La ministre Greoli a reçu les recommandations de tous les groupes de réflexion.

Alda Greoli avait donné rendez-vous vendredi au Rockerill, à Charleroi, pour clore la phase consultative du projet « Bouger les lignes ». Initié par sa prédécesseure, Joëlle Milquet, il a pour objectif de construire la nouvelle offre culturelle du XXIe siècle.

Désormais en possession des rapports de synthèse des six coupoles thématiques précédemment établies, la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) s’est félicitée du travail accompli. Les nombreuses réunions et rencontres publiques ont rassemblé près de 4 700 participants. Deux années de réflexion et de consultations qui ont débouché sur un document de synthèse de 200 pages contenant pas moins de 804 recommandations formulées par le secteur pour proposer une offre culturelle en phase avec les évolutions de la société.

Transparence et formation

Il est évidemment impossible de toutes les passer en revue, mais certaines sont transversales. Le besoin de plus de transparence est criant. Comme l’a montré notre enquête sur la fréquentation des théâtres en Wallonie et à Bruxelles (lire « La Libre » du 2 février), il est parfois très difficile de savoir ce qui se fait en FWB en matière de culture, qui ça touche, quelles sont les aides possibles pour les acteurs du secteur, les interlocuteurs qui peuvent répondre à leurs questions, etc. Présent, Xavier Canonne, directeur du musée de la Photographie de Charleroi, n’y est pas allé par quatre chemins s’agissant de la gouvernance : « Il n’y a pas de pays au monde où il y a autant de créateurs sur un territoire aussi petit, a-t-il souligné, mais ça n’empêche qu’il y a encore trop de gabegies. » Sans le citer, il visait le Manège de Mons et les rémunérations très élevées dont ses dirigeants ont profité.

L’accent doit aussi être mis sur la formation et l’accompagnement, ont insisté les intervenants des coupoles. Cela ne concerne pas que les artistes mais aussi les professeurs et les acteurs de médiations, « qu’il s’agisse des animateurs des centres culturels, des associations, mais aussi des écoles des devoirs, de l’accueil extra-scolaire, etc. », a précisé Alda Greoli.

Au centre de priorités politiques

L’état des lieux dressé, les recommandations formulées, il s’agit à présent de concrétiser le tout sur le terrain. Cela prendra du temps, reconnaît la ministre de la Culture, même si certaines initiatives sont déjà en cours. C’est le cas du décret sur les arts de la scène qui a été voté, du nouveau décret sur le cinéma adopté hier en commission (lire ci-dessous) et de celui sur le prix unique du livre qui est en deuxième lecture.

Certaines évolutions ne nécessiteront parfois qu’un ordre adressé à l’administration. Pour d’autres, elles ne pourront se réaliser qu’après la mise en place d’une autre mesure. Enfin, des décisions devront faire l’objet de discussions préalables avec des ministres également compétents. Il faudra donc compter de cinq à quinze ans avant d’évaluer les changements et les plus-values apportées. D’où cette « mise en garde » d’Alda Greoli : « Il serait terrible et assassin de ne pas avoir la mémoire de ce que nous venons de faire. »

S’agissant des moyens nécessaires pour faire aboutir ces recommandations, la ministre de la Culture entend agir de façon responsable, précisant d’emblée que toute réforme ne représente pas un coût. Mais un chiffrage sérieux va être demandé.

Alda Greoli l’a répété, il s’agit désormais de « remettre la Culture au centre des priorités politiques car c’est elle qui fonde ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous serons demain ensemble ».

Auteur: Charles van Dievort
Source: La Libre (mis en ligne le 04/02/2017)

Fédéré pour sa revalorisation, le secteur a rencontré lundi la ministre Alda Greoli.

Tous en scène pour l’emploi artistique ! » Le mot d’ordre, lancé vendredi par la CPEPAS (Chambre patronale des employeurs permanents des arts de la scène) et la Conpeas (Concertation permanente des employeurs des arts de la scène), invitait le secteur à se réunir place Surlet de Chokier, lundi – jour symbolique où devaient être rentrés tous les dossiers de demande de contrat-programme.

En prélude au rassemblement (150 personnes environ) et à la rencontre d’une délégation avec la ministre de la Culture, des représentants de plusieurs associations professionnelles ont fait le point sur l’état des lieux et des revendications.

Pas de pré carré

Si des divergences demeurent (LLB du 13 janvier), le ton lundi est à la solidarité. « Nous ne sommes pas ici pour défendre un pré carré », affirme Philippe Sireuil, directeur artistique du Théâtre des Martyrs. « Compagnies comme institutions, on va tous être examinés sous une loupe beaucoup plus chiffrée », relève Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège. « La pression monte, d’un côté comme de l’autre. Les problèmes sont globaux. »

En effet, si le cabinet de Mme Greoli remet sur une même ligne de départ toutes les structures (dossiers déposés le 16 janvier, examinés ensuite, et décisions rendues pour tous), celles-ci continuent de déplorer la précarisation croissante des professions liées aux arts de la scène.

Pour rappel, le secteur dénonce la non-indexation de ses subventions depuis 2008 (ce qui, en neuf ans, « représente 15 % en moins pour fonctionner », souligne Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre le Public) : une lacune répercutée essentiellement sur la part artistique. Ce gel s’est assorti en 2015 d’une réduction linéaire de 1 % de l’enveloppe dévolue aux arts de la scène, soit l’équivalent de 400 000 euros.

Des actes en plus des paroles

Pierre Dherte, comédien et illusionniste, intervient en tant que représentant de l’Union des Artistes : « De longue date, l’emploi artistique est notre priorité, assortie de l’exigence d’avoir enfin un vrai statut social et légal pour les intermittents. Au cours des deux dernières législatures, l’offre d’emploi a baissé, et les conditions d’accès au statut d’artiste, donc au chômage, se sont durcies. » Une sorte de double peine… Au Guichet des arts, symptomatiquement, les demandes d’information et de conseils ont considérablement augmenté. « On ne peut pas ne pas chauffer une salle, éclairer un plateau… Mais l’artiste, lui, représente un poste budgétaire facilement compressible », ajoute-t-il, déplorant comme bien d’autres le sensible rétrécissement des distributions.

Si le secteur a des raisons de se lamenter, il veut surtout avancer. « Nous défendons l’idée d’un accord intersectoriel », insiste Inès Rabadan, présidente du Comité belge de la SACD. « Nous demandons que le décret, outre les paroles, se traduise en actes. Les artistes font la preuve tous les jours qu’ils sont capables d’efforts et d’économies, qu’ils bougent les lignes de leu rs pratiques. » A la Fédération Wallonie-Bruxelles, maintenant, d’en faire autant, renchérit Frédéric Young (SACD).

« J’ai la chance de vivre, comme ministre, un moment où les interlocuteurs ont envie de se structurer », dira quant à elle Mme Greoli, vivement attachée « à la concertation sociale » . Pour la ministre, les demandes exprimées par le secteur ne sont pas extravagantes. A son agenda figurent donc la concertation, l’indexation (incluse dans le décret dès 2019 mais qu’elle appuyera autant que possible dès cette année), le statut de l’artiste, et enfin les compagnies et les institutions, qu’en aucun cas, dit-elle, elle ne veut opposer.

Auteur: Marie Baudet
Source: La Libre (mis en ligne le 16/01/2017)

La ministre de la Culture comprend l’inquiétude, mais n’entend pas se faire dicter l’agenda.

La prochaine remise à plat de toutes les aides publiques aux arts de la scène (les centaines de dossiers doivent être introduits avant mardi) crée une inquiétude que la ministre de la Culture, Alda Greoli, dit comprendre. On a vu un directeur de théâtre (le Public) appeler à manifester lundi devant son cabinet contre les économies imposées au secteur et les compagnies théâtrales réclamer un rééquilibrage des moyens en leur faveur par rapport aux moyens pour les théâtres.

La ministre ne veut pas se laisser dicter son agenda et fera sa rentrée le 3 février à la salle Rockerill de Charleroi, en guise de clôture après deux ans de l’opération « Bouger les lignes ». Mais elle a répondu mercredi à des questions parlementaires sur ces sujets et sera ce jeudi en commission pour donner son avis sur le rapport Kurt Salmon, qui étudie les chiffres économiques des théâtres.

On peut résumer ses prises de positions comme suit. A propos des économies 2017 dans le secteur, le 1 % de moins est la simple prolongation de celui décidé en 2015, il n’y a pas cumul. Et la non-indexation des subsides prendra fin dès 2018 avec les nouveaux contrats-programmes. Elle annonce qu’elle se battra lors de l’ajustement budgétaire pour obtenir cette réindexation dès 2017.

Refus des fusions

On sait aussi que l’octroi unilatéral, alors qu’on est en pleine remise à plat, d’un million supplémentaire à Charleroi et d’un million et demi à Mons, avait suscité beaucoup d’émoi. Alda Greoli assume ses choix, mais elle a précisé que pour Charleroi le montant pérenne serait étudié comme le reste par les commissions d’avis et qu’il n’y aurait pas de passe-droit. Et pour Mons, ce n’est pas un montant pour l’ex-Manège, mais pour des projets en 2017 qui concerneront toute la Communauté française et prolongeront l’impact de Mons 2015.

Enfin, pour la ministre, le rapport Salmon a utilement insisté, dans la ligne du décret, sur les mutualisations possibles comme pistes d’économies, et les projets reçus sont nombreux à en tenir compte. Par contre, elle a toujours dit qu’elle refusait les fusions imposées d’institutions, piste ébauchée par Kurt Salmon, étant farouchement attachée à la liberté d’association.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 12/01/2017)

On trouvera ci-joint le texte complet de l’audit demandé par le Conseil communal de Mons à la Fédération Wallonie -Bruxelles en février dernier, après l’annonce de 19 licenciements au Manège.Mons.

Cet audit terminé en août dernier n’avait jusqu’ici pas encore « fuit ». Vendredi matin, le journal « La Province » relayé par Belga, annonçait que Mauro Del Borello et Yves Vasseur, respectivement ancien directeur général et ancien administrateur général de Mons 2015, représentaient un coût de 20.000 euros par mois pour chacun d’eux, sans tenir compte de leur voiture de société. Si l’audit estime que c’est logique dans le cas d’Yves Vasseur, qui était commissaire général de la capitale européenne de la culture, il fustige les émoluments de Mauro Del Borrello. « Le coût annuel de l’administrateur général atteignait à lui seul quasi l’équivalent de la subvention annuelle de deux centres culturels locaux », souligne l’audit.

On lira ci-dessous que ce n’est qu’un des éléments, certes « choc », de l’audit et qui, de plus, avait déjà été révélé en janvier dernier. La lecture de l’audit montre comment la nécessité de Mons 2015 -une bonne chose-a entraîné des structures et des coûts qui seront aussi la cause des déboires futurs. Depuis janvier, le Manège a licencié » 20 personnes, a coupé ses liens avec Maubeuge et s’est transformé en une nouvelle structure avec le nouveau nom de « Mars » , dirigée par Philippe Degeneffe, tirant déjà les conséquences de bien des remarques de l’audit.

Retrouvez le texte complet de l’audit ici.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 16/12/2016)

BPS22, musée de la photo, théâtre de l’Ancre et salle Rockerill, sont fortement augmentés.

Ce vendredi n’était pas le jour de Saint-Nicolas, mais ce fut néanmoins l’heure des cadeaux justifiés pour quatre grandes institutions culturelles de Charleroi. La ministre de la Culture Alda Greoli (CDH), accompagnée du bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette (PS) a annoncé la bonne nouvelle dans les salles du BPS 22, le centre d’art contemporain.

Dans le cadre du plan de redéploiement de la ville qui mise en particulier sur la culture comme vecteur d’émancipation sociale, la ministre refinance fortement, dès 2017, les quatre institutions phares que Magnette avait mises en avant :

-Le BPS22 était sans moyens suffisants dans son nouveau et très beau bâtiment. Il demandait que sa subvention de la Communauté augmente de 300000 euros. Il les obtient et ce sera pérenne.

-Idem pour le le beau Musée de la photographie qui avait dû, faute de moyens, réduire sa programmation à deux expos par an. Il reçoit 200000 euros de plus et la possibilité de se remettre à niveau.

-Le Théâtre de l’Ancre qui va recevoir d’ici trois ans une toute nouvelle salle de 400 places dans un nouveau bâtiment devait avoir davantage de moyens pour s’y préparer. Ses subsides de 800000 euros par an sont augmentés de 300000 euros dès 2017 et cet apport reste acquis pour les futurs contrats-programme.

-Enfin, la salle Rockerill sur le site des anciennes forges de la Providence est une scène de musique alternative et de résidences d’artistes. Elle reçoit aussi 200000 euros de plus.

Rééquilibrage

Au total, Charleroi reçoit donc un million d’euros de plus pour sa culture de la part de la ministre de la Culture. « J’ai travaillé, nous dit-elle, en étroite symbiose avec le ministre-président Rudy Demotte (PS). J’ai eu la chance de voir mon budget culture augmenter de 3 % pour 2017. Peu de ministres de la culture en Europe peuvent avoir cette chance. Et j’utilise une partie de cela pour répondre dès 2017 aux besoins de Charleroi. Cet argent n’est donc repris à personne. Je ne voulais pas non plus saupoudrer cette somme et préférais de vrais choix en répondant à un plan de redéploiement qui s’adresse aussi aux jeunes, au public autour de Charleroi et qui aide les institutions de Charleroi à se produire hors des frontières ».

C’est la ville qui a fait le choix de ces quatre institutions et n’y pas mis par exemple Charleroi/Danses ou le PBA/Eden.

On peut voir aussi dans cette annonce un effet du rééquilibrage demandé par rapport à Mons 2015 mais aussi par rapport aux budgets culturels alloués à des villes comme Liège et La Louvière.

Pierre-Olivier Rollin du BPS22, Xavier Canonne du musée de la photographie et Jean-Michel Van den Eeyden du théâtre de l’Ancre avaient trouvé un relais chez Paul Magnette, le président du gouvernement wallon mais aussi le bourgmestre en titre de Charleroi pour remettre à plat ces aspects régionaux de la politique culturelle, surtout dans le contexte de l’après Mons 2015 et des moyens qui pourraient ainsi se dégager.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 25/11/2016)

Le centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne s’avoue pas vaincu.

Suite à la décision du conseil communal de la Ville de Bruxelles prise lundi soir, à huis clos, majorité contre opposition (majorité socialiste libérale – 24 pour et opposition CDH, Ecolo, Défi, N-VA – 15 contre), d’attribuer la concession du Cirque royal à partir du 30 juin 2017 à Brussels Expo, le centre culturel du Botanique a décidé d’entrer une requête en suspension d’extrême urgence auprès du Conseil d’Etat. L’action vise à priver d’effet la décision qui a été prise et à empêcher toute conclusion de contrat en faveur de Brussels Expo. Pour rappel, le Cirque royal est géré, depuis 1999, par le Botanique, centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles – qui n’a pas démérité, produisant 600 groupes par an et 250 concerts.

En 2015, la Ville, propriétaire de la salle et désireuse de la reprendre dans son giron, résilie le contrat d’exploitation. Avant d’être obligée, en raison d’un recours du Botanique, de lancer un appel à projets. Le Botanique et la société Sportpaleis (en initiative conjointe), d’une part, Brussels Expo, de l’autre, y répondent. Cette dernière est retenue. Sans grande surprise peut-on dire, puisqu’il s’agit d’une ASBL de la Ville – dont le président du CA est l’échevin Philippe Close.

Deux causes principales sont invoquées (parmi de nombreuses autres répertoriées) par le Botanique. La première concerne un conflit d’intérêt. Il vise le bourgmestre Yvan Mayeur et un échevin, Philippe Close, respectivement membre et président du conseil d’administration de l’association qui a été choisie – Brussels Expo. La seconde concerne des points évoqués lors de l’appel d’offres. Alors que dans un premier temps, il aurait été question de faire de Bruxelles une capitale musicale, les termes auraient été requalifiés en « développements pluridisciplinaires ». Les critères auraient-ils été changés en cours de procédure ? C’est la question que se pose le Botanique, qui parle d’« injustice » ainsi que de confusion entre le rôle d’un exercice de gestion de la cité et la reprise d’activité à un opérateur, le Botanique, qui semble avoir fait ses preuves. Affaire à suivre. Encore et toujours.

Auteur: Marie-Anne Georges
Source: La Libre (mis en ligne le 22/11/2016)

Un an après les attentats de Paris, les différentes institutions culturelles bruxelloises n’ont toujours pas retrouvé les mêmes niveaux de fréquentation qu’avant les attaques, selon la ministre de la Culture, Alda Greoli.

Interrogée mercredi en plénière du Parlement par le député Dimitri Legasse (PS) sur le sujet, la ministre centriste a indiqué que les attentats de Paris, le « lock down » qui a suivi à Bruxelles et le climat de peur générale qui a suivi ont entraîné une réduction moyenne de 40% des rentrées pour les institutions culturelles en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le phénomène a touché autant les cinémas que les théâtres ou les musées.

Un an plus tard, si le secteur culturel a globalement retrouvé ses niveaux de fréquentation pré-attentats en Wallonie, la situation reste toutefois toujours difficile dans la capitale, a-t-elle reconnu.

Interrogée sur le soutien que la Fédération pouvait apporter à ce secteur meurtri, Mme Greoli a répondu ne pas être compétente pour l’octroi d’une aide financière directe. Elle a toutefois dit étudier d’autres voies pour soutenir le secteur.

Auteur: Agence Belga
Source: La Libre (mis en ligne le 16/11/2016)

Mercredi dernier, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles votait un important décret organisant le futur, à partir de 2018, des arts de la scène. Au texte de ce décret, est joint un rapport demandé à la société de conseil Kurt Salmon. Une étude dont les résultats n’avaient pas encore été présentés. Cette étude est une idée de l’ancienne ministre de la Culture, Joëlle Milquet, lorsqu’elle avait lancé les travaux pour une réforme des subsides en arts de la scène afin, entre autres, d’augmenter les budgets qui vont aux artistes et d’optimiser les frais de fonctionnement.

Après un appel d’offres, c’est Kurt Salmon qui a remporté le marché : coût de 63 000 euros avec un comité de pilotage de l’étude qui comprenait des représentants du cabinet et de l’administration culture ainsi que deux personnalités culturelles, la comédienne Jeanne Dandoy et Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre le Public.

Ce rapport de presque cent pages procède d’abord à une série de comparaisons chiffrées entre les théâtres. Kurt Salmon en précise le cadre : il ne s’agit nullement d’évaluer la qualité des spectacles, ni le contexte des productions. On part des données « brutes », qui ont elles-mêmes des limites : elles sont parfois discordantes d’un opérateur à l’autre, ne portent que sur une saison et un flou demeure sur la définition de ce qu’est « la part artistique » dans les coûts d’un théâtre par rapport aux « coûts de fonctionnement ».

Avec les limites annoncées, on voit cependant nettement que le Théâtre le Public sort gagnant presque chaque fois : nombre de spectateurs, nombre de spectateurs par « unité » de subvention, part de la billetterie dans le budget, nombre de représentations au siège, part qui va à l’artistique dans le budget global, etc., alors que de grosses structures (avec d’autres obligations il est vrai) comme le Théâtre national et le Manège.Mons arrivent bien plus loin.

Mutualisations et fusions

L’étude de Kurt Salmon compare la moyenne de la part artistique en Communauté française à ce qui se passe en Flandre et en France pour estimer que sur ce plan, on peut faire mieux en suivant les pistes de « mutualisation des coûts » et de « fusions » progressives et sur base volontaire de théâtres. Les mutualisations se font déjà comme le démontre le nombre croissant de coproductions qui permettent de jouer plus souvent un spectacle. Mais Kurt Salmon propose d’autres mutualisations : emplois, plateformes Internet, commercialisation des spectacles, frais de fonctionnement, etc.

Kurt Salmon propose d’étudier des projets de fusions « graduelles » entre opérateurs. Il évoque ainsi une fusion à terme du Varia avec le Rideau, du Théâtre Le Public et du Jean Vilar, du Théâtre national et du Manège.Mons et même une fusion à quatre : Océan Nord, les Tanneurs, la Balsamine, le Théâtre de la Vie.

L’étude ne fait pas l’unanimité. D’aucuns critiquent le mélange des données et surtout le fait de comparer des données brutes sans mises en contexte. Les mutualisations possibles seraient déjà opérées et les autres pistes seraient d’un rendement marginal, disent d’autres. Quant à des fusions spectaculaires, on en est encore loin.

Le cabinet d’Alda Greoli estime que cette étude n’avait pas pour but d’influencer directement le décret, ni de fixer des quotas ou des obligations, mais bien d’aider, par des pistes utiles et stimulantes, les opérateurs à préparer leurs dossiers de subsidiation en suivant la ligne de « l’artiste au centre ».

Michel Kacenelenbogen : « Je ne veux pas être puni »

Michel Kacenelenbogen est directeur du Public. Il a fait partie du comité de pilotage de l’étude. Son théâtre arrive en tête en fonction des critères choisis et il s’est déclaré fâché que cette étude soit, pense-t-il, mise sous le boisseau. Il avait tôt alerté la ministre Joëlle Milquet pour lui dire que sans moyens complémentaires pour les arts de la scène, et toutes choses restant égales, la part de budget destinée aux artistes diminuerait de 15 % par an.

Cette étude aurait-elle dû influencer davantage le décret en fixant par exemple des critères plus stricts sur la part artistique ?

Pas obligatoirement. Mais personne ne le saura jamais puisque les résultats de cette étude n’ont pas fait l’objet d’un débat.

Vous êtes en tête sur tous les points, qu’attendez-vous comme conséquence de ça dans le prochain contrat-programme ?

De ne pas être puni.

L’étude admet ses propres limites comme celle d’une définition manquante de « la part artistique » et souligne que les données sont brutes basées sur une année hors de tout contexte « artistique ».

Toute étude a ses limites. Toute étude a son contexte. Mais cela fait trente ans que je suis dans le secteur des arts de la scène et jamais jusqu’à ce jour, une étude chiffrée, apolitique, n’a été réalisé, par une société indépendante, sur son futur avec les pouvoirs politiques.

Que pensez-vous de l’idée évoquée dans l’étude de fusion Public-Vilar ou Public-National ?

Si cela augmente l’emploi artistique, pourquoi pas.

Cette étude dont vous étiez dans le comité de pilotage doit-elle guider les futurs travaux des commissions d’avis et les choix de la ministre ?

Tout va dépendre de comment la ministre de la Culture, Alda Greoli, entend faire fonctionner la démocratie participative. S’il est vrai que cette étude ne prend en compte qu’une réalité économique, il est également vrai que depuis trente ans, seuls des critères qualitatifs ont été pris en compte par les commissions (CAD, CAPT) et par les différents ministres que j’ai pu connaître depuis 1994, pour attribuer une subvention conséquente.

Auteur: G.DT
Source: La Libre (mis en ligne 19/10/2016)

Que va-t-il advenir du musée Wiertz, à Bruxelles. Situé dans le quartier Léopold, il jouxte le Parlement européen et fait partie d’un ensemble ayant appartenu au peintre, sculpteur et homme de lettres belge Antoine Wiertz (1805-1865). Cet ensemble comprend la maison particulière de l’artiste, son jardin, ainsi que son atelier où sont exposées ses collections léguées à l’Etat belge à sa mort, à charge pour ce dernier de créer un musée accessible gratuitement.

On a appris jeudi qu’un accord de principe qui doit encore être formalisé est intervenu entre l’Etat fédéral et le Parlement européen pour permettre à ce dernier de prendre possession d’une partie des lieux via un bail emphytéotique de cinquante ans pour 1 euro symbolique. Ce n’est pas le musée Wiertz à proprement parler qui est concerné, mais la maison privée et le jardin. L’institution européenne souhaiterait en prendre possession pour y organiser des événements et des rencontres de prestige.

L’existence de cet accord a surpris les musées royaux des Beaux-Arts de Belgiqueauquel est rattaché le musée Wiertz depuis 1868. « Nous regrettons de ne pas avoir été concertés dans ce dossier », déplore sa responsable de la communication, Isabelle Bastaits. Celle-ci rappelle que les musées royaux des Beaux-Arts ont pour mission la conservation et la gestion des œuvres contenues dans les six musées sous leur autorité. En revanche, tout ce qui concerne les bâtiments qui abritent les collections est du ressort exclusif de la Régie des bâtiments qui dépend du ministre de l’Intérieur. En l’occurrence, Jan Jambon (N-VA).

On se demande ce qui va suivre

Si elle tombait des nues au moment d’apprendre l’existence de cet accord, Isabelle Bastaits reconnaît que la démarche peut avoir du positif. « La partie muséale a été récemment rénovée par la Régie des bâtiments, rappelle-t-elle, mais la partie privée de la bâtisse est dans un mauvais état. Un accord avec le Parlement européen permettrait de remettre les lieux en état, ce qui serait bien. » En revanche, la responsable de la communication des musées royaux des Beaux-Arts ne peut s’empêcher d’être inquiète pour les collections abritées dans le musée Wiertz. « La maison privée et l’atelier de l’artiste sont mitoyens. Nous craignons que les vibrations, les volumes sonores, etc., ne dégradent les œuvres qui sont très fragiles. Les conditions de conservations muséales sont très strictes en la matière. »

Mais certains s’interrogent aussi sur la considération que porte le gouvernement à la conservation du patrimoine et aux grands musées. « Ça commence par le petit musée Wiertz et on se demande ce qui va suivre… », pouvait-on entendre sous couvert d’anonymat. Des propos qui visaient avant tout la N-VA, régulièrement accusée de vouloir démanteler le patrimoine culturel fédéral afin de le communautariser.

Auteur: Charles Van Dievort
Source: La Libre (mis en ligne le 06/10/2016)

C’est une très belle nouvelle pour Bruxelles, bienvenue après tous les déboires des tunnels qui s’effondrent, du lock-down après les attentats et les ennuis du piétonnier. Jeudi, a été signé officiellement un protocole d’accord entre la Région bruxelloise (son président Rudi Vervoort) et le Centre Pompidou représenté à Bruxelles par son président Serge Lavignes et son directeur du musée d’Art moderne, Bernard Blistène.

L’accord a été signé symboliquement dans les ateliers même de l’ex-garage Citroën rachetés par la Région en octobre 2015 pour 20,5 millions et qui doivent être transformés en un «pôle culturel d’envergure mondiale». Les musées d’aujourd’hui aiment ainsi reprendre d’anciens bâtiments industriels emblématiques (comme la Tate à Londres ou le Wiels à Bruxelles).

Le partenariat entre la Région et le Centre Pompidou se développera en deux phases. La première, objet du protocole d’accord signé, est une « phase de préfiguration du projet » et la seconde consistera à le concrétiser sur la base des modalités déterminées durant la phase de préfiguration. La mission de préfiguration, remettra ses conclusions fin juillet 2017.

Elle donnera lieu alors à la signature d’une « convention de partenariat structurel » (un partenariat à durée indéterminée) entre la Région et le Centre Pompidou d’ici la fin de l’année 2017. La date d’ouverture au public du musée est prévue pour 2020 au plus tard.

120.000 oeuvres

Il est donc trop tôt aujourd’hui pour savoir ce que coûtera à la région bruxelloise cet accord avec le Pompidou et quelles seront les oeuvres qui viendront à Bruxelles dans les expositions permanentes. Notons que le Pompidou apportera non seulement une partie de ses immenses collections (il possède 120000 oeuvres et n’en expose que 10 % actuellement), mais aussi son expertise en matière de programmation, de création et de gestion d’une collection permanente, ses connaissances pluridisciplinaires (performances, cinéma, musique avec l’Ircam -le centre de Pierre Boulez, etc.). Nous avions déjà laissé entendre que cet accord se ferait. Le voilà confirmé. Il était indispensable depuis que le fédéral refusait de prêter ses oeuvres à un musée dépendant d’un autre pouvoir.

Serge Lasvignes l’a précisé : « Le Centre Pompidou contribuera à la programmation culturelle, apportera expertise et ingénierie culturelle. Il exercera également une mission de conseil et d’assistance pour la stratégie d’acquisition des collections permanentes et de développement du futur musée ».

Sur Twitter, le Pompidou disait qu’après avoir accueilli Anne Teresa de Keersmaeker et ouvert l’expo Magritte qui fait un triomphe (7000 visiteurs par jour, les 12000 catalogues épuisés en une semaine), « le Centre Pompidou se met entièrement à l’heure belge ! »

Rudi Vervoort ajoutait : « Ce projet constitue un effet levier pour revitaliser le territoire, en retissant les liens entre les deux rives du Canal, mais il a également vocation à devenir le véritable vaisseau culturel de la Région bruxelloise ».

Tout sera culturel

Le projet est lancé sur base de l’étude réalisée sur les potentialités du site par l’association momentanée WAM (l’architecte hollandais Wessel de Jonge, le conseil immobilier Advisers et le bureau d’urbanisme MSA). Finalement, il n’y aura dans les 35000 mètres carrés que du culturel. Pas, donc, d’immobiliers ou de logements.

On y placerait deux grands musées.

D’abord, sur 15000 mètres carrés, un « Musée d’Art moderne et contemporain ». couvrant la période 1920-2020. Ce musée sera construit en partie dans les ateliers existants du Citroën et en partie, dans un nouveau bâtiment à construire sur l’actuel immeuble de bureau du Citroën (pour les oeuvres fragiles).

A côté, sur 9000 mètres carrés, il y aura un « musée de l’architecture » qui reprendra le centre actuel Civa et toutes ses collections qui y déménageront, ainsi que les archives de Sint-Lukas qui viennent d’être intégrées au Civa. Un musée qui a l’ambition de regarder le passé de l’architecture à Bruxelles mais pour mieux envisager l’avenir de son architecture. Le musée sera installé dans la partie nord des actuels ateliers.

A cela, s’ajouteront des « espaces publics », ouverts, gratuits, dans l’actuel « show room » qui sera restauré en y enlevant les planchers intermédiaires parasites. Ce seront des « rues intérieures » avec sculptures , animations, cafés, performances.

Un concours international d’architecture sera lancé très bientôt pour choisir d’ici l’été 2017 un bureau d’architecture qui mènera la rénovation. Les travaux devraient débuter en 2018, pour un coût de 140 millions d’euros et se terminer en 2020. Le musée ouvrirait donc dans quatre ans, lors de l’année 2019-2020, comme point d’orgue d’une année consacrée à l’art contemporain dans la région bruxelloise. « Le politique veut faire de Bruxelles une capitale de l’art contemporain ».

Quel nom ?

L’étude du bureau WAM chiffe le nombre de visiteurs annuels possibles entre 500000 (scénario minimaliste) et un million de visiteurs (scénario maximaliste). Auquel s’ajouterait la première année, 300000 visiteurs par effet de nouveauté.

Rien n’est décidé sur le nom de ce « centre culturel ». On pourrait y voir le nom « Pompidou », garant d’un prestige certain. On pourrait maintenir « Citroën ». Tout reste ouvert.

Comme on le pressentait, Yves Goldstein, 38 ans, est « chargé de mission » à ce stade pour mener ce projet à bien comme il l’a déjà « porté » depuis trois ans. Il le connaît parfaitement et a l’énergie et la manière pour gérer de gros dossiers comme celui-ci. Il répète qu’il n’a pas l’ambition de devenir directeur artistique du futur musée même si, précise-t-il, il se passionne pour l’art contemporain. Yves Goldstein vient de démissionner de son poste de chef de cabinet du ministre-président Rudi Vervoort et aura donc tout son temps pour ce projet.

Multiples collaborations

Autour de ce noyau, on développerait un travail avec les collectionneurs, les galeries et les centres d’art à Bruxelles.

Une première expo, en guise de préfiguration du futur musée sera organisée en 2018.

Le rôle du Pompidou sera capital. Serge Lavignes souligne que c’est un accord « sui generis », « sur mesure » , qui « tient compte de le place de Bruxelles au coeur de l’Europe, du nombre de collectionneurs français à Bruxelles, du dynamisme culturel bruxellois ». Il ne s’agit donc pas d’un simple musée « pop-up » comme le Pompidou a ouvert à Malaga, ni d’une grande « succursale » comme à Metz. Serge Lavignes le compare plutôt au Louvre Abu Dhabi où un grand musée aide à la création d’une autre grand musée et petit à petit, celui-ci constituera ses propres collections.

Le musée comprendra une section d’expo permanente (le musée espère attirer les dons et prêts de collectionneurs) et de fortes expos temporaires

Le futur centre veut donc travailler avec tous les acteurs bruxellois, y compris en arts de la scène comme le Kunsten et le Kaai. On sait que la secrétaire d’Etat à la politique scientifique Elke Sleurs (N-VA) ne veut pas prêter les œuvres du musée des Beaux-arts pour ce musée bruxellois. Elle a annoncé –mais les travaux n’ont pas commencé- que les collections du musée d’Art moderne actuellement fermé seraient réinstallées dans les « extensions » du musée des Beaux-arts sur 2500 mètres carrés, d’ci la fin de la législature. Mais d’autres collections publiques et privées pourraient être intéressées.

Le futur musée se dit ouvert à tous les partenariats.

Dès l’annonce de l’accord, la députée Yamila Idrissi (S.PA) qui supportait le Citroën depuis le début s’est réjouie. Comme par exemple, Charly Herscovici qui est à la base du musée Magritte et se dit prêt à collaborer. Mais beaucoup attendent encore les détails d’un projet ambitieux.

Paul Dujardin directeur de Bozar a réagi pour La Libre

« J’applaudis l’arrivée d’un nouvel acteur comme Citroën, ce qui pour moi ne peut que renforcer la dynamique actuelle au niveau de l’art moderne et contemporain. Bruxelles a la même force de frappe que Berlin. Je ne vois pas cela comme une concurrence. Tout comme Berlin, Dresde et Lyon, Bruxelles offre la même diversité aux maisons culturelles. Nous pouvons encore davantage créer des synergies entre les différentes entités créatives de la ville : de Forest (Wiels / Rosas) à la zone du Canal (Citroën, Tour & Taxis, Mima, Vanhaerents) jusqu’au Monts des Arts (BOZAR, le Musée des Beaux-Arts) et le quartier européen (Cinquantenaire, le Musée de l’Europe). Travaillons donc de concert pour mettre en place un projet structurel d’envergure autour de l’art contemporain à Bruxelles. »

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 29/09/2016)