone. Le Botanique a géré cette salle pendant près de 17 ans, avant que la Ville de Bruxelles, propriétaire des lieux, rompe le contrat au printemps dernier pour laisser la place à l’ASBL Brussels Expo (une structure de la Ville de Bruxelles gérant une série d’événements et dirigée par Philippe Close, par ailleurs échevin PS du Tourisme). Cette décision avait fait l’objet d’un recours au conseil d’Etat du Bota, qui a eu gain de cause, obligeant la Ville à lancer un appel d’offres. La guerre des salles est-elle déclarée ? Aujourd’hui, le Bota et le Sportpaleis fourbissent leurs armes…

Comment s’est faite cette collaboration surprenante ?

Annie Valentini : La ministre de la Culture Alda Greoli (CDH, NDLR) a pris une initiative au mois de juillet : une rencontre avec Sven Gatz (ministre flamand de la Culture et de Bruxelles, VLD, NDLR) pour essayer de faire de la gestion du Cirque un dossier emblématique de l’accord de coopération entre Communautés, en confiant au Botanique et à l’Ancienne Belgique – qui dépend de la Communauté flamande – la gestion du lieu. Cette proposition de la ministre s’est heurtée à une réticence de l’AB. Cette dernière était d’abord très intéressée, cela fait des années qu’elle cherche une salle comme ça. Mais face à ce qui est apparu comme une grosse résistance de la Ville de Bruxelles, ils n’ont pas osé. Cela leur semblait perdu d’avance et ils craignaient des répercussions sur leur fonctionnement car ils sont sur le territoire de la Ville.

Et là, le Sportpaleis est arrivé ?

Jan Van Esbroeck : C’est mon initiative. Le Sportpaleis gère depuis 20 ans de salles de concerts. On fait bien notre travail, je crois, ça marche bien, on a des bons chiffres. On est une organisation solide avec une longue expérience. C’est évident que lorsqu’il y a une salle comme le Cirque qui vient sur le marché, ça nous intéresse.

Vous ne partez pas gagnant, en tant que Flamand qui débarque à Bruxelles…

Jan Van Esbroeck : Nous ne sommes pas des Flamands, mais des entrepreneurs. Qui par hasard travaillent en Flandre… On n’est pas politiquement engagé.

Vous ne craignez pas un bouclier communautaire ?

Paul-Henri Wauters : Dans les faits, tant du côté du public que des artistes, on dépasse très clairement le clivage communautaire. L’AB et le Bota sont des lieux où les artistes flamands et francophones se sentent à la maison. C’est vrai aussi pour le public. C’est devenu ringard de parler communautaire maintenant. Annie Valentini : On nous dit qu’on se vend aux Flamands ? Ce n’est pas un projet politique ou institutionnel ! Moi je dis : on devrait se féliciter de voir de l’argent flamand investi à Bruxelles.

L’intérêt exact du Sportpaleis ?

Jan Van Esbroeck : Je l’ai dit, quand une salle comme ça se libère, c’est intéressant. Nous pouvons assumer tout ce qui est gestion commerciale et gestion de salle et laisser la direction artistique et de programmation au Botanique. On ne peut pas attendre qu’une ASBL comme le Bota investisse dans les murs, le béton, le bâtiment. Le Sportpaleis est prêt à investir 3 millions d’euros directement. Comment la Ville va-t-elle juger notre candidature ? Je ne peux pas m’imaginer que la candidature de Brussels Expo donnera les mêmes garanties. Tant au niveau des investissements, que de la gestion commerciale et artistique. On aime penser que la Ville choisira la meilleure solution pour Bruxelles.

Paul-Henri Wauters : C’est un beau projet avec une mixité linguistique. Nous sommes vraiment très complémentaires.

Ne craignez-vous pas que les dés soient pipés ? Après tout, c’est la Ville de Bruxelles qui prend la décision finale…

Jan Van Esbroeck : L’appel de la Ville a été prévu pour Brussels Expo. C’est à peine s’ils n’ont pas écrit dans l’appel « votre nom doit être Brussels Expo ». (Rires) Annie Valentini. L’appel d’offres a été publié en juillet, avec le minimum de visibilité, et il fallait rentrer le dossier pour le 29 août. C’est vraiment créer les conditions pour que les candidatures soient réduites ou inexistantes…

Le Bota peut-il vivre sans le Cirque Royal ?

Paul-Henri Wauters : Pour le moment le Bota vit dans la résistance. On espère toujours que le bon sens va l’emporter. Le choix raisonnable doit s’imposer. C’est vital pour notre développement ! On va se retrouver 15 ou 20 ans en arrière ? Dans tous les cas on sera amené à se redéployer, c’est impossible pour nous d’accepter cette diminution de voilure. La logique est en tout cas absurde pour nous. On ne peut pas comprendre qu’à un moment donné, un pouvoir local francophone décide de récupérer ce qui est pour nous notre grande salle ! On ne comprend pas qu’il n’y a pas un sursaut politique en disant : « Vous ne touchez pas au Bota » comme il y en aurait sans doute un si un pouvoir local flamand essayait d’empêcher l’AB de se développer comme il le faut… Politiquement, c’est un vrai questionnement. Comment peut-on se développer dans une communauté si, à un moment, quand tout fonctionne, on risque ce que nous appelons une récupération, qu’on vous enlève votre outil ?

Vous n’avez aucun soutien politique ?

Paul-Henri Wauters : La ministre Alda Greoli nous soutient. Notre conseil d’administration, où les quatre partis francophones sont représentés, s’est mis d’accord. On a un large soutien, dans tous les partis. Mais à la Ville de Bruxelles, il y a visiblement une indifférence à ces questions-là.

Votre dossier est costaud ?

Paul-Henri Wauters : Près de 90 % de tiers, des organisateurs dans le milieu, nous ont fait des lettres de recommandation. Le premier agent francophone Nada a signé, enthousiaste. Le premier opérateur flamand a signé. Herman Schueremans de Live Nation a signé. C’est quelqu’un d’hyper respecté au niveau international. Ensemble, le groupe Sportpaleis et le Bota attirent 2,5 millions de personnes et organisent 1.600 événements. C’est costaud. L’intérêt des responsables politiques d’une cité quelle qu’elle soit, c’est le meilleur développement de cette cité. On espère que la raison l’emportera. Notre dossier a toutes les garanties – financières et au niveau de l’expérience – pour répondre à la volonté de renforcer Bruxelles sur la scène culturelle.

Auteur: Ann-Charlotte Bersipont
Source: Le Soir (mis en ligne le 08/09/2016)

Le chef de cabinet de Rudi Vervoort à la Région a démissionné, sans doute pour se concentrer sur ce projet.

Ce jeudi, le chef de cabinet de Rudi Vervoort (PS) à la présidence de la Région bruxelloise, Yves Goldstein, 38 ans, a démissionné et sera remplacé à ce poste à la mi-octobre par Sylvie Lahy. Après quinze ans de travail dans les cabinets, Yves Goldstein arrête la politique, mais tout indique (rien n’est encore annoncé) que ce sera pour diriger, pour le compte de la Région, l’ambitieux et délicat projet de l’ex-garage Citroën racheté pour 20,5 millions d’euros. Un projet immobilier (45.000 mètres carrés dans un marché immobilier difficile à Bruxelles) et culturel (avec sans doute 30.000 m2 pour la culture dont 9000 m2 pour un musée d’Art moderne et contemporain).

On le pressentait depuis samedi dernier quand Yves Goldstein, présent à Paris au Palais de Tokyo pour l’événement « Indiscipline », y avait donné de multiples précisions sur ce projet.

Il a annoncé que ce musée ouvrira dans quatre ans, lors de l’année 2019-2020, comme point d’orgue d’une année consacrée à l’art contemporain dans la région bruxelloise. « Le politique veut faire de Bruxelles une capitale de l’art contemporain », a t-il encore dit.

Civa et Pompidou

Fin septembre, laissait-il entendre, on devrait connaître le plan d’affectation des quelque 30.000 mètres carrés culturels du bâtiment. Si tout serait dédié aux arts, on y trouverait d’autres arts que le seul art contemporain. On a parlé d’y déménager le Civa, le centre pour l’architecture. Comme Yves Goldstein dirige aussi le C.A. du Civa et a mené à bon port sa restructuration, il pourrait le faire déménager au Citroën pour y créer un vrai musée de l’architecture.

On lancerait aussi, fin septembre, un concours international d‘architecture pour l’aménagement des lieux (des projets à rentrer pour la fin de l’année).

Le musée couvrira la période 1920-2020 et sera donc un « Musée d’Art moderne et contemporain ». Comme le fédéral (Elke Sleurs) et les grandes collections publiques (Belfius) ont refusé d’y placer leurs œuvres, la Région bruxelloise nouerait un accord de partenariat avec un grand musée étranger d’art contemporain (comme Liège l’a fait avec le Louvre pour La Boverie). On parle du Guggenheim et, plus vraisemblablement du Centre Pompidou même si, samedi, son directeur Bernard Blistène, ne le confirmait pas. Peu de chances que ce soit le MoMA ou la Tate.

Autour de ce noyau, on développerait un travail avec les collectionneurs, les galeries et centres d’art à Bruxelles.

Il manquait encore la désignation de quelqu’un pour conduire le projet et affronter les multiples obstacles. Un poste exaltant mais difficile. Il semble qu’Yves Goldstein qui a déjà porté le Citroën depuis ses débuts, continuera à ce poste et y consacrera toute son énergie.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 08/09/2016)

Le ministre-président du Gouvernement bruxellois Rudi Vervoort a annoncé officiellement la future candidature de la Région de Bruxelles-Capitale comme Capitale européenne de la Culture 2030, vendredi matin au cours du Brussels Creative Forum.

Devant un parterre d’acteurs des industries créatives et culturelles réuni au Bozar, Rudi Vervoort a confirmé le dépôt de candidature lors du prochain appel ouvert à la Belgique à l’horizon 2024. « Ces échéances sont certes lointaines mais je suis convaincu que la réussite d’un projet de cette envergure nécessite beaucoup de travail en amont », a lancé le ministre-président aux professionnels du monde créatif et culturel bruxellois.

« Elle dépendra également de la capacité de tout le secteur à se mobiliser derrière cet objectif ».

Le titre de Capitale européenne de la Culture représente de nombreuses retombées positives potentielles, tant pour l’image de la Région à l’échelon continental, que pour l’essor économique engendré par les nombreuses activités et festivités qu’il entraînera. « En tant que capitale de l’Europe et plaque tournante interculturelle, il est tout à fait légitime pour Bruxelles de revendiquer ce statut », a conclu Rudi Vervoort.

Le titre de Capitale européenne de la culture est attribué pour un an à une ville européenne depuis 1985. La première à le porter était la ville d’Athènes (Grèce). La ville belge de Mons a été nommée Capitale européenne de la Culture 2015, aux côté de Plzen (République tchèque). En 2016, ce sont les villes de Wroclaw (Pologne) et de San Sebastián (Espagne) qui se partagent le label. Des règles précises assurent une rotation entre les Etats membres.

Auteur: Agence Belga
Source: La Libre (mis en ligne le 02/09/2016)

Le combat contre les obscurantismes et les différentes formes d’intégrisme est difficile et prendra du temps. La réponse ne peut pas être que sécuritaire. Il faut bien sûr des mesures dans ce domaine, mais ce ne sera pas suffisant » estime le député Ecolo bruxellois Christos Doulkeridis. A l’image de ce qui se fait en Italie, il souhaite la mise en place d’un chèque culture destiné aux jeunes.

Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, le Premier ministre italien Matteo Renzi s’était engagé à offrir à chaque jeune Italien de 18 ans un chèque culture de 500 euros. Une promesse qui se concrétisera le 15 septembre. Ils seront 574 000 à recevoir des bons à valoir contre des livres, des tickets de concert, des places de spectacles, etc. Le gouvernement italien en est convaincu : pour éloigner les jeunes du terrorisme et mettre en échec la politique d’endoctrinement de Daesh, il faut plus d’éducation et plus culture.

« Après les attentats, dit Christos Doulkeridis, on a entendu de nombreuses voix, notamment politiques, dire qu’on ne lâchera rien sur nos valeurs. Mais la plupart des mesures prises chez nous vont dans le sens d’une diminution des libertés et conduisent à un repli sur soi. De plus, ces mesures prises au fédéral et par les Régions et les Communautés, ont pour objectif de travailler sur des jeunes déjà en voie de radicalisation. » Or, il est aussi important de travailler en amont pour prévenir les radicalisations et affirmer nos valeurs démocratiques d’ouverture et de vivre ensemble explique-t-il.

Les arbitrages budgétaires

Le mandataire Ecolo a donc sorti sa calculette. Selon les chiffres d’Eurostat, il y a 127 000 Belges âgés de 18 ans. Leur attribuer un chèque culture de 500 euros représente une enveloppe de 63,5 millions d’euros. Un montant qu’il juge raisonnable au regard des 815 millions mobilisés par le fédéral pour financer les mesures de sécurité ou des 12 millions par trimestre que coûte le déploiement des militaires dans les rues.

Mais vouloir ce n’est pas forcément pouvoir. Ecolo le sait, n’appartenant à aucune majorité au fédéral comme dans les Régions et les Communautés, il devra convaincre les autres partis. Et s’il se dit que ceux-ci ne sont pas opposés au principe, quand il s’agit de passer aux choses concrètes, le « Oui, mais… » est de sortie.

Un autre obstacle très concret doit également être surmonté : comment financer cette nouvelle mesure ? On le sait, la situation budgétaire des Communautés est tout sauf fleurissante. Un argument que le député bruxellois balaye du revers de la main jugeant l’investissement à la portée des institutions. Ça représenterait 25,5 millions pour la Fédération Wallonie-Bruxelles et 38 millions pour la Flandre. « C’est une question de choix politique », affirme-t-il, en ajoutant qu’à l’image de ce qui se passe pour les mesures sécuritaires, une concertation entre les entités fédérale, régionales et communautaires doit être mise en place pour déterminer comment renforcer notre démocratie et ses valeurs. « Les discussions et les arbitrages budgétaires se font maintenant. Il est encore temps de montrer qu’on peut s’engager dans cette direction. Je lance un appel aux gouvernements des Communautés ».

Un investissement primordial

L’Europe pourrait même donner un coup de pouce. Il est vrai qu’au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, le commissaire européen aux Affaires économiques a entrouvert une porte. Interrogé sur l’impact que pourraient avoir les mesures de sécurité décidées par Paris sur le déficit public de la France, Pierre Moscovici avait indiqué que la Commission ferait preuve de compréhension et qu’elle comprenait la « priorité »donnée par le gouvernement français « à la sécurité ». « Le chèque Culture, c’est une action contre le terrorisme, clame Christos Doulkeridis.Il faut plaider au niveau européen pour que ce type de dépenses puisse être exonéré dans les calculs des déficits publics des Etats membres. »

Auteur: Charles Van Dievort
Source: La Libre (mis en ligne le 29/08/2016)

La ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Alda Greoli, a approuvé la mobilisation de 2,7 millions d’euros pour soutenir la production cinématographique francophone belge. Elle a approuvé mercredi la sélection de la deuxième session 2016 de la Commission de Sélection des Films.

Quatorze projets de longs métrages de fiction, neuf courts métrages, 14 documentaires et une fiction télévisuelle d’animation en profiteront pour un montant total de 2.777.000 d’euros, a annoncé mercredi la Commission de Sélection.

Cette intervention permettra notamment aux frères Jérémie et Yannick Renier de passer derrière la caméra pour réaliser leur premier long métrage, « Carnivores ».

La nouvelle sélection permettra aussi à Gérard Corbiau de revenir à la fiction avec « La plage d’Ostende », une adaptation du roman éponyme de l’auteure belge Jacqueline Harpmann.

Auteur: Agence Belga
Source: La Libre (mis en ligne le 24/08/2016)

Tram 33 était un tram de nuit bruxellois. C’est aujourd’hui un projet transmédia qui explore les parts d’ombre de la mobilité à Bruxelles. Un projet initié par l’Ecole universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB) et Le Soir ; avec la participation d’une cinquantaine d’étudiants de l’ULB en Journalisme, Romanes, STIC, Informatique et Arts du Spectacle ainsi que des étudiants de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles(Département de Communication visuelle) et la collaboration active de BX1et Radio Campus.

Durant plusieurs mois d’enquêtes, les étudiants se sont penchés, par groupes, sur l’impact du partenariat public/privé (PPP) sur les caisses publiques, se sont intéressés aux communautés nomades et à leur appropriation de l’espace urbain bruxellois. Ils se sont aussi interrogés sur la protection des données privées et sur les manières de pister le citoyen, via la carte Mobib (Stib), par exemple.

Leur travail est à explorer sur le site tram33.lesoir.be/.

Auteur: rédaction en ligne
Source: Le Soir (mis en ligne le 9/05/2016)

Depuis quelques semaines, un mouvement est né à Bruxelles: la vague #sprouttobebrussels. « A l’instar du chou, Bruxelles est une ville qu’il faut apprendre à apprécier. Elle possède autant de facettes qu’un chou possède de feuilles », a expliqué aujourd’hui lors d’une conférence de presse Geert Potargent, l’un des initiateurs du concept. Les personnes qui sont à la genèse de ce projet pour « réaligner l’image de Bruxelles » et celles qui le soutiennent, soit plus de 100 partenaires multisectoriels, ont présenté mardi les ambitions et les raisons de l’impulsion mettant en scène un chou de Bruxelles.

Les commerçants ont rapidement et spontanément demandé à participer à l’action en apposant des autocollants sur leur devanture puisque 24.000 badges et 30.000 autocollants ont déjà été distribués. #sprouttobebrussels se veut un mouvement « fédérateur, populaire et open-source » dont l’idée est de montrer sa fierté et son attachement à Bruxelles. L’ambition est de rassembler un maximum d’acteurs afin d’élaborer des initiatives sur le long terme pour améliorer l’image de Bruxelles, que ce soit au niveau local, national ou international, à l’instar des marques « I Amsterdam » ou « I Love New York ». Le mouvement réunit déjà aujourd’hui une soixantaine de commerçants (restaurants, fritkots, libraires, magasins de luxe, brasseurs, bouchers…), une douzaine d’établissements culturels, une quinzaine de partenaires académiques, une dizaine de médias, une vingtaine de grandes entreprises, cinq associations, six agences de communication, Atrium et Visit.brussels. La page Facebook compte plus de 18.000 abonnés tandis que les hashtag ont fleuri sur Instagram et Twitter alors que les premiers signes de l’opération sont apparus début mai. Depuis mercredi, les amoureux de Bruxelles peuvent également partager leur choux sur la plate-forme www.sprouttobebrussels.be

Auteur: Agence Belga
Source: Le Soir (mis en ligne le 25/05/2016)