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Voici un article en plusieurs parties sur les enjeux de la formation, publié par l’Association Marcel Hicter et rédigé par Raymond Weber, ancien directeur de l’enseignement, de la culture et du sport au Conseil de l’Europe (Strasbourg) et Président du Conseil d’Administration de l’Association Marcel Hicter.

Vous trouverez ci-joint les 3 parties constituant l’article :
1/3 : Education permanente : les pères fondateurs et le développement culturel.
2/3 : La coopération au développement, le développement durable et la transmission des savoirs et des compétences : trois grands piliers de l’Education Permanente.
3/3 : Les nouveaux enjeux de la formation à travers quatre exemples.

1-Education permanente
2-Trois grands piliers de l’éducation permanente
3-Les nouveaux enjeux de la formation

 

 

Voici un article sur les Réseaux culturels et les évolutions de la cultures au 21ème siècle, quelques considérations critiques sur une publication excellente et nécessaire, présenté en deux parties, publié par l’Association Marcel Hicter et rédigé par Raymond Weber, ancien directeur de l’enseignement, de la culture et du sport au Conseil de l’Europe (Strasbourg) et Président du Conseil d’Administration de l’Association Marcel Hicter.

Vous trouverez ci-joint les deux parties constituant l’article :
1/2 : Introduction et nouveaux horizons pour les réseaux et les politiques culturelles
2-2 : Effets des TICs sur les réseaux, rôle des réseaux dans la mobilité des artistes et la créativité transnationale et conclusions

 

Fadila Laanan, Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a réagi suite à la parution de l’avis du CNT. Sa réaction figure sur son site, ici. Les réflexions de SMart.Be (association professionnelle des métiers de la création) par rapport à cette réaction se trouvent en-bas, en itallique. 

La première réunion de la Plateforme des artistes et créateurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est tenue le 29 juin à mon Cabinet.  A cette occasion, j’ai voulu recueillir l’avis et les impressions des représentants des artistes sur le projet de visa professionnel tel qu’élaboré et présenté par la CGSP culture, l’Union des Artistes et Pro Spere.  Les représentants des artistes se sont montrés favorables au visa professionnel qui conditionnerait l’utilisation de contrats dits 1bis.

Ces associations ne représentent qu’une toute petite partie des artistes, n’étant actives que dans un secteur donné : les arts du spectacle. Pro Spere, elle, est l’émanation d’une coordination de sociétés de gestion de droits, dont on sait que leurs positions en matière de statut social n’est pas au cœur de leurs préoccupations : il n’est pas possible aujourd’hui de cotiser à l’ONSS sur ses droits d’auteur pour obtenir ou maintenir un statut dans le régime général des salariés. Et nul actuellement ne le revendique (et certainement pas ces sociétés). SMartBe était présent et nous avons fait clairement savoir, à la Plateforme des artistes et antérieurement aux syndicats, que nous n’étions pas favorable à cette carte professionnelle.

Pour rappel, l’article 1bis fut introduit en 2002 dans la réglementation de la sécurité sociale en vue de fournir la protection sociale des travailleurs salariés aux artistes qui fournissent des prestations  artistiques contre rémunération pour le compte d’un donneur d’ordre.

 Il faut ajouter: qui fournissent des prestations ou produisent des œuvres artistiques. C’est l’essentiel de la crise, ne l’oublions pas : la rupture provoquée par l’ONEM entre interprètes et créateurs.

Les artistes peuvent toutefois démontrer qu’ils ne pratiquent pas leur art dans les mêmes conditions socio-économiques que celle d’un travailleur par rapport à un employeur, et demander à être assujetti à la sécurité sociale des indépendants.   Cette demande doit être remise à la Commission Artistes du Conseil national du Travail (CNT) qui octroie ou non le statut d’indépendant.

Mais surtout : Les artistes ne pratiquant pas leur art dans les mêmes conditions socio-économiques que celle d’un travailleur par rapport à un employeur peuvent cependant faire le choix incontestable (irréfragable) de rester dans le régime général des salariés, justement via les contrats dits « 1er bis ». Qui soutient cette position ?

Malheureusement, un nombre toujours plus important de travailleurs a recouru à l’article 1bis à tel point que des abus ont été constatés : pour des activités non artistiques, ou avec un lien de subordination entre l’artiste et son donneur d’ordre ou plutôt, en réalité, employeur.

Malgré notre insistance à ouvrir le débat sur la question … à partir de bases objectives,  aucun responsable politique n’a toujours demandé à l’ONEM ou à l’ONSS de quantifier ces abus et d’en donner la typologie. Tout le monde en parle mais personne ne les voit !

Le dernier avis du CNT reprend l’idée de visa professionnel et prévoit aussi une carte artiste qui conditionnerait l’application du régime des petites indemnités pour les artistes dont l’activité ne dépasse pas certains seuils.

C’est désormais clair : en dessous d’un certain seuil de revenus et à défaut d’un contrat de travail (cependant inadéquat si absence de lien de subordination), les artistes ne pourront plus être rémunérés, mais seulement défrayés en RPI – RPI dont le CNT précise qu’il est réservé aux amateurs. En dessous de ce seuil de revenus, les artistes seront considérés comme amateurs.Une question : les subsides Culture de la FWB seront-ils alors réservés aux professionnels « encartés » ? Les opérateurs culturels subventionnés devront-ils réserver l’essentiel de leurs emplois aux artistes « encartés » ?

La carte artiste et le visa professionnel ont pour but de contrer les abus constatés.

Personne n’explique pourquoi et comment l’instauration d’un seuil de revenus peut contrer des éventuels abus sur la fonction (artistique ou non) ou sur le lien de subordination (contrat de travail ou 1er bis). A priori, rien ne lie ces soi-disant abus et le niveau de revenus.Personne n’explique comment une commission peut se charger de cela alors que les premiers placés pour connaître ces seuils de revenus et les appliquer dans un dispositif légal donné, sont évidemment l’ONSS et l’ONEM.

Les organismes qui recourront à des contrats article 1bis devront être détenteurs d’un agrément qui pourra leur être retiré en cas d’abus.

Parlons-nous des organismes intermédiaires (BSA, SMartBe, etc.) ? En quoi sont-ils concernés ? Ni plus ni moins qu’une caisse de paiement des allocations de chômage, par exemple, vis-à-vis des personnes en chômage qui « oublie » de noircir une case de leur carte de pointage quand ils sont indisponibles sur le marché du travail.
… ou des donneurs d’ordre ?…
La question est alors : comment feront-ils pour engager un artiste quand il n’y a aucun lien de subordination ? Sans parler de tous les utilisateurs occasionnels ? devront-ils demander un agrément ? Surtout quand ils ne sont même pas immatriculés à l’ONSS.

Il reviendra à la Commission des Artistes où siègeront les partenaires sociaux, l’ONEm, l’ONSS et l’INAMI, et un magistrat, de délivrer la carte artiste ou le visa professionnel.

Tout le monde évite d’évoquer les critères d’octroi … ce qui est quand même essentiel. A moins qu’on le ne promeuve la technocratie pour la technocratie. Mais il faudra également expliquer quels moyens seront donnés à une commission pour traiter (individuellement) plusieurs milliers de dossiers et plus d’une centaine de milliers de contrats par an, quand ni l’ONSS ni l’ONEM n’ont été capables, avec leurs moyens, de le faire avec un minimum de discernement et d’analyses objectives. 

Il est intéressant de noter que lors de la réunion de la  Plateforme des artistes, certains ont souligné qu’entre l’activité académique, représentative du secteur, et artistique même, les créateurs et artistes ne pourraient siéger eux-mêmes dans la Commission Artistes du CNT, tant pour des raisons d’agenda que de conflits d’intérêts éventuels.

Dans ce genre de Commissions, on trouve habituellement : des représentants d’organisations (syndicats, SMartBe, organisations patronales, etc.), et des experts-spécialistes (magistrats, fiscalistes, sociologues, etc.). Ni plus ni moins.
La vraie question est : cette commission sera-t-elle ouverte à d’autres organisations représentatives que celles qui siègent dans les Commissions paritaires ?… Nous l’espérons.

Le dernier avis du CNT prévoit également de diviser le travail de la Commission Artistes en trois : une section normative, une section administrative, et une section de gestion des plaintes.

J’ai pour intention de demander à la Ministre fédérale de l’Emploi, Monica De Coninck, que la section normative ayant pour mission de définir les critères d’octroi du visa professionnel et de la carte artiste, le fasse en concertation avec le secteur artistique et culturel.

Pourquoi pas ? N’oublions cependant pas qu’il est essentiel que les propositions de cette éventuelle commission fassent l’objet d’un arrêté. C’est sans doute un point de droit à discuter, mais c’est surtout une responsabilité politique à prendre et à assumer !

Comme l’avis de la CNT exclut les techniciens du spectacle du régime des contrats 1bis, je voudrais que cette concertation soit également l’occasion de rappeler et de revendiquer que le travail de certains techniciens du spectacle qui se déroule dans le secteur artistique soit considéré comme artistique.

Je pense à certains éclairagistes, scénographes, artistes-peintres décorateurs ou photographes.

Pourquoi se limiter aux techniciens du spectacle, et ne pas englober tous les métiers techniques exercés dans le champ des métiers de la création ? 

Ceci étant dit, je suis favorable aux cartes artistes et visa professionnels qui leur permettraient d’être reconnus et d’inscrire leur travail dans la durée.

Au contraire, la CNT prévoit que cette carte sera limitée dans le temps et devra être régulièrement renouvelée. C’est donc bien dans la précarité professionnelle qu’elle plongera à nouveau les artistes. En plus de la précarité sociale provoquée par les mesures inadéquates de l’ONEM et les nouvelles mesures en matière de chômage. Cela commence à faire beaucoup.

Le visa professionnel permettra de créer un véritable statut d’artiste, tout en ne faisant pas l’économie d’une analyse au cas par cas de l’activité artistique de chaque demande. Le visa permettra de réguler d’une meilleure manière l’emploi dans le secteur artistique.

Il ne s‘agit donc pas d’améliorer les conditions d’accès à la sécurité sociale des artistes, mais de mieux réguler l’emploi ! Et cette régulation de l’emploi, elle importe évidemment à la Fédération Wallonie Bruxelles, attributeur de subsides en période de restriction budgétaire.

Le visa doit à terme inciter les artistes à s’organiser de manière professionnelle même s’il peut parfois paraître difficile pour les artistes comme pour certains de leurs amateurs de concevoir l’exercice d’un art de manière professionnelle.

Quand cessera-t-on de considérer les artistes comme de grands enfants qui doivent faire l’effort de s’éduquer au « professionnalisme » ! Et d’abord, ça veut dire quoi : « professionnalisme » ? Les artistes sont des travailleurs qui prennent de plein fouet la crise, et notamment la crise du budget de la Culture de la FWB (vous venez, Madame la Ministre, de décider l’arrêt de tous les projets d’infrastructure, et les contrats programmes des institutions culturelles voient leurs charges augmenter et l’indexation de leurs subsides bloquée). Leurs problèmes sociaux-économiques ne proviennent pas de leur supposée difficulté à s’organiser professionnellement – ce qui est méprisant –  mais d’une évolution de la consommation et du marché culturels, et des politiques en matière d’emploi artistique. Ces thématiques devraient être au sommet des priorités en matière de politique culturelle dans les Communautés.

Enfin, s’il convient d’examiner le travail artistique individuellement grâce au visa, je pense que les différents secteurs des domaines artistiques et culturels doivent être également considérés séparément.   En ce sens, je ne pense pas qu’une politique de l’emploi artistique commune à toute la Fédération Wallonie-Bruxelles soit imaginable.

Nous n’en croyons pas nos oreilles … Vraiment vous ne croyez pas en une politique de l’emploi artistique commune à toute la FWB ? Que chaque bassin économique, chaque région nécessite sans doute des inflexions appropriées à leur situation socio-economico-géographique, c’est certain. Mais que ces inflexions ne reposent pas sur un même corpus de principes, d’objectifs, de textes légaux et règlementaires … C’est étonnant.

Néanmoins permettez-moi de rappeler que l’Etat fédéral, les Régions wallonne et bruxelloise mènent une politique de l’emploi avec par exemple les contrats APE et ACS, qui peuvent aussi être applicables aux artistes.

Combien d’ACS en Région de Bruxelles-Capitale sont-ils disponibles pour des artistes dans des projets artistiques en 2012, 2013, … Combien ?… Et même en supprimant toute notion « artistique », combien d’ACS encore disponibles pour le secteur non-marchand ?…

 A cet égard, le dernier avis de la CNT préconise que les réductions de cotisation sociales pour les artistes soient subordonnées à l’avenir à l’octroi d’un agrément par l’ONSS.
Encore et toujours : Sur quelle base, selon quels critères ?… 

Je serai également attentive dans la concertation à ce que le visa professionnel permette aux artistes de ne plus être soumis aux demandes de disponibilité de l’ONEm.   Il faut en effet distinguer l’accès au marché du travail, soit avec un contrat de travail classique, soit avec un contrat 1bis, et la protection sociale qui en découle de la question de l’accès au chômage et de son indemnisation.

N’oublions pas que sans accès au marché du travail, par exemple parce que cantonné au RPI (régime de défraiements, sans cotisations sociales, et donc sans droits sociaux), de nombreux artistes ne bénéficieront plus d’aucune protection sociale.

Les derniers avis du CNT d’octobre 2010 et juillet 2012 demandent ainsi de revoir et d’harmoniser les dispositions, parfois divergentes, de la réglementation du chômage et de la sécurité sociale en lien avec le statut d’artiste.

Nous sommes heureux de constater que l’avis du CNT confirme enfin (mais dix ans trop tard), la demande incessamment répétée que nous faisons au législateur depuis 2002. 

Ces avis demandent aussi que le droit du travail soit adapté à la situation particulière des contrats 1bis, qui ne sont ni des contrats d’indépendants, ni des contrats de salariés, à défaut dans ce dernier cas de prouver un lien de subordination.

Nous vous rejoignons en la matière, sans réserve.

 

 

Depuis la rentrée, la culture s’est invitée dans les débats de politique communale. L’occasion de rappeler aux politiques la participation des artistes et des opérateurs de terrain à la prospérité de leur ville. En Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, ces rencontres ont attiré plus de 600 personnes.

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Négliger la culture, pour nos villes et communes, laisser de côté tous ceux qui y participent, n’est-ce pas faire l’impasse sur l’avenir? L’Association Professionnelle des Métiers de la Création (APMC) a voulu poser la question en organisant sept débats. A Bruxelles (Saint-Gilles), Anvers et dans cinq villes wallonnes (Mons, Tournai, Charleroi, Namur et Liège), elle a invité ses membres et les opérateurs locaux à réfléchir ensemble sur le rôle joué par la culture dans le développement de leur cité.

Des constats récurrents
Une entité n’est pas l’autre, mais certains constats sont systématiques: le manque d’espaces de travail se fait sentir aussi bien à Bruxelles qu’à Anvers ou à Liège. Tout projet d’aménagement du territoire devrait prévoir des espaces appropriés au travail créatif.
Les solutions peuvent être individuelles, comme l’intégration d’ateliers dans les logements sociaux, ou prendre des formes collectives: bâtiments à occupation partagée ou pôles d’entreprises créatives.

Valorisation de la diversité artistique locale
Un autre problème régulièrement évoqué est la trop faible prise en compte des artistes locaux. Les pouvoirs communaux sont friands de manifestations de prestige censées attirer les touristes. Mais les artistes se sentent souvent exclus de ces initiatives, parfois bien dotées mais dont ils ne profitent pas beaucoup. En outre, ils se demandent quel rôle on fait jouer à la culture dans ces grands événements: les élus se montrent avant tout soucieux de l’impact médiatique de leurs investissements, au détriment de toute autre considération.

Promesses… tenues?
Les rencontres ont permis aux participants d’analyser collectivement la situation de la culture dans leur ville. Elles les ont amenés aussi à dégager une série de revendications, à commencer par la question de la rémunération de leur travail.
Lors des débats, une série de promesses ont été faites par les candidats. L’enjeu pour le futur sera de vérifier, par un suivi collectif, dans quelle mesure elles seront tenues.
S’ils veulent peser sur les choix politiques, les professionnels de la création ont tout intérêt à travailler ensemble à la constitution de groupes organisés, cohérents, solidaires, qui leur permettent de faire entendre avec force la spécificité de leur voix dans le monde du travail. Ils peuvent compter sur le soutien de l’Association Professionnelles des Métiers de la Création.

Source: smart.be

Pourquoi la culture est-elle légitime à chacun ? Comment inviter chacun, et en particulier les personnes en situation précaire, à investir la dimension culturelle dans sa vie ? Quelle place la médiation culturelle peut-elle prendre dans l’action sociale ou culturelle ? Voilà quelques questions fondamentales qui traversent ce recueil, avec quelques éléments découverts et déposés là comme une invitation à la réflexion ou une marche franchie sur laquelle s’appuyer, pour continuer le chemin vers l’ouverture à soi-même et à l’autre … avec en lame de fond la Déclaration universelle des droits de l’homme et son 27ème article.

Regards sur la médiation culturelle

 

Carte blanche Peter de Caluwe

© cobra.be

Travaillant dans le monde culturel, nous nous demandons parfois de quoi nous nous occupons… Les informations à la télévision évoquent systématiquement des résultats sportifs (des succès très rarement de valeur internationale mais surtout locale) et lorsqu’une place est accordée au monde artistique, c’est pour évoquer un improbable espoir de gagner un Oscar.

Et pourtant nous avons des institutions et des artistes qui, dans la réalisation de leurs missions et dans leur travail au quotidien, obtiennent des résultats remarquables et placent notre pays parmi les plus entreprenants au niveau international. Ils forment l’enseigne positive de notre État fédéral et de nos communautés. La Monnaie en est l’exemple parfait à côté de beaucoup d’autres. Nous pourrions dire qu’elle en est même le joyau de la couronne. Quel bénéfice avons-nous pu tirer du titre si envié de «maison d’opéra de l’année» dans ce monde économique toujours plus opaque? La réponse peut être très courte: aucun. Personne ne voit apparemment la nécessité d’apporter un peu de soutien à nos institutions culturelles dans ces temps difficiles. Pas plus à ce phare d’idées nouvelles qu’est la Monnaie qui donne, de manière incontestable, le ton au niveau européen dans son domaine avec des moyens qui n’ont pas été reconsidérés, bien au contraire. Pour votre information, sachez que nos budgets sont incomparables avec ceux de nos collègues européens de même niveau qui, dans certains cas, reçoivent deux à trois fois plus de subsides de leurs autorités. Ce constat n’est pas seulement décevant. Il révèle une vision à toute petite échelle, néfaste à long terme.

L’art et la culture sont, dans une société d’abondance et de prospérité (celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui encore), importants pour le bien-être de ses citoyens. L’art apporte la cohésion et propose une réflexion. Il est un cadre essentiel pour le «vivre-ensemble». Pour éviter l’affaiblissement, voire la disparition de cet élément essentiel de la vie démocratique, des adaptations techniques minimales suffiraient à la plupart de nos institutions pour résoudre définitivement des problèmes qui sont sur la table depuis des années et qui sont toujours plus menaçants. Mais pour cela, il nous faut de la volonté et de l’audace politiques. Or nos responsables luttent avec des priorités soi-disant concurrentes : sécurité ou sécurité sociale, culture et enseignement ou prison et police? Des relations équilibrées entre ces différents domaines accoucheraient d’une société saine et sereine. Accroître la place de la culture et de la formation dans la vie quotidienne de nos concitoyens diminuera la violence et apportera plus d’harmonie. Sur le long terme, nous sommes convaincus que de nombreuses mesures répressives seraient alors superflues. Mais personne ne peut ou ne veut faire ce choix.
Aujourd’hui, le fameux «coup de rabot» sur les budgets donne le sentiment, à première vue, d’être un traitement honnête pour tout le monde; cela évite de prendre des décisions, de trancher et ne demande aucune stratégie. Car la réalité est pleine de nuances. Rien n’est blanc ou noir. C’est un fait: il y a des secteurs où ce genre de décisions et d’agissements cause plus de dégâts que dans d’autres. C’est le cas pour le monde culturel en général et pour la Monnaie en particulier, et nous ne pouvons accepter d’être ainsi mis à mal alors que nous ne sommes pas seulement sur la bonne route, mais sur la meilleure. Puisque nous n’aimons pas parler de nos problèmes, comme nous sommes inventifs et passionnés, nous avons toujours trouvé des solutions par nous-mêmes. Mais aujourd’hui, la situation ne cesse de se détériorer et nous pose des difficultés telles que nous ne pouvons plus les taire; nos limites humaines et budgétaires sont atteintes. Hélas, ces problèmes ne s’expliquent pas en quelques mots. C’est une matière complexe, dont les détails et la cohérence ne sont pas faciles à expliquer en quelques mots. Le sentiment populiste selon lequel, en temps de crise, le pain et les jeux doivent être privilégiés aux dépens de l’émancipation culturelle et la construction d’une communauté solidaire cause des soucis supplémentaires aux responsables politiques de bonne volonté. Voilà où est notre problème. Nous n’avons pas la possibilité d’influencer les décisions et, par conséquent, de faire comprendre et accepter nos besoins justifiés. Nous n’aimons pas nous plaindre. Mais il y a des limites à notre créativité et à notre flexibilité. Nous ne pouvons plus résoudre nos problèmes seuls. Veuillez considérer ces réflexions comme un wake-up call pour tout le secteur culturel et pour notre institution en particulier avant qu’il ne soit trop tard.

Qu’il soit donc bien clair que nous voulons maintenant que l’on affirme clairement que le mot subside n’est pas un mot sale ou déshonorant. À notre secteur économique aussi peut s’appliquer le principe du retour sur investissement. Vous n’avez qu’à ouvrir les journaux. Il est toujours question d’investissements. Dans la culture uniquement, les politiciens et la presse parlent de subsides. Des études récentes, celle notamment commandée par notre compatriote Serge Dorny à l’Opéra de Lyon, montrent que les subsides publics sont également ou avant tout des investissements. Chaque euro alloué génère le triple de recettes en retour. Le secteur artistique propose donc un retour sur investissement plus qu’acceptable et se positionne comme un agent important de la vie économique de notre société, sans parler, évidemment, de son apport décisif comme « nourriture spirituelle » à la vie des hommes. Dans le secteur du cinéma, la « tax shelter » a permis de catalyser de grands investissements du secteur privé. Il est grand temps que l’on regarde de près de quelle manière un dispositif comparable peut être mis en place dans d’autres secteurs pour favoriser la vie culturelle dans notre pays.

Trop facilement et superficiellement, nous sommes considérés comme des fournisseurs d’entertainment alors qu’en tant qu’institution culturelle, nous défendons un projet dont la valeur ajoutée fait de nous, avec l’enseignement et la santé, le fer de lance d’une société civilisée. Que le succès de notre façon de travailler, qui est à la fois innovante et tournée vers l’avenir, risque d’être contredit par des arguments économiques vagues et par une pensée à court terme est intellectuellement inacceptable. C’est insupportable de devoir constater qu’une machine qui fonctionne parfaitement, qui, au cours des cinq dernières années, peut se prévaloir de pouvoir présenter les meilleures recettes de son histoire et qui a, à son actif, un palmarès tel qu’il n’a pas besoin d’être vanté une fois encore, c’est inacceptable de voir que cette machine est lentement mais sûrement démantelée. Est-ce une stratégie ou est-ce simplement parce que nous ne sommes pas une priorité? Je préfère ne pas répondre. Mais il est pour moi essentiel de savoir si l’on veut encore, au centre de Bruxelles, au centre de l’Europe, une institution culturelle lyrique de très haut niveau et d’un rayonnement international.

Je vous pose la question, politiciens, journalistes et collègues: est-ce que notre pays veut encore une maison d’opéra fédérale? Plus largement, est-ce que nous voulons donner un avenir à des institutions fédérales dans notre capitale qui ont un impact direct pour l’image de notre État fédéral et nos communautés, et pour notre renommée au niveau européen? Je pose cette question sérieusement : si on ne souhaite pas une telle excéllence, il n’y a aucun intérêt à penser plus loin à notre avenir, qui existe déjà de facto à travers nos engagements pris pour les quatre années à venir. Si on désire que la Monnaie continue à fonctionner au même niveau de concurrence internationale, nous devons pour le moins conserver nos moyens actuels et nous ne pouvons tolérer aucune économie supplémentaire ou perspective imprécise.
Nous sommes en train de planifier le projet artistique de 2015/2016 mais au moment où j’écris ceci, le budget 2012 n’est toujours pas clair. Ce que nous savons dès à présent, c’est que les subsides de l’État, malgré le protocole qui nous lie, ne respectent pas l’évolution naturelle des coûts de la masse salariale, c’est aussi que, depuis 2009, nous sommes perpétuellement bloqués dans une histoire de gel et de réductions budgétaires qui nous sont toujours communiqués au dernier moment, et c’est enfin que les perspectives ne sont plus le coup de rabot désormais, mais le scalpel ou, pire encore, la hache…

Il est impossible de continuer à travailler de cette façon. C’est notre tâche de réaliser un projet ambitieux sur le long terme, mais nos dossiers sont traités toujours selon de très courtes échéances. C’est peu dire que cette situation pèse sur notre inventivité et sur le futur de la Monnaie.

Laissez-moi être plus clair encore: nous sommes absolument ouverts à des changements nécessaires. Nous sommes d’ailleurs constamment dans un processus de modernisation. en tant qu’entreprise créative, il est de notre intérêt de nous adapter à des situations changeantes. C’est le fil rouge de notre attitude, même au niveau du management et du coaching. La preuve en est qu’à la Monnaie, cours des dix dernières années, nous avons réduit le nombre de collaborateurs fixes de 15%, et cela en obtenant les mêmes résultats grâce une organisation plus efficace. Nous sommes donc une entreprise qui, à chaque niveau, prend ses responsabilités et nous survivons grâce au professionnalisme de nos collaborateurs, au dévouement de nos artistes et à la loyauté de notre public et de nos donateurs généreux.

Une même vision et un traitement créatifs sont nécessaires au niveau de notre gouvernement. Par rapport à certains autres pays européens, nous pouvons certes encore nous sentir relativement épargnés, les coupes budgétaires violentes et tragiques réalisées ailleurs ont épargné le secteur culturel belge, mais… Donnez-nous du temps et une perspective claire. Pensez avec nous. Ne prenez pas de décisions précipitées «incontournables» qui sont néfastes, mais investissez avec nous dans notre futur et soyez fiers de ce que nous pouvons réaliser ensemble. Nous ne sommes pas un secteur sur le dos duquel il est possible de faire encore des économies. Nous sommes face à une situation où il n’y a plus de chair, où seul reste l’os. C’est l’heure du choix. Notre futur en dépend.

Peter de Caluwe, Intendant et directeur général de la Monnaie

La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a pas de crise de l’enseignement : il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement; elles sont des crises de vie : quand une société ne peut enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie; quand une société ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même; pour toute humanité, enseigner, au fond, c’est s’enseigner; une société qui n’enseigne pas, est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas; et tel est précisément le cas de la société moderne.- Charles Peguy, 1904

Le 11 septembre dernier la commission culture et enseignements de Culture et Démocratie a organisé une réunion à laquelle était convié l’ensemble des participants du cycle de six tables rondes « la culture au coeur de l’enseignement, de quoi parle-t-on ? ». Une vingtaine de personnes a répondu présent.

L’objectif était tout d’abord d’entendre chacun sur les recommandations – travail d’écrémage des propos et idées tenues lors des tables-rondes – que Culture et Démocratie a proposé dans son Cahier 03.

Ensuite, il s’agissait d’exposer assez brièvement les deux axes de travail que la commission se donne pour l’avenir et de voir dans quelle mesure ces axes semblaient bien prioritaires et fédérateurs. Un débat riche et utile.

1. En réaction à l’annonce faite d’un allongement à cinq ans de la formation des enseignants, nous devons faire tout ce qui en notre pouvoir afin que soit intégrés, au coeur de cette formation repensée, l’art et la culture. A cette fin, des rendez-vous sont à prendre avec les cabinets concernés. L’idée est de proposer la création d’un pôle « culture », actif tout au long de la formation des enseignants. Et, pourquoi pas, travailler concrètement au programme de ce pôle.

Parallèlement, un effort conséquent doit-être également mené afin que, dans les modules de formation continuée, les formations aux matières culturelles et artistiques soient plus nombreuses et visibles.

2. Il est important de « récolter » aussi les expériences art et école : pointer ce qui a fait que là ça réussisse, et que là ce soit un échec,…

Autours de ces deux projets, de nombreuses personnes nous ont fait part de leur motivation à prendre part aux travaux de la commission « culture et enseignements ». Là revoilà revitalisée et plus déterminée que jamais !