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Les Rencontres théâtre jeune public démarrent sur des chapeaux de roue.

Pour le théâtre jeune public, la rentrée, c’est maintenant, à Huy, grâce aux Rencontres toujours aussi prometteuses. Huit jours durant, celles-ci vont en effet permettre de découvrir les nouvelles créations et les merveilles, ou non, concoctées pour nos enfants et adolescents par des artistes de grand talent. Car il faut sans cesse le répéter, le théâtre jeune public n’est pas du sous-théâtre. Vivier de créativité, il attire au contraire des artistes de tous bords venus se frotter à l’audace parfois présente et souvent espérée ici. Chaque année donc, les mêmes attentes à l’aube d’une semaine intense qui affiche pas moins de 42 spectacles ! Jamais sans doute les Rencontres de Huy n’auront autant mérité leur surnom de marathon. Un marathon pour lequel il faut s’échauffer. Pas facile donc d’ouvrir le feu comme a dû le faire Mohamed Bari en présentant « Le Prince d’Arabie », samedi, à 9h30 du matin devant un public tout bronzé avec encore trois grains de sable entre les doigts de pied et des lunettes de soleil sur le nez.
Soutenu par la Charge du Rhinocéros, qui s’investit pour la première fois dans le secteur, ce conte de Mohamed Bari, qui s’était déjà fait remarquer par la singularité de son écriture dans « Lost Cactus » par la Galafronie, était sans doute une des attentes des Rencontres. Le jeune comédien y confirme sa réelle présence scénique et cette approche personnelle du théâtre mais « Le prince d’Arabie » tarde à traduire la tension qui se cache derrière ce jeune garçon amoureux des six filles du voisin tyrannique. Auteur, interprète et metteur en scène, Mohamed Bari aurait sans doute gagné à se laisser diriger par quelqu’un d’autre. Néanmoins, « Le prince d’Arabie » contient de belles promesses et la scénographie de Julia Weisbrich avec, par exemple, des robes de tailles différentes pendues à une corde à linge pour symboliser les six petites voisines, est une des trouvailles du spectacle joué avec une belle économie de moyens. A suivre.

Sur la corde raide des émotions

Clés des créations d’un théâtre très visuel, les scénographies retiennent d’ailleurs souvent l’attention à Huy. Le nouveau spectacle de la Cie Arts et Couleurs, arrivée voici une douzaine d’années à Huy, ne fait pas exception à la règle. Généralement excellente dans le vaudeville, genre oh combien difficile, la petite troupe de Martine Godard balade cette fois les enfants de six ans et plus sur « La corde raide » des émotions et de la nostalgie grâce au texte de Mike Kenny, auteur majeur du théâtre jeune public en Grande-Bretagne. Un tapis vert, un train électrique et l’arrivée d’Esmé qui chaque fin d’été vient retrouver son Papy et sa Mamie. Mais cette année, mamie n’est pas là et Papy élude la question du mieux qu’il peut. Le jour où Esmé trouvera les lunettes de sa Mamie, elle comprendra qu’il y a un sérieux problème et que sa grand-mère n’est peut-être pas partie au cirque avec sa robe à paillettes et son parapluie rose. Une écriture fine et poétique pour parler de la première rencontre, souvent, des enfants avec la mort : la perte d’un grand-parent. Un très beau travail aussi de marionnettes sur table, réalisées par J-C Lefèvre. Ne maîtrisant pas cet art-là, Martine Godard a fait appel au géant du genre, Neville Tranter qui est venu les « coacher » comme on dit aujourd’hui et le résultat s’avère réellement convaincant. Manipulant à vue, Gauthier Vaessen, un Papy touchant, et Sabine Thunus, une Esmé très naturelle, créent une vraie complicité avec leurs poupées de latex et de pâte à bois. Dans la salle, on entend les gorges se nouer.

 

Dans le laboratoire scientifique…

Si le théâtre jeune public résiste rarement au chant de la nostalgie, il peut aussi s’inscrire dans un espace résolument actuel et nous propulser sur la lune à coup de mini tablette et de fusées de plastique. Toujours en quête de nouvelles formes, les Mutants, pionniers du jeune public, varient les plaisirs. Seul leur peps est toujours identique. Chimistes en herbe, « Miss Ouifi et Kóubrev font des expériences » comme adorent les faire les enfants si l’on en croit le succès de jeux tels que « Le petit chimiste ». Rigoureuse, scientifique et plutôt sèche, même si elle finira par trahir ses sentiments, Fanny Hanciaux, alias Miss Ouifi, distille ses ordres comme l’éprouvette ses potions magiques pendant que Marc Weiss, obtempère, de manière souvent maladroite. Il en pince, en outre, pour la damoiselle mais risque de compromettre ses chances, à force de lui marcher sur les pieds, d’oublier le gaz ou de mettre le feu en ce laboratoire scientifique où les fusées se fabriquent à coups de bouteilles plastique sur fond de musique jazz, des chansons de Peau d’Ane ou de « Space Oddity » de David Bowie. Une partition musicale qui participe pleinement à la réussite d’un spectacle inventif et très chorégraphié, mis en scène par Dirk Opstaele. C’est la deuxième fois que les Mutants font appel au directeur artistique de l’Ensemble Leporello et l’alchimie fonctionne à nouveau, comme celle des sentiments entre Miss Ouifi et son rouquin d’assistant. Un décor à base de matériaux de récup’, pas d’utilisation abusive d’artifices, des effets spéciaux toujours à vue et un retour parfois à l’essentiel tel ce globe en terre glaise que les humains se partagent au fil à plomb pour tenter de déjouer ensuite les lois de la thermodynamique ! Déjà programmé au festival « Noël au théâtre », « Miss Ouifi et Kóubrev font des expériences » sera au Théâtre royal de Namur le 3 janvier et à La montagne magique du 11 au 16 janvier. Réservez sans tarder.

Auteur: Laurence Bertels
Source: La Libre (mis en ligne le 19/08/2013) 

Dans un mois s’ouvre, au Cinquantenaire, une grande rétrospective de ce géant de l’Art nouveau et ensuite du modernisme. Il fut peintre, architecte, créateur de meubles, d’orfèvrerie, de reliures, de robes, enseignant et fondateur de La Cambre. Un rival d’Horta, plus célèbre à l’étranger que chez nous.

En Belgique, une des grandes expositions de la rentrée sera celle consacrée à Henry van de Velde au musée du Cinquantenaire, à Bruxelles, à partir du 13 septembre. Avec plus de 500 objets, ce sera un magnifique hommage pour le 150e anniversaire de la naissance de ce créateur prolifique. Henry van de Velde eut une vie très longue et extraordinairement active et créative jusqu’au bout. Né à Anvers le 3 avril 1863, il vécut jusqu’en 1957, à 94 ans, et mourut à Oberägeri en Suisse, amer du comportement de la Belgique à son égard.

Il fut un peintre très doué, un architecte fort demandé, un créateur d’objets décoratifs, on dirait aujourd’hui un « designer » (argenterie, porcelaine, robes, meubles, reliures, etc.), un décorateur d’intérieur et un enseignant mythique créateur de l’école de Weimar qui devint le Bauhaus, et ensuite de l’école de La Cambre.

Curieusement, il n’y avait encore jamais eu de rétrospective van de Velde à Bruxelles. Les Belges connaissent tous Horta mais peu van de Velde, alors qu’à l’étranger, en Allemagne et en Hollande, en particulier, van de Velde est un géant et Horta, un quasi inconnu. Horta qui se brouilla avec van de Velde, concurrent potentiel, et s’opposa même un moment à son retour en Belgique.

Un autodidacte

Werner Adriaenssens, conservateur des arts décoratifs du XXe siècle au musée du Cinquantenaire, professeur à la VUB, est le commissaire de cette expo et est à la base du beau livre édité à cette occasion. Il a pu obtenir de nombreux prêts, y compris d’un collectionneur allemand tellement fan des objets créés par van de Velde qu’il en a 2 000 ! La scénographie de l’expo sera à dominante blanche, comme la couleur des meubles de van de Velde, avec des bandes de couleur fuchsia. Au centre, une grande table sera dressée pour dix couverts avec, comme vaisselle et meubles, les créations de van de Velde. Comme pour accueillir ses amis intellectuels et artistes.

Nous avons parcouru la carrière de van de Velde avec Werner Adriaenssens.

Henry van de Velde est né à Anvers et fit des études de peinture à l’Académie. Il fut donc un architecte autodidacte, ce qu’Horta lui reprocha d’ailleurs. Il fut un brillant peintre mais, comme toujours, chez lui, tout était réfléchi, trop réfléchi. C’était un homme qui commençait par créer un cadre, une thèse, un concept, que ce soit pour peindre, pour construire une maison ou pour dessiner un cure-dent. Quand on découvrait le pointillisme, il devint brillant pointilliste. Découvrant Van Gogh, il opta pour la ligne. Il arrêta alors définitivement la peinture en 1893, à 30 ans (sauf pour le portrait au pastel qu’on verra à l’expo d’un ami en 1900). Il voulait se dégager de ce poids. Significativement, c’est à l’école de Weimar qu’il créera et qu’il anticipera le Bauhaus, il ne donnait pas de cours d’histoire de l’art à ses étudiants car il y voyait une contrainte à leur créativité.

Socialement engagé

De plus, Henry van de Velde était socialement engagé, proche du mouvement anglais Arts and Crafts, et ne voyait pas comment la peinture pouvait aider la société. L’art social, disait-il, n’est qu’une illusion pour les riches. Son épouse Maria Sèthe, dont Theo Van Rysselberghe fit un magnifique portrait, joua un rôle important à ses côtés. Elle était musicienne brillante comme ses deux sœurs, venait d’une riche famille d’industriels allemands du textile et connaissait les langues, traduisait l’anglais et l’allemand pour son mari (il parlait et écrivait en français).

Ils fréquentaient les intellectuels et artistes de l’époque, achetaient Toulouse-Lautrec, Finch, Signac ou Gauguin.

Abandonnant la peinture, van de Velde se lança dans les arts décoratifs et l’architecture avec la construction en 1896 de sa première maison bruxelloise, conçue comme une œuvre d’art totale, le « Bloemenwerf » à Uccle (en vente aujourd’hui pour 2,45 millions d’euros). Sa salle à manger sera montrée à l’expo, en combinaison avec les œuvres d’artistes faisant partie de son cercle.

Henry van de Velde est un grand nom de l’Art nouveau mais différent d’Horta. Chez lui, l’ornementation est à sa « juste » place, « la forme suit la fonction » , disait-il, « la fonction engendre la forme » , une forme toujours plus épurée avec le temps, « une ligne est une force » , une phrase qui éclaire sa carrière. L’ornementation doit être abstraite.

Comme le dit Werner Adriaenssens, si Guimard, en France, pastiche la fleur, Horta n’en utilise que la tige et van de Velde, lui, ne pastiche plus rien et ne voit plus que des lignes abstraites annonçant le modernisme à venir. La dynamique de la ligne définit de la même manière le patron d’une étoffe, un papier peint, les sections de façade d’une maison ou la construction d’un meuble.

Il crée son atelier pour les meubles et les objets décoratifs mais van de Velde fut piètre homme d’affaires et, vite, ses affaires périclitèrent. Il partit à Berlin en 1900.

Pourquoi l’Allemagne, où il deviendra une sommité ? Parce qu’à l’époque, l’Allemagne était le plus « américanisé » des pays européens, avec une grande volonté de modernité. Wolfers, par exemple, exportait 90 % de sa production d’argenterie vers l’Allemagne. Les plus grands collectionneurs de l’art contemporain de l’époque étaient allemands, au moment où la France et la Belgique étaient plus conservateurs.

En 1902, grâce son ami Harry Kessler, il se fixe à Weimar à la demande du Grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach qui compte sur van de Velde pour redonner à la ville de Goethe et de Liszt, un nouveau prestige. Le Grand-duc le charge de « réveiller » les arts décoratifs. Et van de Velde va sillonner la région en relançant la céramique, la vannerie (il dessine des meubles en rotin qui firent fureur à Berlin), la tapisserie, etc. En 1907, il crée l’école de Weimar qui se transformera en 1919 en Bauhaus sous la direction de Walter Gropius, un homme proposé par van de Velde. Pendant la Première Guerre mondiale, il part en Suisse et rêve d’y installer une colonie d’artistes. Toujours débordant d’activités. En 1919, il est invité aux Pays-Bas par Helene Kröller-Müller et y construira finalement, à Otterlo, le magnifique musée qu’on connaît encore aujourd’hui, au milieu des dunes. Helene Kröller-Müller avait déjà sollicité des architectes mais sans être satisfaite, et c’est l’architecte hollandais Berlage qui lui donna le nom de van de Velde. Sa force fut d’imaginer un musée au service des œuvres. Il conseilla aussi Helene Kröller-Müller dans l’achat d’œuvres (comme un grand Seurat), souvent mises en vente par des Allemands pour payer les dettes de guerre. Van de Velde construira sa troisième maison, maison préfabriquée appelée « De Tente ». Après la « Bloemenwerf », « Hohe Pappeln » à Weimar en 1907 et avant « La nouvelle maison » à Tervuren en 1927.

L’appui de la Reine

Fin 1925, il rentra en Belgique non sans problème. On lui reprochait d’avoir été en Allemagne pendant la guerre. Victor Horta, avec qui il sera brouillé, s’opposait à son retour. Horta venait de réaliser le pavillon belge à l’expo des arts décoratifs de Paris en 1925 et ne voulait pas d’un concurrent. Ils se connaissaient. Horta, pour l’hôtel Tassel, avait acheté du papier chez van de Velde. Horta lui rendant un jour visite admira une chaise faite par van de Velde et lui dit que c’était « un chef-d’œuvre » . Van de Velde répondit : « C’est juste une chaise. » La fonction primait toujours ! Horta cherchait la beauté formelle, van de Velde celle de la fonction. Horta n’apprécia pas, plus tard, en 1933, que les chemins de fer confient à van de Velde le design des trains et gares alors que, lui, n’en finissait pas de se battre avec la gare Centrale.

Mais van de Velde avait un appui de poids avec la reine Elisabeth qui convainquit Albert Ier de faire revenir van de Velde pour qu’il fonde l’école de La Cambre, une école d’arts décoratifs à l’image du Bauhaus, qui devait former une nouvelle génération de créateurs et aider le renouveau économique de la Belgique. La reine Elisabeth restera fidèle à van de Velde. Celui-ci, lors de la Seconde Guerre mondiale, fit partie un moment de la commission de reconstruction de la Belgique, ce qui lui sera reproché. Mais, même blanchi, il en eut marre, son épouse était morte en 1943 et il repartit en Suisse. Mais avant son départ, la Reine vint le voir et déposa, sur son piano, un grand bouquet de roses blanches en signe d’amitié.

Son deuxième séjour belge avait été marqué par La Cambre où il nomma des « stars » comme professeurs : Akarova en danse, Eggerickx en architecture, Teirlinck en littérature et sa propre fille en mode. Il y développa un enseignement nouveau où les couleurs étaient centrales.

Si Gand a, de lui, sa « Boekentoren », sa bibliothèque universitaire, Bruxelles garde plusieurs de ses maisons, dont la maison Wolfers, qui fut habitée par les Stoclet et qui l’est aujourd’hui par le collectionneur Herman Daled, la maison Grégoire à Uccle et sa propre maison à Tervuren dont on dit qu’elle sera bientôt aussi à vendre.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 09/08/2013) 

La très belle histoire de la maison qui s’ouvrira en 2017 à Bruxelles.

C’est un des beaux projets des musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. En 2017, s’ouvrira au 132, rue Haute, au cœur de Bruxelles, la « Maison Bruegel ». Et avec les cinq œuvres de Pierre Bruegel l’Ancien, au musée, cela devrait vite devenir un « must » pour les visiteurs et les touristes. On le sent dès aujourd’hui, car les sponsors sont si nombreux qu’on a dû en refuser. Et tout le quartier est déjà enthousiaste de ce projet.

L’Inspection des finances a donné son feu vert. La rénovation se fera par la Régie des bâtiments, le musée et des sponsors, et le fonctionnement de la « Maison Bruegel » sera « self-supporting », payé par les entrées et le merchandising. Bruegel est une marque mondialement connue.

Multimédia
Un des points forts sera un ensemble multimédia autour de Bruegel et de son œuvre, tout nouveau, sponsorisé par Suez qui réalise déjà le multimédia du futur musée Fin de siècle qui s’ouvrira en décembre. Ce multimédia sera présenté déjà avant 2017, dans plusieurs grands musées du monde. Le musée des Beaux-Arts de Bruxelles compte la seconde plus grande collection de Bruegel après celui de Vienne, et il veut faire de Bruegel un de ses atouts.

L’histoire de cette maison est passionnante.
Pierre Bruegel est né, croit-on (on n’en est pas sûr), en 1526 dans un village qui serait, soit proche de Breda aux Pays-Bas, soit près de Bree en Belgique. Son talent fut précoce et il fit son apprentissage auprès de Pierre Coecke van Aelst, un maniériste italianisant d’Anvers. Il fut reçu franc-maître à la Gilde d’Anvers et il part pour l’Italie et Rome en 1551. Il demeure à Anvers et travaille entre autres comme graveur pour le grand éditeur Hieronymus Cock (on a vu, au musée M de Leuven, une belle exposition consacrée à cet éditeur et Bruegel). En 1563, il se fiance dans la cathédrale d’Anvers avec Mayken Coecke van Aelst, la fille de son maître. Et puis, brusquement, il déménage pour Bruxelles.

Pourquoi ?
Joost Vander Auwera, conservateur au musée des Beaux-Arts, commissaire de la dernière et superbe expo Jordaens, et chef du projet Bruegel, nous explique qu’on vient de confirmer une hypothèse très romantique : Pierre Bruegel était tombé amoureux d’une servante et sa future belle-mère lui mit le marché en mains; s’il voulait épouser sa fille, il devait quitter Anvers, trop dangereuse, et vivre à Bruxelles. Il s’y mariera deux mois à peine après ses fiançailles à Anvers, dans l’église de la Chapelle.

Pierre Bruegel vécut alors à Bruxelles avec sa famille de 1563 à sa mort en 1569, à 43 ans à peine. C’est là qu’il peignit ses plus célèbres tableaux.

S’il est établi qu’il habitait les Marolles (appelé aujourd’hui le quartier Bruegel), alors très huppé et fréquenté par les artistes et les lissiers qui faisaient la fortune de Bruxelles avec leurs tapisseries, on n’a pas de preuves formelles de l’endroit exact où il habitait. De nombreuses archives ont disparu dans le bombardement de Bruxelles en 1695, par le maréchal français de Villeroy.

120 objets anciens
Le 132, rue Haute a toujours été appelé la maison de Bruegel, mais sans autres preuves. Une étude de l’université de Liège sur l’âge des poutres de la toiture (par dendrochronologie) a montré qu’elles dataient de 1541, soit avant la venue de Bruegel, et c’est dans cette maison qu’est mort en 1685 David III Teniers, un peintre descendant de Pierre Bruegel l’Ancien. Tout concorde donc pour dire que cette maison fut soit celle de Bruegel, soit contemporaine à Bruegel.

Elle fut sauvée en 1940 par un passionné de Bruegel, Frans Heulens, qui entreprit de la restaurer avec les Monuments et sites, de 1958 à 1969. Avec son épouse Irène Heulens-Vandermeiren, ils achetèrent aussi plus de 120 objets anciens datant de l’époque de Bruegel et qui se retrouvent sur les tableaux de Bruegel (comme des cannes). Irène Heulens-Vandermeiren, veuve, légua le tout aux musées royaux des Beaux-Arts en 2007.

Dix ans plus tard, la maison, rénovée, mise aux techniques les plus modernes, devrait donc rouvrir.

Joost Vander Auwera explique que le business plan est prêt, que des visites couplées sont prévues pour visiter les salles Bruegel au musée, suivi d’une visite de la Maison Bruegel et d’une visite de l’église de la Chapelle où Bruegel est enterré. La rénovation prend du temps car la maison est fort délabrée et que tout est protégé. On ne peut même pas planter un clou dans les murs. La Maison Bruegel comprend, à l’arrière, un petit jardin qui pourrait donner lieu à une terrasse pour les visiteurs qui, de toute manière, ne pourront pas être nombreux car l’espace est limité.

Une salle entière du musée des Beaux-arts est consacrée à l’œuvre de la famille Bruegel. Cinq œuvres de Pierre Bruegel l’Ancien y sont exposées : L’Adoration des mages, La Chute des anges rebelles, Le Dénombrement de Bethléem, Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, et La Chute d’Icare, mais on sait que l’attribution de ce tableau à Pierre Bruegel l’Ancien a été fortement mise en question. Si l’ensemble est moindre que celui de Vienne, rien que les panneaux sur La chute des Anges et Le Dénombrement de Bethléem sont des chefs-d’œuvre absolus.

Pour Michel Draguet, ce projet est aussi utile pour démontrer aux plus extrémistes de Flandre que le musée des Beaux-Arts s’intéresse aux artistes des deux communautés. Magritte et le futur musée Fin de siècle sont parfois étiquetés francophones. Bruegel, lui, est étiqueté néerlandophone, même si cette attribution est très sujette à caution, la réalité de l’époque étant bien plus fluctuante que les étiquettes qu’on veut parfois y plaquer aujourd’hui.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 07/08/2013) 

Les éditions Taschen publient le quatrième volume de « Art Now », le dictionnaire du top 100 de l’art actuel. Quelques Belges figurent dans ce bottin de la réputation artistique mondiale.

Versé dans les publications artistiques et culturelles destinées à un très large public, l’éditeur Taschen suit, depuis le début du XXIe siècle, les artistes plasticiens qui, selon son point de vue, se positionnent en tête de la création et dessinent dès lors le portrait de l’art en ce début de siècle.

Vu la croissance constante dans le domaine, conséquence d’une mondialisation qui n’a pas encore dit son dernier mot, la matière est mouvante, évolutive, ne serait-ce aussi que par l’apparition de plus en plus agressive de la génération dite émergente. Afin de s’adapter, l’éditeur revoit sa sélection et vient de publier le quatrième volume de « Art Now » qui reprend une bonne centaine d’artistes.

Après plus de dix ans de cet exercice périlleux, il est intéressant d’enfoncer quelques sondes dans cet épais volume qui constitue en quelque sorte un état des lieux de l’art aujourd’hui sur le plan mondial.

Chaque année, des publications internationales ainsi qu’acteurs du second marché de l’art contemporain publient des listes déterminant le top 100 ou 500 des artistes plasticiens. Les classements établis sur base des résultats des ventes publiques sont en principe objectifs et livrent une hiérarchie commerciale. Les autres listes variant leurs critères d’appréciation s’avèrent plus subjectives et s’appuient sur des données parfois moins fiables puisqu’à croire sur paroles de marchands, d’acheteurs, de galeristes, voire d’artistes.

Graphique des renommées

S’il nous serait impossible de croiser tous ces résultats, on constate néanmoins une certaine corrélation entre eux, du moins autour d’une centaine de noms qui apparaissent aussi le plus fréquemment dans l’actualité des galeries, des centres d’art, des musées et des salles de vente. Expos et marché de l’art vont indubitablement de pair.

En pratiquant une réactualisation (la précédente édition datait de 2008), l’éditeur ne procède pas seulement à une adaptation, il établit en quelque sorte un graphique de la réputation artistique mondiale, et l’on peut comparer les différences entre les nommés des différents volumes parus.

Bien que le format de l’ouvrage change à chaque fois – on se demande bien pourquoi, puisqu’il s’agit d’une collection -, la présentation, elle, reste quasiment identique. Chaque artiste dispose d’un minimum de quatre pages comprenant un texte concis présentant son travail, un CV, les principales expos depuis 2008, une phrase de l’artiste et une série de belles photos en couleur. De quoi se faire une idée visuellement étayée afin de creuser plus avant si intérêt.

La sélection 2013

Une brève analyse comparative avec l’édition précédente nous apprend que près de soixante artistes ont été écartés de la nouvelle mouture, qui compte par contre une bonne trentaine de nouveaux noms, parmi lesquels Sterling Ruby, dont une expo se tient actuellement en la Charles Riva Collection à Bruxelles.

On citera, à titre d’exemples : Cory Arcangel (NY, 1978), Tauba Auerbach (San Francisco, 1981 – vient d’exposer au Wiels), Danh Vo (Vietnam, 1975 – vit à Berlin) ou Cyprien Gaillard (Paris, 1980 – vit à Berlin).

Nouveau ne signifie pas nécessairement jeune. Que l’on en juge puisque voici David Hockney, Bruce Nauman, Brice Marden, Ed Ruscha ou encore John Baldessary. Les critères de sélection n’étant pas précisés, on peut imaginer que les sélectionneurs (seize, dont Angélique Campens, qui enseigne à Gand) tiennent compte de la tenue du travail actuel et des expos.

Pour la Belgique, Francis Alÿs, déjà présent dans le n°2, et Carsten Höller, présent dans le n°1, font leur retour, alors que Luc Tuymans assure une permanence sans faille et que Wim Delvoye n’est pas réapparu depuis le premier volume. Ils sont donc peu nombreux, confirmation que le choix est drastique pour moins de cent dix places !

Une belle épreuve de vérité sur l’internationalisation. Preuve par quelques exclus : Tracey Emin, Pierre Huyghe, Paul McCarthy, Ron Mueck ou Erwin Wurm et Franz West… Parmi les élus qui restent en place, on ne sera pas surpris de trouver Mona Hatoum, Marlène Dumas, Takashi Murakami, Ernesto Neto, Damien Hirst et autres Maurizio Cattelan ou Peter Doig… Quelques-uns ont exposé récemment en Belgique en solo, entre autres : Thomas Hirschorn, David Altmejd, Richard Prince, Anselm Reyle, Jeff Wall, Rebecca Warren, Jeff Koons ou Thomas Houseago actuellement chez Xavier Hufkens…

Dans l’ensemble de la sélection 2013, aucune tendance ou pratique prépondérante ne se dégage, si ce n’est une certaine propension à privilégier des interventions ou installations de grande envergure, comme s’il fallait absolument frapper fort pour se faire remarquer – alors que, dans le tout permis actuel, la diversité est de mise, du néo-pop sobre à la Gary Hume, jusqu’au baroque néo-réaliste d’un Néo Rauch (a exposé à Bozar) en passant par l’imagerie kitsch religieuso-enfantine de Mark Ryden (USA, 1963).

La plateforme belge

La présence chez nous de ces artistes et d’autres, assez nombreux dans des expositions d’ensemble, confirme que Bruxelles, et la Belgique en général, est une plateforme non négligeable de l’art international, mais que nombreux sont nos artistes, même très réputés, à ne pas avoir atteint ce genre de sommet particulièrement sélectif. Ce qui n’ôte aucun mérite ni qualité à leur œuvre car on connaît les aléas de ces sélections.

D’une manière générale, on constate que les nouveaux venus, aussi bien que les permanents, sont majoritairement des Occidentaux. La percée africaine est quasi nulle et celle asiatique pas vraiment confirmée, ni celle de l’Amérique latine qui pointe le bout du nez. Voilà qui devrait changer d’ici peu sous l’effet de la mondialisation et des nouveaux collectionneurs ! Un avenir dont témoignent dès maintenant les textes complémentaires portant sur la situation et les artistes actuels en Chine, au Japon et en Corée.

Un appendice de l’ouvrage à ne pas bouder est celui consacré aux galeries qui représentent officiellement ces artistes. Personne ne s’étonnera – confirmation que le grand marché est en quelques mains – d’y voir les enseignes de référence telles David Zwirner, Gagosian, White Cube, Hauser Wirth, Perrotin, Marian Goodman, voire la Lisson et Sprüth Magers ou la Pace. Mais plus surprenante et positive est la place occupée par les galeries installées à Bruxelles, belges ou étrangères. Bien entendu voici Almine Rech (Paris/Bruxelles) et Gladstone (New York/Bruxelles), mais aussi Xavier Hufkens, Greta Meert, Zeno X (Anvers), Rodolphe Janssen et Catherine Bastide ! Pas mal pour un petit pays.

Auteur: Laurent Claude
Source: La Libre (mis en ligne le 02/08/2013)