Un entretien avec Thierry Van Campenhout (16 min.)

Actuellement, on est encore très fort dans l’héritage de ces Etats-Nations, où à un territoire donné correspond une population donnée, avec une histoire donnée et une identité donnée, qui se définit par miroir aux autres.

Pour certains, « culture » égale « tradition », avec toute la question du patrimoine. Pour d’autres « culture » égale « création artistique contemporaine ». Mais ce qui est le plus compliqué ou porteur de sens, c’est que la culture est normalement et avant tout une question d’identité, une question d’appartenance, de renvoi à un groupe « ethnique ». La culture ne peut donc pas se voir uniquement comme quelque chose d’uniquement et éminemment positif. On peut aussi se méfier de la culture, par rapport à toutes ces questions d’identité. Il faut que ce soit un héritage, dans lequel on y voit les limites. C’est donc une question fondamentale et c’est peut-être bien là la question contemporaine, cette question des identités

« meurtrières » pour reprendre le terme d’Amin Maalouf. Cette question-là est donc au cœur des enjeux à venir en terme mondiaux, mais au niveau belge aussi cette une question très forte. Soit on se projette en avant par principe d’ouverture à une émancipation individuelle de ses racines, soit on se réfère uniquement à ses racines sans projection vers l’avenir. Et là est la lisière entre deux conceptions du monde ; une conception conservatrice rétrograde et une conception ouverte et progressiste, une culture d’émancipation contre une culture du surplace ou du repli sur soi et de l’inventaire.

Le danger serait de considérer qu’une culture est un privilège de soi et de son « peuple » et qu’elle devrait être préservée, protégée de l’intrusion et de l’invasion des influences. Et là, la question des identités rejoint celle des religions qui sont très liées à la culture aussi.

On peut  vouloir préserver ses traditions ou son folklore, par opposition à une culture universelle et mondialisée, c’est ce qui est dangereux et pourtant c’est ce qu’on fait en permanence; de mettre un cachet, d’estampiller une expression culturelle pour se l’approprier alors qu’elle devrait être partagée.

Thierry Van Campenhout est Architecte-Paysagiste de formation, Directeur du Centre culturel Jacques Franck depuis 1997, actif dans le milieu associatif, politique et culturel bruxellois depuis près de 20 ans au sein d’Inter-Environnement Bruxelles, de l’asbl Zinneke, de la Concertation des Centres culturels bruxellois, du Réseau des Arts à Bruxelles,…