Archives for the month of: février, 2012

« Boîtes de facturation »

Dans le milieu du spectacle, le CDI est un mot quasi inconnu. Un comédien peut être engagé, mais souvent sur de courtes périodes. La plupart du temps, les théâtres et producteurs n’engagent tout simplement pas et demandent aux artistes de facturer leurs prestations. Or, peu d’entre eux – il y en a néanmoins – peuvent se permettre d’être indépendants, entendez : plus de 600 € de cotisations sociales par trimestre et aucune aide sociale. C’est pourquoi le système de « portage salarial », assuré par des ASBL comme Smart ou Merveille, s’est largement répandu dans le milieu. Ces « boîtes de facturation », comme disent les artistes, jouent les intermédiaires entre « prestataire » et « donneur d’ordre », en produisant des contrats de travail qui permettent à l’artiste d’être assimilé, même pour une très courte période, à un salarié. Les comédiens peuvent ainsi travailler dans la légalité vis-à-vis de l’Onem, tout en continuant à toucher leurs allocations de chômage les jours où ils ne travaillent pas. Les désavantages de la formule existent et sont régulièrement pointés par les syndicats : une partie de la rémunération est empochée par la boîte intermédiaire, les garanties sociales sont moindres que pour un salarié ordinaire, les liens de subordination sont flous et le système, dans son ensemble, n’encourage pas l’embauche.

Un statut qui n’en est pas un

Problème : pour avoir droit à des indemnités de chômage complètes, un travailleur de moins de 36 ans doit aligner 312 jours de travail salarié sur une période de 18 mois. Une condition quasi impossible à remplir pour les « intermittents » du spectacle, soumis au rythme des tournées et des « saisons » et dont les répétitions ne sont pas toujours comptabilisées comme jours de travail. En 2002, la « règle du cachet » a donc été mise en place. Elle permet aux artistes interprètes (comédiens et musiciens) de convertir leur rémunération brute en jours de travail d’après un salaire journalier de référence (actuellement 37,70 €). Le compte est donc généralement plus vite atteint. Ensuite, pour maintenir leurs allocations de chômage dans le temps, sans dégressivité, les artistes devront prouver au minimum une prestation artistique de courte durée par an. Ils pourront aussi refuser un emploi « non artistique », s’ils peuvent prouver 156 jours de travail artistique (également soumis à la règle du cachet) au cours des 18 derniers mois. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le « statut d’artiste » qui, on le voit, n’en est pas un. En Belgique, l’artiste est aujourd’hui assimilé le plus souvent à un chômeur, jouissant d’un statut « relativement » protégé. Malgré ses défauts, ce « statut », régulièrement remis en cause,
est farouchement défendu par les comédiens pour qui il représente actuellement la seule alternative viable.

Un laboratoire pour penser la protection sociale ?

Le nombre de personnes ayant obtenu une indemnité en tant qu’artiste a doublé depuis 2004, passant de 4705 à 8367 personnes. Trop, aux yeux de l’Onem, qui entend restreindre les conditions d’accès à ce « statut ». En réalité, l’augmentation de ces bénéficiaires est sans doute imputable à une meilleure connaissance des règles en vigueur, mais aussi à certains abus dans l’application de la règle du cachet, étendue à des secteurs non artistiques, avec la complicité des boîtes de facturation. Si les comédiens s’inquiètent de la situation, ce dernier soubresaut a cependant le mérite d’attirer l’attention sur une autre difficulté : dans un contexte socioéconomique bouleversé, caractérisé par la « flexsécurité » et la paupérisation, la mobilité et l’intermittence sont-elles encore l’apanage exclusif de l’« artiste interprète » ? Que dire de la masse des intérimaires « non artistes » ? Que dire des « intellos précaires » ? Quel sort réserve-t-on aux chercheurs, journalistes, écrivains, artistes plasticiens ? Plutôt que de se constituer chasse gardée, le « statut » de l’artiste ne doit-il pas être pensé comme un laboratoire pour mettre en place d’autres protections sociales ? La question, soulevée par le sociologue Pierre-Michel Menger dans « Portrait de l’artiste en travailleur » (éd. Seuil, 2003), mérite d’être posée. La culture
est sans frontières et doit être défendue comme telle.

 

MAIS AUSSI :

P 18 : Jeux de rôles : « De la galère ordinaire à l’exception « bankable », de la voix off au face caméra, de la pub à la scène, le comédien jongle avec les rôles, y compris dans les coulisses. Lever de rideau sur un métier qui se veut d’artiste – et pas seulement dans le statut. »

P 19 : Profession acteur : « Vous êtes venus faire du théâtre mais, maintenant, une question : pour quoi faire ?, demandait Bertolt Brecht. Il y a mille raisons, bien mystérieuses, de vouloir être comédien. Et mille autres raisons, tout aussi insaisissables, de vouloir le rester, envers et contre tous les paradoxes d’un art qui est aussi métier, d’un faux semblant qui quête le vrai, d’un geste désintéressé qui est aussi volonté d’insertion, voire de reconnaissance. »

P 34 : Premier rôle, seconde vie : « Un jour, j’ai croisé Hannibal Lecter dans une friterie. Le cinéma, ça ne payait plus. Il en avait connu des succès… Ça n’a pas suffi. On ne parlait plus vraiment de lui. »

Magazine Victoire 18.02.12

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Publication le 18.02.12 | Source : Victoire p 33

Au Fourquet, Centre culturel de Berchem-Sainte-Agathe, l’heure est aux travaux ! La construction d’une salle de spectacle est au centre des préoccupations. Situé sur le site de l’ancienne brasserie, ce nouvel espace sera bâti de briques… et d’idées. 

A l’heure actuelle, le Fourquet ne possède toujours pas de lieu de diffusion propre. A chaque manifestation, il fallait donc ruser : salle des fêtes, église désacralisée, bâtiment prêté par la commune… Cette organisation était devenue, en quelque sorte, une des particularités du Centre.

Un vent nouveau

Mais des changements dans l’équipe d’animation, ainsi que l’arrivée de Julien Balfroid à la direction, ont suscité de nouveaux questionnements en terme de dynamique et d’organisation. « Le Fourquet est dans une mutation forte. Demain, à l’inauguration de cette salle, c’est un nouveau centre qu’on ouvrira. » déclare Julien Balfroid. C’est dans cette idée de renouveau que l’équipe et le Conseil culturel se sont mis à réfléchir sur la meilleure manière d’investir les lieux.

Il n’a pas fallu longtemps pour voir débarquer les animateurs du Fourquet avec pelles, brouettes et casques de chantier dans les rues avoisinantes. Le but était de connaître les aspirations des habitants pour leur futur Centre culturel.

Le mur des idées

De manière symbolique, c’est par le biais de briques que les Berchemois ont laissé s’exprimer leurs nombreuses idées, qu’elles soient très ciblées ou plus générales.

Le projet Culture en chantier était désormais lancé ! La concertation populaire et participative formée autour de celui-ci a imaginé un « Fourquet Mobile ». Ce véhicule ludique, tout droit sorti de l’imagination des bénévoles et de l’équipe du Centre, est encore en phase de réflexion. L’engin hybride donnera bientôt lieu à des activités très concrètes, comme des ateliers par exemple. Julien Balfroid souligne l’importance de ce type d’expérimentation concertée, significative d’un esprit ouvert et participatif.

Objectif culture

Le but de « Culture en chantier » est donc double. D’un côté, amener les bénévoles à façonner leur Centre culturel de demain et, de l’autre, réfléchir aux futures fonctions et attributions de cette salle. Lors de l’inauguration du nouvel espace culturel, « ce sont les Berchemois qui inviteront leurs voisins à venir voir un spectacle, un film, une exposition », explique Julien Balfroid.

Au Fourquet, cette nouvelle aventure constructive – au sens propre comme au figuré – est en constante évolution : elle ne demande qu’à grandir et se développer!

Pour participer à l’aventure créative et insolite du Fourquet Mobile, des ateliers constructifs sont organisés ! Prochains rendez-vous les 7 et 22 mars à 20h00 au Fourquet.

Contact et informations

Le Fourquet
Centre culturel de Berchem-Sainte-Agathe
Place de l’Eglise, 15
1082 Bruxelles
02 469 26 75
info@lefourquet.be
www.lefourquet.be

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Naomi Bris, Stagiaire en communication
Concertation des Centres culturels bruxellois

Culture et création au cœur de l’enseignement

Fidèle à une ligne de conduite définie il y a près de vingt ans, Culture et Démocratie affirme que la culture et l’éducation sont les fondements essentiels de la démocratie.
Convaincus, comme Stéphane Hessel, qu’il est urgent de nous libérer d’un modèle fondé sur « les moyens de communication de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous », nous avons organisé six tables-rondes sous le titre générique : « Un enseignement en culture : de l’utopie à la réalité ».

Le troisième cahier de Culture et Démocratie résume près de deux ans de travaux et d’échanges autour de la question de la place de la culture et de la création dans l’enseignement. « L’indispensable révolution » synthétise les interventions des rencontres et des débats organisés au sein de Culture et Démocratie et le commentaire critique qu’ils nous ont inspirés. L’ouvrage se conclut par les recommandations que nous adressons aux responsables politiques et à tous ceux qui sont partie prenante de notre système éducatif.

Un enseignement en culture. De l’utopie à la réalité.

Utopie ou réalité, Culture et Démocratie défend le projet d’un « enseignement en culture ». Intégrer structurellement celle-ci dans les savoirs et les compétences de tous, à tous les niveaux de l’enseignement et encourager l’expression artistique sous toutes ses formes, voilà un enjeu démocratique essentiel !

Au coeur de la pratique pédagogique, à tous les degrés et dans tous les types d’enseignement, il faut construire des savoirs, des compétences et des pratiques culturelles et artistiques. Il faut, vite, et de manière structurelle, donner une nouvelle légitimité à ces champs de savoirs profondément négligés pour stimuler la créativité et l’inventivité que requiert d’évidence, le monde contemporain.

  • La culture au coeur de l’enseignement : de quoi parle-t-on ?

« Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. La culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains rationnels, critiques et éthiquement engagés. C’est par elle que nous discernons les valeurs et effectuons des choix. C’est par elle que l’homme s’exprime, prend conscience de lui-même, se reconnaît comme projet inachevé, remet en question ses propres réalisations, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des oeuvres qui le transcendent. » (Unesco, Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, 1982)

Exploration du concept « culture » et réflexion autour de ce qui, aujourd’hui, fait défaut ou non, dans les cursus de formation obligatoire et supérieure. Quels sont les points de convergence et/ou de complémentarité entre une lecture anthropologique de la culture, la culture savante, la culture scolaire, la culture des adultes et celle des jeunes, toutes les formes de la culture ? Que serait un enseignement « en culture » ?

  • Pourquoi des projets Art et Ecole ?

« Les arts sont encore plus indispensables aux hommes et aux femmes que ce qu’il y a de meilleur dans la science et la technologie. … /… Nous sommes un animal dont le souffle de vie est celui des rêves parlés, peints, sculptés et chantés. Il n’y a ni ne saurait y avoir de communauté sur terre, si rudimentaires que soient ses moyens matériels, sans musique, sans quelque forme d’art graphique, sans ces récits de remémoration imaginaire que nous appelons mythe et poésie. » Georges Steiner, Grammaires de la création, Gallimard, Folio essais, Paris, 2001, p.313

Pour quelles raisons un décret « culture-école » a-t-il été adopté par la Communauté française? Pourquoi des opérateurs culturels proposent-ils des projets artistiques aux établissements d’enseignement? Pourquoi les écoles s’ouvrent-elles à ces partenariats?

  • La formation culturelle et artistique dans l’enseignement supérieur

« Inscrire la formation artistique et culturelle dans la formation des enseignants devrait avant tout, leur permettre de vivre cette expérience pour eux-mêmes, afin qu’ils en ressentent très intimement les avantages et les bienfaits. Cette formation devrait leur offrir la capacité de faire le lien entre ces activités artistiques et les enseignements qu’ils assurent. Elle devrait leur fournir une maîtrise de la conduite de projets en partenariat. » J.G. Carasso, Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ? Editions de l’atribut, Mercues, 2005, p.80-81

Etat des lieux à propos de la place de la culture dans l’enseignement supérieur. Partages d’expériences et de pratiques, débat et propositions concrètes.

  • La formation à l’image dans les cursus de formation obligatoire

« Teach europeans at a young age, in school, about Europe and about cinéma, about its own language and héritage of images, so they learn better how to see and differentiate. They are in a more educated position to understand and digest and cherish…/… with Sweden having the european leadership right now, we feel it ‘s a very good moment to bring this request to the attention of our goverments : establish the audiovisual language and grammar as an intégral part of the school curriculum and as a medium of communication. » Wim Wenders, European culture forum, Bruxelles, september 2009.

 Quelle formation à l’image, pour qui, par quels intervenants et avec quelles compétences ? Dans notre quotidien envahi par les images et les écrans, qui s’occupe en effet d’en décrypter le sens parfois lourd d’enjeux pour notre avenir ? Si les professeurs de français interrogent le texte avec les élèves, ces images ne sont-elles pas aussi du texte ? Au programme : état des lieux, réflexions et rapports d’expériences, constats des carences, ouvertures et impasses.

  • Les médiateurs culturels et les artistes intervenants

« Remontant aux années 80 dans son utilisation au sein du musée, le terme médiation peut être étudié comme un symptôme, à la fois, de l’évolution de la société et de celle de l’institution. Les médiateurs ne se résument plus aux seuls éducateurs de profession, qui auraient pour rôle de rendre compréhensible un ensemble, non
communicant par essence, à un public sans clefs d’appréhension de cet ensemble. L’institution musée représente une source ambiguë d’expériences multiples, d’éducation tout au long de la vie, dont les dynamiques varient considérablement selon les conditions de la visite. La formation des médiateurs représente donc un aspect crucial de cette aide au développement de la personne. »
Marie-Clarté O’Neill, Adjointe de la directrice des études de l’Institut National du Patrimoine (INP ), chargée de la formation initiale des conservateurs, chargée d’enseignement en médiation à l’École du Louvre

Qui sont les médiateurs culturels ? Quel profil ? Quelles missions ? Quelles modalités d’action ? Quelle formation ? Pourquoi l’éclosion de ce métier nouveau : symptôme ou avancée ? Quel bénéfice supposé ou réel pour l’école ? Quelles questions, quelles impasses aujourd’hui ?

  • La culture et les écoles à pédagogie alternative

« A condition de respecter un programme et un horaire minimum légalement fixés, chaque pouvoir organisateur jouit, pour son réseau d’enseignement, et même pour chaque institution d’enseignement, de la liberté d’aménager ses horaires et, sous réserve d’approbation ministérielle, en vue d’assurer le niveau des études, d’élaborer ses programmes. Chaque pouvoir organisateur est libre en matière de méthodes pédagogiques. » Loi de 29 mai 1959, art. 6

 Comment la question culturelle/artistique est-elle appréhendée dans les écoles à pédagogie alternative? Ouvrent-elles en la matière, des pistes nouvelles, différentes ? Et si oui, que questionnent-elles dans la culture scolaire dominante ?


La culture au coeur des défis contemporains: la question de l’enseignement

A l’heure actuelle, il faut ré-enchanter l’enseignement par la dimension artistique et culturelle, il faut mettre au coeur de la construction des savoirs, la créativité, l’esprit critique, l’expérimentation, l’inventivité et la pratique collective, il faut donner à tous un accès cognitif et matériel à toutes les formes de la création, celle d’ici et d’ailleurs, celle d’aujourd’hui et celle du passé. C’est à cette condition que l’on construira des adultes ouverts, inventifs, curieux, prêts à prendre le monde et à lui donner sens.

Michel Develay et François Ost ont tous deux abordé cette question à travers deux conférences. Alors que Michel Develay a tenté de répondre à la question « Que transmet-on lorsqu’on enseigne? », François Ost a plaidé pour un décloisonnement de la culture et du savoir, de l’art et de la science.

  • Que transmet-on lorsqu’on enseigne? – Michel Develay

L’école est le lieu d’apprentissage de savoirs. Certes. Ces derniers, loin d’être éthérés, sont le fruit de l’histoire des hommes et des femmes affrontant de multiples questions pour comprendre le monde, les autres hommes et eux-mêmes. Les savoirs sont le fruit d’un arbre nommé culture, le terme étant pris dans sa dimension anthropologique.

La conférence éclaira les enjeux et les conséquences de ce point de vue en s’attachant
aux problématiques de la transmission et du rapport au savoir, faisant de l’enseignant un passeur de culture.

  • Lorsque l’enseignement ose la dimension culturelle – François Ost

A l’heure de la pensée unique et de la langue unique, l’art recèle des possibilités d’utopie susceptibles de tracer des perspectives innovantes en bien des domaines. En réhabilitant les puissances de l’imagination, la culture contribue directement à l’élargissement du savoir; inversement, le travail du concept permet d’approfondir et de rationaliser les intuitions artistiques.

François Ost fit état de sa double expérience de professeur de droit ayant créé des cours de « droit et littérature », et de dramaturge abordant, dans les écoles et les maisons de quartier notamment, et parfois avec l’aide de la Ligue des Droits de l’homme, des thèmes de société comme celui du voile islamique.

La culture au cœur de l’enseignement : un vrai défi démocratique

Quelle place la culture occupe-t-elle aujourd’hui et, sous quelle forme, à tous les niveaux de formation, de l’école maternelle à l’université ? De quelle(s) culture(s) parle-t-on ? Que dire de la culture des jeunes ? Comment rendre aux savoirs scolaires leur dimension naturellement culturelle ? Pourquoi et comment réintroduire structurellement les savoirs et les pratiques artistiques dans toutes les formations ? Pourquoi et comment inscrire la fréquentation des patrimoines, de la création contemporaine et des projets artistiques et culturels dans les impératifs actuels de la formation des jeunes ? Un enseignement plus culturel pour une société plus ouverte et plus créative ?


L’Art à l’Ecole : une histoire de partenariats

L’art à l’école n’a de sens qu’en présence de l’enseignant et de l’artiste, partenaires au sein de l’atelier : c’est à partir de ce principe que se fonde la démarche d’éducation artistique menée par le CDWEJ et Pierre de Lune ; l’atelier en classe étant un espace de découverte d’un langage et de création à part entière. Toutefois, dans la pratique, ce parti pris qui s’appuie sur la rencontre et sur la relation qui pourra s’établir entre personnes d’univers différents peut s’avérer un défi audacieux. C’est pourquoi, entre théorie et pratique, nous souhaitions donner la parole à plusieurs duos de partenaires artistes et enseignants afin de confronter des expériences spécifiques et singulières et de questionner cette philosophie du partenariat.

Information supplémentaire: Décret Culture-Ecole

Par l’adoption, le 24 mars 2006, du Décret relatif à la mise en oeuvre, la promotion et le renforcement des collaborations entre la Culture et l’Enseignement, la Communauté française s’est donné comme objectif de favoriser le développement d’activités culturelles et artistiques dans les écoles de l’enseignement obligatoire, tous réseaux confondus, notamment par le biais d’un financement de diverses initiatives.

Le décret prévoit quatre axes d’intervention :

  • Les « collaborations durables » (projets menés sur une année scolaire sur base d’une convention de partenariat) entre une école, un opérateur culturel et/ou un établissement d’enseignement partenaire;
  • Les « collaborations ponctuelles » entre une école et un opérateur culturel;
  • Les collaborations mises en oeuvre par la Communauté française et s’inscrivant dans les objectifs du décret;
  • Les « partenaires privilégiés » (implication sur le long terme).

Vous trouverez des informations complémentaires sur ce décret sur le site de la Cellule Culture-Enseignement de la Communauté française.


Préparation aux Etats Généraux de la Culture 2005

A l’initiative de Culture et Démocratie, un groupe de travail, composé de représentants des Ministres et des administrations en charge de l’éducation et de la culture, d’enseignants, de responsables pédagogiques et d’acteurs culturels, s’est constitué pour réfléchir à la question particulière de l’art à l’école. L’objectif des réunions successives fut à la fois de faire le point sur la situation en Communauté française de Belgique et de faire l’inventaire des priorités absolues en cette matière à l’horizon des élections du 13 juin 2004.

Rapport prospectif sur l’éducation artistique à l’école en partenariat avec des artistes, des institutions et des opérateurs culturels – 2003

Culture et Démocratie a fait appel à Evelyn Cramer afin de rédiger un premier rapport limité et basé sur cinq expériences auxquelles l’asbl Culture et Démocratie est plus particulièrement attachée. Il s’agit là d’un nouveau levier (un de plus !) destiné à renouveler la discussion, rassembler les idées et propositions concrètes dans le but d’amorcer une politique cohérente qui faciliterait le développement de l’art à l’école.

A partir de cinq expériences ( » Bruxelles 2000 « ,  » L’Ecole en Scène « , les Services Educatifs des Musées Royaux des Beaux-Arts, du Mac’s et du Théâtre Royal de la Monnaie), Culture et Démocratie souhaite proposer aux pouvoirs publics une analyse d’expériences marquantes dans le domaine des pratiques culturelles en milieu scolaire. Le but de ce rapport est d’analyser les processus de mise en oeuvre ainsi que la qualité et les acquis des quelques dispositifs institutionnels – et non d’étudier la multiplicité des actions entreprises en Région wallonne ou bruxelloise par le milieu associatif ou par diverses structures institutionnelles qui favorisent ­ avec succès ­ la pratique artistique à l’école.

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Source : Cultureetdemocratie

« Je travaille toujours sur la possibilité d’y placer un jour le Mim (musée des Instruments de musique) et de partager l’espace (les deux étages supérieurs) avec la Monnaie voisine. »

Entretien

Il y a un an, l’annonce de la fermeture sine die du musée d’Art moderne et contemporain de Bruxelles créait l’émoi. De plus, on attend toujours, depuis près de deux ans, la nomination d’un directeur au Cinquantenaire : Michel Draguet, ad interim, cumulera-t-il avec les Beaux-Arts ? Et quid des « coupoles » dans nos établissements scientifiques fédéraux (ESF) ? Quid aussi du mégaplan de numérisation ? Pour la première fois, le nouveau ministre en charge de la Politique scientifique, Paul Magnette (PS), par ailleurs ministre de la Coopération au développement, des Entreprises publiques et des Grandes villes, s’exprime. On le sent heureux de s’intéresser à des domaines qu’il connaît bien comme ancien professeur à l’ULB et homme de culture.

L’annonce, il y a un an, de la fermeture sine die du musée d’Art moderne et contemporain a suscité une vague de protestation.

Michel Draguet lui-même a reconnu qu’il avait fait une erreur de communication. Le projet d’un musée « Fin de siècle » (fin du XIXe siècle) est un très beau projet mais celui-ci ne doit par réduire pour autant l’Art moderne. On doit donc trouver une solution sans attendre un nouveau musée, ce qui prendra plus de dix ans. J’ai donc cherché et j’ai décidé d’affecter à l’Art moderne et contemporain une surface d’exposition de 3 000 à 5 000 m2 qui se trouve dans l’actuel musée des Beaux-Arts mais est vide à la suite des travaux de désamiantage qui y ont été faits. Ces salles sont situées derrière le grand hall, c’est la galerie autour des réserves. Elles datent des années 70 et sont appelées l’extension. Elles pourraient être prêtes pour exposer les œuvres dans un an ou un an et demi maximum. Compte tenu de la situation budgétaire, je ne suis pas favorable à ce qu’on loue d’autres locaux alors qu’on a un patrimoine prêt. Je demanderai donc à la Régie des bâtiments et à mon collègue qui en a la charge (Servais Verherstraeten) qu’une priorité soit mise sur ces salles, sans pour autant ralentir les travaux qu’effectue la Régie pour le musée « Fin de siècle ».

Vous abandonnez donc l’idée d’utiliser le Dexia Art Center, ex-établissements Vanderborght près de la grand-place qu’on avait cité comme lieu possible pour l’Art moderne ?

J’ai visité le lieu qui se prête bien à un musée. Je travaille toujours sur la possibilité d’y placer un jour le Mim (musée des Instruments de musique) et de partager l’espace (les deux étages supérieurs) avec la Monnaie voisine. On pourrait y construire une vraie Cité de la musique. Le bâtiment actuel du Mim, « l’Old England » et son extension jusqu’à la place Royale, pourrait alors accueillir un musée dédié à l’Art nouveau et qui serait tout proche du musée « Fin de siècle ». La Ville de Bruxelles, propriétaire du lieu, est ouverte à ce projet. Mais aucune décision n’a encore été prise.

A long terme, parle-t-on encore d’un nouveau musée d’Art moderne et contemporain ?

Oui, cette idée est excellente. Bruxelles a besoin d’un tel musée et nous avons au musée des Beaux-Arts une belle collection, surtout si on y ajoute, et c’est mon souhait, la grande collection d’art belge de Dexia. Certes, elle appartient à la banque mais nous devrions signer avec elle une convention qui permettrait à cette collection d’être largement mise en dépôt dans ce nouveau musée (et aussi, pourquoi pas, dans les grands musées de Flandre et de Wallonie). Avec Dexia, on aurait un vrai musée d’Art moderne et contemporain avec, comme fil conducteur, la création belge. Un peu comme l’a fait, à Madrid, le musée Reina Sofia. On aurait ainsi à Bruxelles quelques grands musées axés sur nos points forts : les primitifs flamands, le « Fin de siècle », l’Art nouveau, l’Art moderne et contemporain et le musée Magritte.

Vous privilégiez donc des musées thématiques aux musées généralistes ?

Non, les deux peuvent coexister mais je privilégie une situation plus lisible qu’aujourd’hui. Je lisais récemment une étude française montrant que la fréquentation des musées y avait fortement augmenté grâce à la forte lisibilité des grands musées. Il est important pour le public de voir les moments forts de l’art belge, tout en gardant aussi des salles montrant la continuité de l’histoire de l’art. Il faut aussi, et le musée « Fin de siècle » est intéressant à cet égard, avoir le courage de décloisonner. Dans ce musée, on mêlera l’art à la musique, aux arts décoratifs, à la littérature.

Mais quid du futur nouveau musée d’Art moderne et contemporain ?

On sait que l’Etat n’est pas en bonne santé financière. Son fonctionnement devra donc se faire à l’intérieur des subsides actuels aux musées. Et pour la construction du bâtiment, nous devons faire appel à des mécènes, à du fundraising. Un groupe de réflexion est en place pour cela, qu’il faudra rendre plus formel en y associant le fédéral, la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles. Nous devons ensemble réfléchir à une solution. On a évoqué trois pistes. D’abord, un bâtiment neuf sur le parc du Cinquantenaire, mais sa complémentarité avec les collections du Cinquantenaire n’est pas évidente et placer un bâtiment contemporain dans le parc suscitera certainement une polémique. On pense aussi placer un tel bâtiment contemporain dans un quartier de la ville en pleine reconversion, mais il faudrait pour cela l’intégrer dans un plan précis plus global. Reste alors une solution simple : rester dans le périmètre du Mont des Arts et utiliser, par exemple, le bâtiment actuel de la Cour constitutionnelle sur la place Royale, en face du Mim, pour construire ce nouveau musée dont, bien sûr, la façade ne pourra déroger aux règles d’urbanisme de la place Royale. Mais pour cela, il faudrait commencer une discussion avec la Cour constitutionnelle.

Guy Duplat

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Mis en ligne le 10/02/2012 | lalibre.be

La Commission de la Culture, de l’Audiovisuel, de l’Aide à la presse, du Cinéma, de la Santé et de l’Egalité des chances du Parlement de la Communauté française s’est déroulé le 31 janvier 2012.

Question de Mme Veronica Cremasco à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Nouveau décret sur les centres culturels et le développement culturel territorial »

Mme Veronica Cremasco (ECOLO)

Madame la ministre, en juin 2011, je vous interrogeais sur l’avenir des centres culturels pendant la période de transition avant un nouveau décret. Vous nous aviez alors confirmé la rédaction d’un avant-projet de décret avant les vacances et la présentation de ce texte au gouvernement en janvier 2012. Vous nous affirmiez également votre volonté de prolonger d’un an voire deux les contrats-programmes des centres culturels en raison des délais nécessaires à la rédaction des dossiers de reconduction des contrats-programmes. Nous avions eu l’occasion d’en discuter. Ce sont des dossiers importants qui doivent être sérieusement étoffés. Les délais ne semblaient pas tenables, vous aviez alors programmé un avenant d’un an.

Confirmez-vous ce calendrier ? Un nouveau délai est-il prévu pour le renouvellement des contrats programmes des centres culturels ? Si oui, lequel ?
Plus globalement, pouvez-vous nous éclairer sur une éventuelle évolution de la mission de base des centres culturels et de sa définition dans le futur décret ? Ce processus de réflexion devrait être inséré dans le texte du futur décret.

La deuxième partie de ma question concerne le développement des centres culturels territoriaux. En effet, les centres culturels, dans leurs missions éducatives et culturelles sont des outils de proximité, de démarches participatives et donc d’ancrage territorial. Dans cette optique, je voudrais rappeler ici le chantier des assises du développement culturel territorial. En effet, ces assises pourront jouer un rôle crucial dans la réflexion et sa cohérence, et ce d’autant que la déclaration de politique communautaire prévoit l’inscription du nouveau décret dans une dynamique de développement territorial global.
Lors d’un précédent débat dans cette commission, vous nous informiez que les centres culturels étaient invités à déterminer leurs objectifs et leurs priorités d’action à partir d’un diagnostic territorial. Vous mentionniez également la dimension supra-communale et la possibilité d’association entre communes pour développer un projet culturel commun.

Madame la ministre, où en est cette réflexion ? Le diagnostic territorial et les priorités d’action ont-ils été précisés ? Les assises du développement culturel territorial ont-elles tracé des pistes à suivre, notamment en ce qui concerne la coopération entre et avec les pouvoirs locaux ? En d’autres termes, comment cette réflexion sur le développement culturel territorial alimentera-t-elle le futur décret sur les conditions de reconnaissance et de subvention des centres culturels ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances

Afin de mener à bien la réforme du décret sur les centres culturels, j’ai constitué un groupe de travail composé de représentants de la 3C, de l’Astrac, de l’association des centres culturels, de l’administration et de mon cabinet. Ce groupe a établi des commissions thématiques chargées d’examiner des questions particulières.

Les représentants de la commission des centres culturels, de l’association des centres culturels et de l’Astrac ont sollicité une prorogation des contrats programmes des centres culturels jusqu’au 31 décembre 2014. Selon cette recommandation unanime, il s’agit d’éviter aux centres culturels une surcharge de travail en les obligeant à déposer un dossier de renouvellement de leur contrat programme en mars 2013.

En effet, il importe de permettre à l’ensemble du secteur de s’adapter au futur cadre décrétal. Dans cette logique, le groupe de travail a opté pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2014 et une mise en application concrète des futures reconnaissances au 1er janvier 2015.

Le délai sera mis à profit pour affiner certains éléments du projet afin de préciser leur implication sur les paramètres de financement des centres culturels. Malgré mon enthousiasme initial, il est prématuré de soumettre un avant-projet de décret au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Madame la députée, la réflexion sur l’objet du décret, les missions de base, le schéma nécessaire et la détermination des objectifs du ou des projets des centres culturels à travers un diagnostic partagé est finalisée. Nous travaillons actuellement sur les missions spécialisées et sur les aspects budgétaires du projet de décret.

Dans les prochaines semaines, nous entamerons la rédaction du futur projet de dispositif décrétal. Les principes généraux du décret intègrentle droit à la culture, promu dans la déclaration
de Fribourg. Cette philosophie générale permet de confirmer le centre culturel comme un centre d’actions culturelles par, pour et avec les populations et les acteurs d’un territoire.

Prenant en compte le contexte d’une offre et d’une politique culturelles intensifiées depuis l’arrêté royal du 5 août 1970, le décret affirmera le positionnement de tous les centres culturels comme structures mobilisatrices du développement culturel d’un territoire au bénéfice de ses populations. Il veillera à promouvoir la réalisation de projets participatifs ancrés, concertés et articulés dans un ou plusieurs territoires de référence. Il s’agit d’intensifier la réflexion et la construction des objectifs des centres culturels et des projets qui en découleront en fonction des priorités qu’ils détermineront en concertation avec les acteurs et les populations de leur territoire.

La nouvelle législation stimulera également les réseaux de coopération entre centres culturels. Elle permettra de soutenir des initiatives concertées et/ou contractualisées dans une optique de complémentarité, d’efficacité, de consolidation des actions. Ces dispositions susciteront aussi des collaborations administratives. Le décret encouragera la transversalité en renforçant la cohérence des dispositifs de décentralisation mais également, et c’est essentiel, en permettant la prise en compte par les secteurs artistique et culturels de projets plus spécialisés.

Par ailleurs, il y a lieu d’envisager la couverture de l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les territoires actuellement non couverts doivent être repris par la reconnaissance raisonnée et coordonnée d’éventuels nouveaux centres culturels ainsi qu’en favorisant et en incitant l’intercommunalité par l’adhésion des communes à des centres culturels existants. Dans cette logique, les résultats des Assises de développement culturel territorial permettront d’identifier les zones où il est nécessaire de réfléchir à créer de nouveaux centres culturels.

Outre cette dimension politique, qui nécessitera une concertation entre pouvoirs publics et une articulation entre les autorités et les opérateurs culturels, des analyses et des bases de données réalisées à l’occasion des assises seront l’un des outils utiles aux centres culturels pour construire un diagnostic, ou plus précisément, une analyse partagée du territoire. Cette analyse visera à identifier et à qualifier les ressources, les contextes et les moyens du territoire, les questions de société, les besoins sociaux, l’évolution et les dynamiques prospectives du territoire ainsi que les territoires affinité, d’ancrage et de rayonnement des centres culturels.

Cette mobilisation devra faire émerger des enjeux prioritaires qui orienteront des actions et des projets que le centre culturel mènera en privilégiant des collaborations et des synergies avec les autres acteurs culturels, socio-éducatifs, institutionnels et associatifs.

Cette attention au développement culturel territorial est déjà présente dans le décret relatif au développement des pratiques de lectures organisées par le réseau public de la lecture. Le projet de décret organisant le secteur des centres culturels se construit autour de lignes de forces identiques.

Mme Veronica Cremasco

J’ai oublié de vous demander les échéances des assises du développement territorial. Quand attendez-vous les conclusions de ces assises ?

Mme Fadila Laanan

Le travail de maillage du territoire étant important, nous espérons recevoir ces conclusions dans le courant de l’année 2013.

Mme Veronica Cremasco 

Cela veut dire que les contrats-programmes et les avenants ne sont pas prévus avant la fin 2014.

Mme Fadila Laanan

De tout façon, dans la situation budgétaire actuelle et celle qui nous attend dans les années à venir, on a intérêt à construire un schéma qui permette de ne mettre en œuvre effectivement des reconnaissances ou des renouvellements qu’à partir de 2015. Aujourd’hui, nous sommes toujours sous moratoire.

La réflexion actuelle doit prendre suffisamment en compte celle qui est menée par les assises qui ont pour vocation de mettre en évidence les lieux où les choses se passent plutôt bien et d’essayer de pallier les lacunes dans les régions où cela se passe moins bien. Ces assises nous permettront également de compléter notre analyse et d’alimenter notre réflexion sur la réforme des centres culturels.

Mme Veronica Cremasco

Je partage complètement cet avis. Les synergies sont essentielles. Le développement culturel territorial et l’analyse qui en sera faite doivent alimenter la réforme. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle est décrite dans la DPC. J’irai même plus loin. La Région wallonne dispose d’ateliers du territoire. J’ignore s’il existe une structure similaire en Région bruxelloise. Les analyses territoriales peuvent également servir.  Je pense notamment à l’accessibilité des lieux culturels. Dans le contexte actuel, la question du financement reste posée. Vous n’avez pas vraiment répondu à ma question sur la période de transition. Outre le problème du financement, se pose aussi celui de l’adaptation.

Mme Fadila Laanan

Le moratoire reste d’application. Il n’y a pas de montée de catégorie et le budget des années précédentes est maintenu, sans indexation. C’est le lot de tous les opérateurs. J’ai pu m’en expliquer clairement lors de la rencontre organisée il y a quelques jours par l’Astrac. Je leur ai exposé très franchement la manière dont nous allons devoir travailler. Les acteurs culturels sont conscients que ce sera difficile cette année, l’année prochaine et la suivante. On ne peut pas mentir à des personnes qui vont devoir poursuivre une activité identique avec des moyens qui n’évoluent pas. Aujourd’hui, chaque citoyen se serre la ceinture et est conscient des sacrifices qu’il faudra consentir à l’avenir. La réforme doit s’inscrire dans une perspective d’espoir de moyens supplémentaires. Dans la situation actuelle, les budgets ne peuvent pas être modifiés.

Mme Veronica Cremasco

Peut-être pouvons-nous espérer des jours meilleurs dans un futur plus éloigné !

 

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Source :  PDF Question orale V Cremasco

Ce 24 janvier avait lieu la journée professionnelle de l’ASTRAC au Centre culturel Marcel Hicter La Marlagne de Wépion. Cette journée-rencontre permet aux travailleurs des Centres culturels de confronter leurs réalités et d’échanger sur les pratiques professionnelles qu’ils mettent en œuvre.

Le discours de la Ministre

En début de journée, la Ministre de la culture, Fadila Laanan, a donné aux représentants des Centres culturels présents un aperçu du contexte général et de l’état d’avancement du chantier vers la révision du décret. Après avoir annoncé un nouvel avenant, reportant encore d’un an l’application du texte de loi (pour 2014), la Ministre a expliqué que, face à la crise économique, les Centres culturels devraient se serrer la ceinture. En 2012, il n’y aura donc pas d’indexation du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aussi, afin de préserver l’emploi face à la réduction de 10 % de la somme allouée à la culture, la Ministre a préféré entailler les crédits réservés aux équipements et infrastructures. Par ailleurs, les conditions de reconnaissance et de subvention fixées par le décret du 22 juillet 1992 seront garanties pendant la période de transition.

Les politiques culturelles défendues sur chaque territoire seront redéfinies dans le futur décret pour que soit mieux disséminée l’action réelle, en regard des réalités de terrain. Ainsi, la culture de proximité et l’indépendance des Centres culturels seront privilégiées. Par ailleurs, les initiatives collectives seront encouragées, en particulier la structuration de réseaux entre Centres culturels, favorisant la transversalité et la consolidation de projets. Fadila Lanaan a également annoncé une prolongation des contrats-programmes jusqu’au 31 décembre 2014, ce qui devrait faciliter l’adaptation au nouveau texte de loi. Le calendrier de cette année a été revu pour permettre au service de l’Inspection générale de la culture d’accompagner les opérateurs culturels lors de cette période de transition.

Discours complet

Les ateliers

Après ce discours quelque peu pessimiste, la journée était agrémentée de 6 ateliers sur les différents métiers des Centres culturels.

  • Le premier atelier, qui portait sur l’éducation permanente du point de vue des Centres culturels, a abouti à un principe commun : la participation libre et ascendante des citoyens aux activités socioculturelles. L’éducation permanente ne peut devenir une spécialisation, d’autant plus qu’un besoin réel d’échange de projets en matière d’animations et de méthodes de travail se fait fortement ressentir.
  • « Artiste, publicitaire, technicien de l’image, interprète d’un projet culturel : les multiples visages du graphiste en Centre culturel », était le thème du deuxième atelier. Le graphiste d’un Centre culturel est tributaire du travail des autres : il se situe en bout de chaîne. Par ailleurs, dans les petits Centres culturels, le manque de moyens humains et techniques crée souvent des profils hybrides, quelque part entre graphiste et chargé de communication, devant travailler sur base de ressources et de matériel rudimentaires dans une atmosphère d’urgence et de frustration. Une solution évoquée lors de l’atelier était celle de procéder à un échange de services entre les différents Centres culturels, que ce soit en termes de logiciels, de personnel, ou d’outils promotionnels pour des spectacles programmés dans plusieurs lieux.
  • Le troisième atelier s’intitulait « Vers une régie durable de nos Centres culturels ». Encore une fois, le manque de moyens financiers apparaît comme un obstacle principal face à l’acquisition du matériel en adéquation avec le développement durable. Les efforts se font donc à petite échelle, notamment à travers l’adaptation de l’électricité dans les foyers. Une proposition émise lors de cet atelier consistait à réaliser un inventaire du matériel disponible dans les Centres culturels pour imaginer un futur échange sur un territoire donné.
  • A l’issue de l’atelier 4, qui portait sur la pension des professionnels en Centres culturels et sur l’enjeu du deuxième pilier, on regrettait le manque de reconnaissance de la mission de service public de ces métiers. Et de conclure encore par le même constat : le manque de fonds, que ce soit pour les pensions ou pour la reconnaissance des heures supplémentaires. Une des pistes évoquées suggérait que les impôts d’aujourd’hui paient les pensions actuelles et non celles de demain.
  • Les membres du cinquième atelier se sont penchés sur la question de l’avenir de la fonction d’animateur-directeur. Ont été mises en exergue des expériences très polyvalentes et de nombreuses responsabilités, exigeant des compétences pourtant peu valorisées en termes de salaire.
  • Les relations entre Centres culturels et bibliothèques étaient au cœur du débat qui a animé l’atelier 6. Le nouveau décret relatif aux bibliothèques favorise le partenariat entre ces deux structures aux réalités différentes, tout en prenant en compte leurs limites et leurs spécificités. De nouveaux projets ont déjà été initiés, notamment diverses campagnes sur le thème de la lecture.

Le Chantier : prolongation des travaux

En fin de journée, l’inspecteur de la culture Luc Carton a relancé les discussions autour du nouveau décret. Le travail se poursuit sur les missions et les reconnaissances spécifiques et sur les modalités de financement, mais le chantier a avancé suffisamment pour prévoir la mise en application du futur décret au 1er janvier 2015. Monsieur Carton a mentionné les 3 axes sur lesquels portera le nouveau cadre décrétal :

  • l’abandon de la classification des Centres culturels en différentes catégories de financement ;
  • la possibilité d’obtenir des reconnaissances complémentaires pour le développement de spécificités durables ;
  • la suppression de la distinction entre centres régionaux et centres locaux, qui serait remplacée par un encadrement de réseaux de coopération volontaires et ascendants.

Attention, culture dégradée sur 2 ans !

Pour résumer, un leitmotiv a ponctué cette journée : la récession budgétaire ! Salaires insuffisants, matériel obsolète, conditions de travail inconfortables, avenir confus et nébuleux… Autant de constats suscitant l’incertitude croissante qui caractérise le climat précaire propre au secteur socioculturel. Malgré tout, cela n’a en rien empiété sur la bonne humeur générale des participants et leur capacité à prendre les choses avec humour et dérision. Sans doute encore une des caractéristiques propres aux métiers des Centres culturels : travailler avec des bouts de ficelle oui, mais avec la passion au ventre et le sourire aux lèvres !

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Lauren Cornet, Stagiaire en communication
Bénédicte Williot, Chargée de communication

Concertation des Centres culturels bruxellois

Le projet « Espèce(s) d’animateur » propose de réaliser rencontres et recherches sur la diversité du métier d’animateurs, sur ce qui les réunit et sur la plus-value sociale et culturelle de leurs actions.

Chaque année la thématique varie. Au banc des questions pour cette édition : les animateurs prennent-ils soin de la démocratie ? La démocratie a-t-elle besoin des animateurs ?

Le 8 novembre dernier, au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, onze interventions ont abordé ces questions sous différents angles :

1. L’animateur socioculturel, garant de l’application de la démocratie directe ? Par Emilie Jacqy et Antoine Thioux

2. L’expérience de la démocratie au Musée. Par Laurence Bouvin

3. Quelle(s) culture(s) pour quelle démocratie ? Par Roland de Bodt

4. La question de la mixité et de l’intégration vécue par les scouts. Par Jérôme Ramacker

5. Animation : méthodes pédagogiques, mouvements de critique sociale ou création sociale et culturelle ? Par Jean-Pierre Nossent

6. Quel est le rôle et l’impact d’un centre d’art dans une dynamique sociale locale ? Par Frédérique Versaen

7. Autorité et éducation: mise en perspective. Par Bernard de Vos

8. Qu’est-ce qui fait marcher l’autorité ? A propos d’une prétendue crise dans l’éducation. Par Antoine Janvier et Florence Caeymaex

9. Autorité institutionnelle: force ou contrainte ? Par Eugène Braet

10. L’éducation en IPPJ: tendre vers davantage de cohérence dans l’apprentissage des limites. Par Stéphane Magnien et Frédéric Miceli

11. Pédagogie Nomade, une école de l’émancipation. Par Benoit Toussaint, Kévin Strijkman et Arnaud Baratto

Découvrez ci-dessous 7 des 11 interventions présentées le 8 novembre lors de la seconde édition d' »Espèce(s) d’Animateur »

Diapo Espèce(s) d’Animateur

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Sources: http://www.c-paje.net