Archives for the month of: novembre, 2012

Les dynamiques de reproduction sociale, de ségrégation et de relégation qui traversent les quartiers du croissant pauvre de Bruxelles induisent des difficultés économiques et sociales régulièrement mises en évidence. Elles touchent de manière particulièrement aiguë les jeunes, qui y sont nombreux. Les statistiques rassemblées annuellement par le Baromètre social, dressent un bilan inquiétant : 25% des jeunes adultes vivent dans un ménage à faible revenu donnant droit à l’intervention majorée pour les soins de santé, 18% dépendent d’un revenu d’aide sociale ou de remplacement, le taux de chômage des moins de 25 ans est en moyenne de 31%, mais est supérieur dans toutes les communes du croissant pauvre… Ce sont les jeunes de ces quartiers qui sont le plus touchés par le retard scolaire et qui viennent grossir les rangs des 19% de moins de 25 ans qui quittent le système scolaire sans diplôme de l’enseignement secondaire. Mais les conséquences pour les jeunes, et particulièrement ceux issus de l’immigration, ne se limitent évidemment pas à des difficultés d’insertion sur le marché du travail : des effets en termes de construction identitaire et de rapport au monde en découlent.

C’est à ce dernier aspect qu’est consacré le numéro 63 de Brussels Studies, dont l’auteure, Jacinthe Mazzocchetti, est professeure à l’Université Catholique de Louvain (UCL) et membre du Centre d’Anthropologie Prospective (LAAP). À partir d’une enquête de terrain auprès d’adolescents migrants et issus des migrations africaines (Maroc et Afrique subsaharienne), l’auteure accorde une place prioritaire à la parole des jeunes sur eux-mêmes et sur le monde dans lequel ils vivent. Elle met aussi en évidence les difficultés et les ressources de ces jeunes, leurs stratégies de résistance ainsi que leurs interprétations des obstacles rencontrés, leurs quêtes de rationalité des discriminations subies et des injustices ressenties.

Au travers de l’analyse de ces récits de vie, l’anthropologue montre que les discriminations, outre leurs effets sur la réussite sociale, ont des répercussions sur les représentations de soi et du monde. L’accumulation des ressentis discriminatoires, voire xénophobes, est interprétée par certains adolescents en termes de complot avec pour conséquence un renforcement des stratifications « eux/nous » et des logiques de défiance. Ces représentations participent des spirales de l’échec dans lesquelles ces jeunes sont souvent pris. Elles affaiblissent les capacités à se faire et à faire confiance. Elles proposent une appréhension du monde en vase clos où des violences et des injustices se répèteraient. Mais cette appréhension du monde en termes de théorie du complot est également une manière de prendre prise sur les événements en les rendant cohérents et acceptables de par leur cohérence, et, donc, de sortir d’une position de victime en devenant acteur de sens.

L’article contribue à mettre en lumière l’un des effets secondaires des lacunes des politiques en matière d’inclusion sociale et de lutte contre les discriminations : le renforcement des représentations stéréotypées de la diversité culturelle et sociale des populations bruxelloises. Les processus à l’œuvre à Bruxelles ne sont pas d’une grande originalité et s’inscrivent dans un mouvement plus global de rejet d’une partie de la population ou, du moins, de certains de leurs traits culturels supposés. L’auteure souligne qu’au vu de la démographie bruxelloise, il importe d’agir sur le plan des discriminations socio-économiques, des politiques scolaires et de logement, ainsi que d’entamer une réflexion de fond sur les possibilités offertes à ces jeunes d’être Belges tout en étant de couleur de peau noire et/ou de confession musulmane. Il s’agit surtout d’être au clair avec les défis et de tenir compte du fait que les discriminations sont à la fois sociales et ethniques, avec en sus des particularités genrées.

 

L’article complet dans :  Brussel studies | Revue électronique pour les recherches de Bruxelles

 

La crise est là, et c’est une véritable crise «de civilisation». Comme le souligne Edgar Morin, «quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade. Il se désintègre (…)». Ghandi disait qu’il y a «suffisamment pour satisfaire les besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire l’avidité de quelques-uns».En serions-nous à la catastrophe annoncée ? La terre et les hommes souffrent. Les plus modestes sont de plus en plus pauvres puisqu’il faut recapitaliser les banques, fussent-elles toxiques.Les bâtiments scolaires s’écroulent faute de soins puisque nous préférons envoyer des F16 en Lybie ou en  Afghanistan. Les multinationales arrêtent la production mais nous sommes incités à consommer toujours davantage.Que reste-t-il de civilisé dans notre civilisation ? Où est l’éthique dans tout ça ?

 

Il a fallu du «courage», dit-on, pour boucler le budget de l’Etat, de même que celui des Communautés. Le résultat est que le monde de l’art et de la culture, moins doté au départ, est aussi le plus fragilisé.

Il ne peut qu’entrer en résistance. Les pétitions*, secteur par secteur, se croisent, se multiplient. Les protestations aussi. Personnalisées ou non, elles sont le plus souvent parfaitement justifiées. Nous les relayons !

La vraie réponse à la crise ne peut passer que par la culture. Elle est essentielle. Elle convoque l’imaginaire, elle tisse les liens, elle fait sens, elle met les hommes en projet. Elle est le meilleur de nous.

Le but n’est pas d’entrer dans le détail des mesures à prendre ou à déprendre. La seule question qui importe est celle-ci : en Fédération Wallonie-Bruxelles et au niveau de l’Etat fédéral, quelle est la place de la culture, de l’art, de la création, de l’éducation au meilleur sens du terme ?

L’avenir appartiendra à ceux qui peuvent inventer, créer, imaginer une société différente. Les politiques doivent en prendre conscience avant qu’il soit trop tard. Et en assumer les conséquences.

– Pétition 1 :  » Soutien à la lettre des bénéficiaires du Capt adressée à Madame la Ministre de la Culture Fadila Laanan »
– Pétition 2 : « Pétition de la RAC contre les mesures d’austérité et les diminutions des enveloppes destinées aux aides aux projets dans les Arts de la scène, proposées par le gouvenrment de la fédération Wallonie-Bruxelles en novembre 2012« 
– Pétition 3 : « Pétition du Rassemblement Spontané des Musiques Non Classiques contre les coupes budgétaires proposées par le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles »
Source :  Culture et démocratie Asbl

Les chiffres publiés sur les économies dans la culture pour 2013 continuent à faire du bruit. Si les budgets « arts de la scène » seront amputés de 1% en 2013, passant de 91,916 millions d’euros en 2012 à 90,987 millions en 2013, un poste a particulièrement frappé : la baisse de 45% des subsides pour l’aide aux projets théâtraux (CAPT), qui permet l’engagement de centaines d’acteurs, metteurs en scène, etc., une aide qui finance des projets qui ne sont pas liés à des institutions sous contrat-programme. Le budget pour ces aides atteignait 1,29 million en 2000 mais n’a jamais été indexé depuis. Pour 2013, la ministre francophone de la Culture, Fadila Laanan (PS), annonce qu’il tombera à 700 000 euros seulement.

De nouvelles réactions sont à noter. Lors de son assemblée générale du 12 novembre, la « Conpeas » (Concertation Permanente des employeurs des Arts de la Scène en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui regroupe des grandes institutions comme le Théâtre National, le Manège.mons, le Rideau, le Varia, le Poche, etc.) a réagi aux mesures visant les aides à la création (aides non-récurrentes) dans les secteurs du théâtre et de la danse. Une réaction à épingler car on aurait pu croire que ces institutions, dont les contrats-programmes ont été intégralement maintenus (même s’ils ne sont pas indexés), seraient rassurées. Or, la Conpeas « rappelle que le secteur de la création, comme tout secteur artistique, est générateur d’emplois directs et indirects et que la subvention n’est pas une dépense, mais un investissement nécessaire à la préservation d’une société démocratique et à dimension humaine. Elle souligne en outre que dans le cas des aides aux projets, les subventions accordées servent pour une large part à établir des contrats de travail à durée déterminée pour des artistes et techniciens aux statuts fragiles et qui font malheureusement souvent l’objet de tracasseries de la part de l’Onem ». Elle a dès lors adressé une lettre à chacun des ministres du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles demandant d’ouvrir un dialogue destiné à reconsidérer ces mesures.

Rappelons que le président du conseil de l’aide aux projets théâtraux (CAPT), Alexandre Caputo, avait déjà écrit à la ministre pour lui dire : « Il paraît essentiel, dans la juste répartition des économies, de préserver au maximum l’emploi artistique (les contrats à durée déterminée) et de ne pas faire peser un effort disproportionné sur les seuls artistes. C’est pourquoi le CAPT plaide pour que des économies puissent être envisagées sur des postes qui affecteraient de manière moins radicale la création et l’emploi artistique déjà fragilisés. Il serait par exemple difficilement compréhensible que certains contrats-programmes ou conventions non essentiels, et dont la part artistique est faible, ne soient aucunement inquiétés alors que la diminution annoncée de 45 % de l’aide aux projets conduirait à une paupérisation de nombre de nos artistes. »

Samedi, une réunion de protestation contre les réductions des budgets culturels en 2013 s’est tenue à l’Abbaye de Forest, rapporte l’agence Belga. Une lettre refusant« catégoriquement » ces coupes annoncées dans les aides octroyées à la CAPT va être envoyée à la ministre Laanan, ont fait savoir les travailleurs des secteurs culturels. Une pétition va également être lancée. Elle serait déjà soutenue par les 60 porteurs de projets qui jouissent des aides de la CAPT depuis 2009. Pour les travailleurs du spectacle, réduire encore le budget est « grave. C’est la mort annoncée de nombreux emplois déjà trop souvent précarisés », expliquait Christian Masai, secrétaire fédéral du Setca. Une action est également organisée ce mardi à 13 h 30 devant le cabinet de la ministre de la Culture par tous les bénéficiaires des subsides de la CAPT depuis 2009. Par ailleurs, le président de la CAPT rencontrera la ministre le 22 novembre.« La finalité des travailleurs du spectacle n’est pas de se protéger à travers des allocations de chômage mais de pouvoir exercer leurs métiers dans des espaces de production artistique soutenus de façon adéquate par la Fédération Wallonie-Bruxelles », concluait le Setca.

Ce week-end, une intéressante analyse paraissait dans « Le Monde » sur la situation budgétaire de la culture en France, bien plus sévère encore que chez nous (et ne parlons pas des coupes énormes dans la culture en Italie, Portugal, Espagne, Grèce, Pays-Bas, etc.). Le budget 2013 de la culture en France sera en baisse de 3,2 %, en désaccord avec les promesses de François Hollande de « sanctuariser la culture« . « Nous aurions fait la même chose, que nous nous serions fait exploser la tête », a dit Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture sous Chirac. L’analyse notait que c’était la plus forte baisse dans la culture depuis 30 ans. Jadis, la culture était exemptée d’économies avec la recherche, l’emploi et la formation. Aujourd’hui, la culture en France n’est plus dans les exceptions alors que la justice et la sécurité y sont entrés (en Belgique, Fadila Laanan aussi souligne que la culture doit économiser comme les autres départements). Emmanuel Wallon, professeur de sociologie à l’université Paris Ouest – Nanterre, dit du PS français : « Le parti socialiste ne croit plus à la nécessité de protéger la dimension symbolique de la culture, sa capacité à faire rêver. » Privilégiant à la place les « industries culturelles ». Dur.

Guy Duplat

 

 

Source : article de La Libre Belgique

 

©La Libre Belgique

Pendant un an, trois festivals originaux au cœur de 3 quartiers bruxellois.
Les défis et mutations qui attendent Bruxelles sont immenses : mobilité, crise du logement, multiculturalité, etc. De grands architectes et urbanistes internationaux planchent sur son avenir : Christian de Portzamparc pour le quartier de la rue de la Loi et, maintenant, l’urbaniste français qui a réussi l’île de Nantes, Alexandre Chemetoff, choisi par la Région pour dessiner un plan directeur sur toute la zone du canal, soit 2850 ha qui forment actuellement, estime Chemetoff, « un mur ».

L’art et la culture sont partie prenante de ces défis. Le théâtre KVS, plus bruxellois que flamand, veut les relever et va réaliser cette année une expérience originale de théâtre « hors les murs », pour mieux ancrer ses pratiques dans la ville et la vie de ses communautés. En plus de sa programmation normale, il propose trois mini-festivals dans trois quartiers bruxellois où il travaille depuis des mois avec divers artistes, les comités d’habitants et les habitants eux-mêmes. Le KVS est habitué à jeter ainsi des ponts : on connaît sa collaboration suivie avec le National (festival « Toernee General ») et avec le Congo.

Ces festivals préparés sous la direction de Willy Thomas, commencent le 17 novembre à la Cité modèle de Laeken. Ils se prolongent en février à Saint-Josse où on pourra entre autres voir une création autour du personnage de Guy Cudell et une autre du jeune Romain David (du « Raoul collectif ») avec des jeunes du quartier. En mai, ce sera dans le quartier européen autour de l’idée d’un musée de l’Europe.

La « Cité modèle » de Laeken est un bel exemple d’architecture utopiste et moderniste, imaginée au lendemain de la guerre par l’architecte Renaat Braem. Une maquette flamboyante du projet complet fut vue par 42 millions de personnes à l’Expo 58. Mais on ne réalisa qu’une partie du programme et aujourd’hui, les 2000 habitants de ces appartements sociaux, souvent des pensionnés d’origine étrangère, se plaignent des conditions de vie dans leurs « tours ». Le KVS s’y est installé et propose, pendant 2 semaines, des activités variées permettant, en plus, de découvrir la Cité, à côté du métro Roi Baudouin.

Le thème évident de ce premier festival dont le centre est à la « Cité culture » (fléchée au cœur de la Cité modèle) est bien l’urbanisme. On pourra y suivre un débat sur l’avenir du logement social : il faut d’urgence construire 60000 logements à Bruxelles et 34000 personnes sont déjà sur des listes d’attente pour un logement social. Comment va-t-on faire pour répondre à ça sans répéter les erreurs du passé ? Thomas Gunzig, bien connu pour ses interventions à la RTBF, a écrit le texte d’une pièce sur les liens architecte/client, appelée « Skieven », et qui sera jouée sur place du 22 au 30 novembre. « Skieven » vient de l’injure des Marolliens à l’encontre des architectes. On y entendra ainsi le « client » admettre que l’appartement « est certes bien, mais que sa femme n’a pas trouvé où mettre l’aspirateur. » Il y est aussi bien que « la souris dans son trou. »

Une « agence de voyages » un peu spéciale vous permet de loger quelques nuits (gratis) sur place et on peut suivre un passionnant parcours guidé par une botaniste qui explique que les plantes sauvages de la Cité viennent de tous les coins du monde. Le grand architecte paysager, Gilles Clément (très à la mode), a planté devant la Cité modèle un de ses jardins nomades où les plantes voyagent librement.

Un artiste, Jozef Wouters, est en résidence dans un appart de la Cité depuis mars. Ennuyé d’avoir « pris » un de ces apparts si demandés, il a modifié son approche et a invité les habitants de la Cité à lui soumettre leurs doléances. Elles vont dans tous les sens, mais il affiche sa philosophie : « all problems can never be solved ». Il a proposé à des architectes de venir dans son appart-atelier pour inventer des solutions utopistes sous forme de maquettes. Une femme handicapée se plaint que l’ascenseur est trop souvent en panne, ils proposent de transformer son appart en appart mobile pouvant descendre au niveau du sol à volonté. Ils proposent de vider la prison de Saint-Gilles et d’y placer les gens qui ont peur et qui cherchent une protection, etc. Visualiser les problèmes est déjà l’amorce d’une réflexion, comme le montrent les projets qui se développent concrètement cette fois avec les jeunes et leur terrain de foot. Il y aura une expo/performance de ces maquettes.

Source