Archives for the month of: avril, 2012

Que signifie l’art pour tous ou la culture pour tous dans la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ? La pratique quotidienne des 160 Centres d’Expression et de Créativité (CEC) constitue un élément de réponse.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 27) ouvre un droit à « prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, … à jouir des arts… ». Le préambule de la Déclaration précise que « les Etats Membres se sont engagés à assurer le respect universel et effectif [de ces] droits… ». Cet engagement se concrétise par le financement de politiques culturelles et de dispositifs qui créent les conditions pratiques pour que les citoyens puissent exercer leur droit. Ces dispositifs, ce sont les Centres culturels, l’Education Permanente, les bibliothèques, les Ecoles de Devoirs, les Centres de jeunes…, mais aussi les CEC. L’enjeu de l’ensemble de ces politiques et dispositifs est la participation active des citoyens à la vie culturelle. A l’intérieur de ce champ global, l’enjeu pour les CEC est plus spécifique : c’est la participation active à des démarches de création artistique.

Le contexte

Deux éléments de contexte, avant de préciser comment la Fédération Wallonie-Bruxelles assume l’obligation que lui impose l’article 27 de la Déclaration.

Premier élément : les dérives culturelles des sociétés libérales masquent mal une privatisation de fait des patrimoines culturels communs, alors qu’ils n’ont de valeur que partagés. Pour les uns, l’acculturation par le divertissement, bien à l’écart de l’histoire et du présent de la culture ; pour les autres, l’élitisme cynique de la culture-spectacle ; pour tous, le confinement dans la consommation passive et massive des « produits » usinés par les industries culturelles.

Second élément : les pouvoirs publics (surtout les institutions européennes) sont de plus en plus affriolés par les manifestations « de prestige », déclinaisons élitistes des industries culturelles. Dans les choix et arbitrages budgétaires que s’imposent les pouvoir publics quant aux soutiens financiers, les politiques culturelles et les industries culturelles entrent donc en concurrence et parfois en collision : les manifestations prestigieuses, plus médiatiques et valorisantes, se développent aux dépens des actions et dispositifs plus simples, plus discrets, permettant aux citoyens d’exercer leurs droits culturels de manière active.

L’art pour tous est un des premiers antidotes à ces dérives et ne peut pas rester un idéal lointain ou une formule creuse. Comment matérialiser l’art pour tous ? Par une politique culturelle, raisonnablement financée, pour que vive un réseau d’organisations, de pratiques et de projets socioartistiques.

Un financement est « raisonnable » s’il est proportionnel aux exigences de mixité sociale, de diversité culturelle, d’accessibilité financière, d’expression citoyenne et de qualité créative des démarches et projets socioartistiques, qu’acceptent les acteurs socioculturels en contrepartie des subsides reçus. Et si le financement permet d’ouvrir à tous les activités et les projets subsidiés, sans discrimination sociale ou économique. Pour les CEC, la Fédération Wallonie-Bruxelles est loin du compte : le budget de fonctionnement des CEC n’est financé qu’à moitié. Le résultat du Décret-Créativité de 2009 est donc un définancement du secteur, puisque les exigences (légitimes) du pouvoir subsidiant ont augmenté sans adaptation des moyens financiers.

Enjeux

Quel est l’enjeu concret de l’art pour tous ? S’agit-il de faire de tous et de chacun des artistes universellement reconnus ? Non ! Mais il s’agit d’organiser la reconnaissance des créations de tous et de chacun, là et au moment où elles se manifestent, sans prétendre faire de tous et de chacun des créateurs pour l’éternité. Cette reconnaissance vient légitimer la création mais implique trois exigences pratiques : ne pas surévaluer les créations en faisant passer pour création ce qui ne l’est pas, ne pas passer à côté d’une création réelle et faire connaître les créations dans le champ socioculturel où elles émergent.

C’est à cela que travaillent chaque jour les 160 CEC de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à l’échelle locale, là où la vie culturelle s’articule à la vie sociale et économique – (voir la cartographie des 160 CEC).

Pour quoi faire ? « De la naissance à la mort, un être humain est inexorablement seul et obligatoirement ensemble… C’est de cela que parle l’art, à tous et à chacun » argumentait le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, en défense de « L’art pour tous » ( ). L’art parle aussi de notre liberté et à notre liberté. Ce qui implique de créer les conditions concrètes pour que tous, et chacun, puissent rencontrer et pratiquer des langages artistiques, mais aussi se confronter à des artistes et à des œuvres. Par exemple, dans les CEC.

Les pouvoirs publics de la Belgique francophone reconnaissent et subsidient 160 associations organisant des ateliers créatifs appelés Centres d’Expression et de Créativité (CEC). 19.000 participants – et bientôt 20.000 – y découvrent des démarches créatives dans toutes les disciplines artistiques. Au terme du Décret-Créativité de 2009, ces associations sont des acteurs socioartistiques au même titre que les Centres Culturels et les mouvements d’Education Permanente. En effet, ce décret définit les missions des ateliers créatifs en termes « d’émancipation sociale et culturelle », de « développement d’une expression citoyenne … » et leur assigne de « favoriser le développement culturel des individus et des groupes, par l’expression et/ou la créativité, par les pratiques artistiques pour qu’ils puissent inventer et participer à la vie sociale et culturelle …». Ces objectifs rencontrent parfaitement ceux de l’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Pratique et organisation

Quelles pratiques ? Dans les ateliers créatifs des CEC, les participants expérimentent l’art pour tous en faisant l’apprentissage de langages artistiques et en réinventant leurs itinéraires propres vers la création. Cette exigence est une contribution positive à la diversité culturelle mais ne suppose pas la prétention de constituer un patrimoine à partager universellement. Dans l’ensemble des politiques culturelles, les ateliers des CEC sont un maillon intermédiaire entre les pratiques académique et les pratiques en amateur : plus ouverts que les pratiques académiques – création de patrimoines et de répertoires culturels – les CEC sont aussi plus exigeants que les pratiques en amateur – reproduction de répertoires. Le CEC s’organise autour de trois pôles : créativité, expression citoyenne et projet socioartistique, chaque CEC les articulant à sa manière et en fonction du contexte socioculturel.

Comment se déroule l’atelier ? Les ateliers créatifs animés par des artistes apportent aux participants des déclencheurs de créativité (métissage des techniques, consignes perturbantes, rencontres d’artistes, découverte et décodage d’œuvres reconnues…). L’expression, la consigne, l’exercice, les variations, l’analyse des processus en cours sont des balises pour un itinéraire créatif. Les participants sont alors confrontés aux contraintes techniques. L’exigence de qualité porte sur les démarches artistiques et créatives des participants et non sur leur résultat, qui reste aléatoire. La maîtrise d’une technique artistique n’est pas une condition préalable au travail en atelier ni l’effet recherché ; elle est un moyen au service d’une recherche personnelle et collective.

Le projet socioartistique trame un langage commun avec la recherche individuelle

Sur quoi sont fondées les pratiques de l’art pour tous ? Une conception ouverte de l’art suppose que l’acte artistique se décline en œuvres et en pratiques culturelles, les premières – les œuvres – émergeant des secondes – les pratiques. Ou plutôt la société repère, s’approprie, partage et reconnaît dans une création l’écho de questions, de recherches et d’expériences vécues socialement. Ce travail gagne ainsi progressivement le statut d’œuvre d’art et, à son tour, influence les pratiques culturelles.

Les enjeux sociaux et politiques – Les ateliers créatifs répondent à un désir d’art émergeant dans toutes les classes sociales et devant lequel tous doivent être à égalité. Ce désir d’art est une des manifestations du besoin d’émancipation qui se vit dans nos sociétés. Aussi, ces ateliers se définissent comme des acteurs culturels travaillant sur des enjeux qui sont aussi sociaux et politiques. Quant aux enjeux artistiques et culturels, il s’agit de la redécouverte de langages artistiques et de la création des participants, de leur expérience d’un cheminement propre et de productions collectives. Les enjeux sociaux sont évidents : les ateliers créatifs et les projets socioartistiques contribuent à construire du lien social et de l’émancipation, par les apprentissages en commun et les interactions qui s’y jouent, autour des productions, entre les participants et leur environnement social. Quant aux enjeux politiques, il s’agit de la démocratie culturelle et du droit ouvert par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Logiques de solidarité et d’autonomie – Les CEC se situent au carrefour de deux logiques : la logique de solidarité et de jeu collectif propre au champ social ; et la logique plus individuelle d’autonomie du champ artistique et de production de l’artiste, maître solitaire de sa discipline. Les animateurs et participants de ces ateliers expérimentent ainsi une démarche collective, qui trame un langage commun avec la recherche individuelle. Ils produisent ensuite, s’ils les jugent aboutis, les résultats de leurs travaux dans des expositions, spectacles théâtraux, musicaux, de danse, de cirque, de rue… Le concept de projet socioartistique rassemble ces différentes pratiques et ces deux logiques.

Et l’Europe ?

Un réseau international de praticiens de la démocratie culturelle « ARTS 4 ALL » (les arts pour tous) regroupe plusieurs pays européens. En septembre 2010 et avril 2011, les rencontres organisées par ce réseau ont posé la question du conflit entre les industries culturelles et les politiques culturelles. Ce débat rebondira lors des prochaines rencontres autour de l’idée que la démocratie culturelle suppose des politiques culturelles raisonnablement subsidiées pour que la pratique artistique et la découverte des œuvres ne soit pas réservée à une classe privilégiée, les citoyens moins favorisés restant confinés aux divertissements des industries culturelles dont ils sont priés d’assurer la rentabilité.

En conclusion, l’art pour tous signifie que tous et chacun doivent avoir la possibilité, s’ils le souhaitent, d’expérimenter leur propre pouvoir de conduire une démarche artistique. Le rôle majeur des autorités publiques étant de créer les conditions pratiques de cette liberté, en subsidiant raisonnablement les initiatives locales permettant de vivre de telles expériences.

***

Texte de Frédéric Ruymen, metteur en scène et président de la FPCEC (Fédération Pluraliste des Centres d’Expression et de Créativité) et Christian Cession, coordinateur.

Source: Culture et Démocratie

Projet de charte en vue de la mise en place d’un réseau structuré et organisé des programmateurs cinéma des centres culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La Quadrature du Cercle est un réseau qui regroupe les personnes chargées de la programmation cinéma au sein de différentes associations culturelles (centres culturels locaux, régionaux et autres lieux de diffusion membres) en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Son objectif prioritaire est de favoriser la circulation des productions audiovisuelles de qualité dans des conditions optimales d’organisation et de promotion.

Cette diffusion s’accompagne d’un travail des programmateurs envers les publics tendant à développer une synergie entre « cinéma » et « spectateurs ».

Son action s’étend à toutes les productions audiovisuelles (court métrage, moyen métrage, long métrage, fiction, documentaire, film d’animation…) et se situe tant sur un plan régional qu’international.

Pariant sur la richesse du réseau, La Quadrature du Cercle travaille de manière inductive et invite ses membres à définir des projets collectifs ou engager une réflexion commune.

Ainsi, La Quadrature du Cercle est un rouage, un levier pour les lieux de diffusion en matières de coordination de tournées, actions de promotion, soutiens techniques, commissions de réflexion, formations, repérage de films, représentation des programmateurs auprès d’instances publiques ou privées, relais d’informations, etc.

Ses différentes actions participent à la dynamisation du maillage culturel au plus grand bénéfice des productions audiovisuelles et des publics.

La Commission européenne a rendu publics les résultats de l’appel à projets pour son Programme Culture (projets de coopération multiannuelle, coopération de type court, coopération avec les pays tiers, soutien aux réseaux européens).

Le Point Contact Culture a publié la liste des projets sélectionnés auxquels participent des opérateurs situés en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Pour consulter la liste, cliquez ici