Archives for the month of: octobre, 2013

Peter de Caluwe à l’heure des nouvelles présentations et des réflexions. Chantiers.

Mardi, dans un de ces « seul en scène » (quoique entouré de son équipe) dont il a le secret, Peter de Caluwe a livré à la presse une sorte d’arrêt sur image, avec coups de projecteur sur tous les départements de la Monnaie, en commençant par la nouvelle équipe de direction. Au poste de directeur financier, le Français Thomas Lauriot dit Prévost – c’est son nom et celui de ses ancêtres depuis deux siècles – prend la succession de son compatriote Bernard Coutant (20 ans de collaboration exemplaire, 17 saisons en équilibre !). Le nouveau directeur dispose d’une expérience significative à l’Opéra de Paris, au Théâtre de Caen et au Théâtre du Châtelet, où il s’investit durant sept ans dans le projet de repositionnement porté par Jean-Luc Choplin. Il est très heureux de pénétrer dans la culture belge et promet de parler (un peu) le néerlandais à sa prochaine prise de parole publique.

Deuxième nomination notoire : celle de Krystian Lada – un international d’origines hongroise et polonaise, jouissant d’une expérience approfondie aux Pays-Bas et déjà membre de l’équipe de la Monnaie – qui prend la direction de la dramaturgie et du développement culturel (à la suite de Christian Longchamps). Son but : « continuer à creuser le sens des livrets et à mettre l’opéra en relation avec notre temps ». Les deux nouveaux venus sont jeunes et branchés (chacun dans son genre), voilà Peter de Caluwe devenu, de son aveu, le doyen de la bande…

Lancement des travaux

Autre pilier de la direction, la Britannique Charmaine Goodchild, directrice technique de la Monnaie, est aussi porteuse de l’ambitieux master plan dont les budgets viennent d’être approuvés.

Travaux de rénovation

Après mille tractations, les indispensables travaux de rénovation et d’équipements, confiés au bureau ARRC – Michel Verliefden et répartis en deux volets, seront pris en charge par deux instances : tout ce qui concerne le bâtiment du théâtre – façade, salle (les sièges et la ventilation !), scène et équipements – revient à la Régie des bâtiments, pour un coût estimatif (mais très précis) de 14 443 491,77 euros; les travaux portant sur les ateliers de la rue Léopold – avec, notamment, le creusement d’un tunnel en sous-sol pour l’acheminement des décors et un nouveau système énergétique – revient à Bel Iris, pour un coût de 10 007 631,38 euros. La Ville de Bruxelles apportera elle aussi sa contribution au projet. Les travaux commenceront dès 2014 et entraîneront la fermeture du théâtre entre fin mai et début décembre 2015, six mois pas plus, une occasion de partir à la découverte d’autres lieux – dont Tour et Taxis – et d’autres publics.

Prendre le chemin de l’opéra

Comme le précise Adeline Cuny, récemment nommée directrice des publics et de la communication, et forte d’un processus similaire au TNP, « une délocalisation est un moyen extraordinaire pour permettre à de nouveaux publics, rencontrés in situ, de prendre naturellement le chemin de l’opéra ». En tant que chef permanent de l’orchestre, Ludovic Morlot, prit à son tour la parole pour annoncer un programme renforcé de concerts symphoniques, la plupart avec chœurs, en collaboration avec divers opérateurs de Belgique, ainsi que des concerts de musique de chambre extra-muros, en parallèle avec les thématiques de saison. Propos relayés et amplifiés avec feu par le chef des chœurs, Martino Faggioni. Plus délicat : le budget propre de la maison reste difficile à tenir en équilibre : au cours des 4 dernières années, la Monnaie a perdu 18 pour cent de sa subvention, soit 1,1 million d’euros, tout en maintenant la plupart des avantages salariaux (mais pas tous) de son personnel (80 pour cent des dépenses), l’exercice devient quasi impossible.

Enfin, sur fond de deuil et de doute (le récent suicide d’une collaboratrice), Peter de Caluwe a salué l’engagement de toute l’équipe et souligné l’absolue nécessité de faire circuler la communication interne dans les deux sens, avec remontée de l’info depuis la base. Une nouvelle culture d’entreprise sera sans doute le plus important des futurs chantiers.

www.lamonnaie.be

Auteur: MARTINE D. MERGEAY
Source: La Libre (mis en ligne le 17 octobre 2013) 

ARTS VISUELS Nous avons interrogé Michel Draguet, directeur du musée des Beaux-Arts.

Voilà des mois et des mois que les mêmes dossiers restent en rade : où mettre les collections du musée d’Art moderne alors que celui-ci a été fermé par le directeur du musée des Beaux-Arts, Michel Draguet, le 1er février 2011, pour y placer le « Musée fin de siècle » qui ouvrira le 6 décembre prochain? Et Bruxelles aura-t-elle un jour un nouveau musée d’Art contemporain, et où ? Va-t-on regrouper les dix établissements scientifiques fédéraux (les ESF : musées, Bibliothèque royale, Archives, IRM, Observatoire, etc.) en quatre Pôles, avec synergies et directeurs uniques ou pas? Avec un Pôle Art dirigé par Michel Draguet, regroupant les Beaux-Arts, le Cinquantenaire et l’Irpa ? En attendant, depuis des années, quatre ESF ont des intérimaires à leur tête. Le monde politique, manifestement, reste divisé et la proximité des élections de mai 2014 va rendre toute décision encore plus difficile.

Nous avons interrogé Michel Draguet, au centre de ces projets, mais aussi au centre de quelques polémiques. Un groupe interministériel a étudié l’idée de Pôles et s’est posé de nombreuses questions. La personnalité autoritaire et centralisatrice de Philippe Mettens, le « patron » de la Politique scientifique, a aussi suscité quelques réticences. Et le dossier du musée d’Art moderne est à la Régie des bâtiments, qui tarde à décider et à envoyer au gouvernement le projet de déménagement à l’ancien Vanderborght.

Pourquoi voulez-vous cette fusion dans un Pôle Art dont l’intérêt est souvent mis en doute?

Je suis absolument convaincu de sa nécessité. Le budget du musée des Beaux-Arts est de 4,3 millions d’euros et, au Cinquantenaire, de 5,6 millions. Et nous devons économiser dans chaque musée, en 2013, 500 000 euros. C’est énorme et ceux qui disent que la Belgique ne fait pas d’économies se trompent. Dans un tel cadre, je suis convaincu que chaque institution ne peut plus s’en sortir seule et qu’il faut faire des économies d’échelle. Les Archives viennent de dire qu’elles ne peuvent acheter leur mobilier pour leur nouveau centre à Namur. Il faut donc organiser une solidarité. Chacun n’a pas l’assiette suffisante pour assumer seul les économies exigées. Dans le Pôle Art, il y a actuellement quatre directeurs par ESF, soit 12 au total. Faire un Pôle permet de diminuer fortement ce nombre et même de trouver des marges pour nommer des responsables à des fonctions qui ne sont pas remplies aujourd’hui : comme un juriste, un responsable marketing, un pour le mécénat. Et surtout, pour redéployer les musées et pour leur assurer un avenir. Ce que nous avons commencé à faire avec le musée Magritte et qu’on continue, le 6 décembre, avec le musée Fin de siècle

Certains mettent en doute que cela fasse des économies et voient surtout le risque de « superdirecteurs », dont vous qui n’avez pas que des amis?

Je ne vois pas comment faire autrement les économies demandées. D’autre part, le spectre d’une dérive autoritaire me fait sourire. Si je devais diriger le Pôle Art (il y aurait un appel à candidatures), mes pouvoirs resteraient bien moindres que ceux de Jean-Luc Martinez, juste nommé au Louvre.

Pour les Pôles, le groupe intercabinet a demandé que chaque musée et ESF consulte son comité scientifique pour savoir si ces Pôles pouvaient nuire ou pas à la recherche. Comment cela s’est-il passé dans les deux musées que vous dirigez (Beaux-Arts et Cinquantenaire)?

Il y a eu beaucoup de questions mais aussi de l’enthousiasme, avec un consensus pour que les choses changent. Je sais qu’à l’Irpa, les craintes restent grandes, ils ont peur de disparaître malgré les assurances données que ce sera le contraire.

Vous cristallisez des oppositions, en ayant fermé le musée d’Art moderne, et récemment en déclarant que ce serait sans doute un membre du personnel du Cinquantenaire qui aurait volé des « pièces » dans les réserves, qu’on a retrouvées en vente à Christie’s.

On a interprété mes propos. J’ai dit que, dans les réserves, le public ne rentrait pas et que c’était le personnel qui y avait accès. Cela fait des années que je dirige ad interim le Cinquantenaire sans être payé pour cela : j’éponge les difficultés, je fais le boulot. Je comprends l’inquiétude du personnel mais je sens aussi chez les jeunes conservateurs (et d’autres !) un vrai enthousiasme. On travaille à y faire un vrai musée de l’Antiquité en lien avec les autorités européennes toutes proches. Un autre exemple : j’ai demandé de faire un inventaire des réserves quand il n’y en avait pas. La responsable Archéologie m’a montré la montagne de pierres à archiver. Impossible. On lui a donné les moyens de le faire. A côté des économies, il faut augmenter nos recettes. On m’a reproché les prix de l’expo Kandinsky. J’en ai tenu compte partiellement pour l’expo van der Weyden (prix pour étudiants) mais il faut trouver des recettes et le prix sera celui de Kandinsky.

Que se passe-t-il si le gouvernement ne décide rien?

On ira droit dans le mur. Cela signifiera de moins en moins de moyens ; nous allons péricliter et cela peut provoquer rapidement un effet d’emballement à la baisse. Mais il ne faut peut-être pas tout décider à la fois, faire tous les Pôles à la fois. On pourrait phaser les choses et décider d’abord pour le Pôle Art.

Qu’en est-il du déménagement du musée d’Art moderne au Vanderborght?

Rien n’a bougé. Enfin si, car l’Inspection des finances a totalement validé notre plan et nous a donné le feu vert. Cela me permet déjà, en attendant une décision gouvernementale, de m’occuper du fond du projet et de ne plus avoir ce visage « vénal » qu’on me prête parfois d’un homme occupé par les finances ou par le seul Magritte qui serait un « peintre facile ». J’en ai marre d’apparaître comme cela, je veux parler contenu. On a vu comment l’œuvre de Jan Fabre s’est bien intégrée au grand escalier du musée. J’ai admiré à Grignan, en France, l’église « habillée » de lumières colorées par Ann Veronica Janssens. J’aimerais un équivalent au musée, introduisant à la lumière des primitifs flamands. Je pense à Thierry De Cordier et je rêve de créer au musée, comme la chapelle Rothko à Houston, un endroit « spirituel » où le visiteur peut se ressourcer.

On vous dit très réticent à l’égard de l’art contemporain?

Je ne suis pas fermé à l’art contemporain – d’ailleurs je l’enseigne à l’université depuis des années – sauf si on me dit que Broodthaers, par exemple, ce serait la préhistoire. J’ai simplement des doutes sur le concept d’un musée d’art contemporain car il faut laisser le temps faire son œuvre pour faire un musée. Il y a toujours eu, au moment même, des « déchets » que le temps élague.

A force d’attendre, on perd des possibilités d’acheter à des prix raisonnables. Le musée a raté largement Luc Tuymans. On a acheté par exemple Claerbout. En guise de pure boutade, je dirais que peut-être Tuymans sera demain comme Louis Carbonnel qui fut, au XIXe sècle, le peintre le plus cher. Pour le Vanderborght, qu’on appelle le « Lab » (« Postmodern Museum Lab »), on travaille déjà en faisant des parcours virtuels et en préparant les premières expositions (« Dubuffet et de Kooning », « Marcel Broodthaers » en collaboration avec le Moma). On vise 2017.

Et le futur musée?

Je voulais le mettre au Cinquantenaire, mais je me suis rallié à la décision bruxelloise de le mettre le long du canal. Le reste, on verra.

Auteur: GUY DUPLAT
Source: La Libre (mis en ligne le 14 octobre 2013)

Le « Théâtre de Liège », ex-théâtre de la Place, est un des plus grands et plus beaux de Belgique. Dû à l’atelier Hebbelinck et de Wit. Il a été inauguré ce lundi et ouvrira au grand public le week-end prochain. 

Les spectateurs le vérifieront eux-mêmes lors du week-end d’ouverture du Théâtre de Liège (ex-Théâtre de la Place), ces 3,4,5 et 6 octobre. Le nouveau bâtiment, dessiné par Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit, situé au cœur de la ville, à la place du 20 août, est certainement un des plus grands et plus beaux théâtres de Belgique. « Un des plus beaux d’Europe » osait-on même, lors de l’ouverture en grande pompe, ce lundi.

Il possède deux salles : une grande salle appelée « La grande main », de 557 places et une petite, de 145 places, surnommée « salle de l’œil vert ». Au total, la surface est de 8200 mètres carrés, doublant celle de l’ancien bâtiment de l’Émulation dans lequel le théâtre est logé. Tous les services techniques et administratifs ont pu y être placés, ainsi que des salles de réception, un lieu d’exposition appelé « Salle des pieds légers », géré directement par le Mac’s, avec, à partir du 4 octobre une expo Angel Vergara qui sera suivie d’une expo Jordi Colomer, et en janvier, de Sylvie Blocher.

On découvre encore un espace pédagogique à l’entresol appelé « Salle des Forces vives », les loges confortables, etc.

Un bijou qu’il faudra maintenant faire fonctionner, malgré les vaches maigres. Le bâtiment actuel du Théâtre de la Place, destiné au départ à n’être que provisoire mais dans lequel le théâtre a (sur) vécu 30 ans, sera alors démoli.

Ce sont les architectes liégeois Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit qui se sont chargés du projet. On leur doit déjà des éléments marquants du paysage architectural nouveau au sud du pays, comme le Mac’s au Grand Hornu, le théâtre Le Manège à Mons et le tout récent bâtiment de stockage des œuvres d’art de la fédération Wallonie-Bruxelles à Mons.

Salle de l’œil vert

Plusieurs éléments spectaculaires retiendront l’attention. D’abord la « Salle de la Grande Main ». Ce nom est justifié par les gradins placés sur un incroyable porte-à-faux, comme s’ils étaient doucement déposés sur une main gigantesque face à la scène. Les architectes ont dû tenir compte de ce que la façade donnant sur la place, le promenoir, le grand escalier menant au premier étage et la salle de spectacles, sont classés. Pour cette dernière, ils ont donc imaginé ce gradin permettant une vision et une écoute optimales mais s’appuyant à peine sur le sol, comme flottant en l’air, sans jamais s’accrocher aux murs, laissant ceux-ci porter la mémoire du lieu. Soufflant.

Ces gradins sont couverts de bois lamellé de chêne, comme souvent dans ce théâtre qui privilégie trois matériaux : le bois, le béton et le verre.

Le Théâtre de Liège sera à la fois « dissimulé » derrière la façade ancienne, et volontairement visible et très contemporain.

La seconde salle appelée « Salle de l’œil vert » est à l’étage avec de grandes baies vitrées donnant directement sur la place du 20 août et le siège historique de l’université. Elle sert aussi de signal vers l’extérieur, montrant de nuit comme de jour, que le lieu est un théâtre vivant, dans un souci de transparence qui tranche avec les théâtres de jadis qui se cachaient de l’extérieur.

Dans la rue latérale, les nouveaux ateliers de couture sont placés à l’étage, en surplomb, dominant la rue. Tout le bâtiment est par nature, hybride et à la déambulation complexe, puisqu’il a fallu méler l’ancien et le contemporain et « jouer » avec un lieu donnant sur quatre rues et places, mariant harmonieusement le respect du passé et l’architecture contemporaine comme Pierre Hebbelinck le fit déjà au Mac’s.

« Le théâtre et l’architecture ont un point de jonction, expliquait Pierre Hebbelinck, c’est le corps qui entre en résonance avec un espace, le corps qui reprend, par les pieds, les émotions de la vie. »

Les spectateurs verront aussi, disséminés dans le bâtiment, les interventions de l’artiste Patrick Corillon. C’est lui qui a choisi ces noms rigolos pour chaque salle. C’est lui qui ajoute sur les murs des phrases poétiques, comme celle mise judicieusement par l’artiste sur le mur de la salle de répétition : « Beaucoup d’acteurs placent dans leur brochure de répétition des fleurs sur les répliques qu’ils ont peur d’oublier en scène. Cela ne les empêche pas d’oublier ces répliques en scène, mais le fait de penser à une fleur durant leur trou de mémoire rend l’épreuve moins pénible à supporter. »

Une librairie et un café-bar en front de place et un restaurant à l’étage seront ouverts à tous et aident à atteindre le but fixé par le directeur du Théâtre, Serge Rangoni,« un bâtiment qui vive tout au long de la journée. » Le mobilier a été confié à la grande firme de design Vitra avec en particulier de nombreux fauteuils et tables signés Jean Prouvé. Les costumes du personnel d’accueil sont dessinés par le styliste liégeois Jean-Paul Lespagnard.

Une longue histoire

Le bâtiment de l’Émulation a une longue histoire. Il tire son nom de la société libre d’Émulation fondée en 1779 pour cultiver et encourager les arts, les lettres et les sciences. Elle est toujours active. L’Émulation a voulu s’installer au cœur de Liège, avec un grand bâtiment néo-classique, construit de 1934 à 1939 par l’architecte Julien Koenig sur l’emplacement de l’ancien bâtiment détruit par un incendie en 1914. Quand on voit aujourd’hui sa façade, on imagine mal que le bâtiment soit aussi récent, datant de la même époque que le bâtiment Flagey à Bruxelles (le paquebot de Diongre), et qu’il a été construit à l’époque, avec déjà, des pieux Franki, et en béton couvert de briques et de pierre bleue.

Le nouveau théâtre garde à l’avant-plan la galerie formée d’arcades en plein cintre et ornée de blasons, comme le promenoir d’une grande sobriété, pavé de marbre noir et blanc, et le grand escalier en chêne menant au foyer et aux salons de réception.

Ce nouveau théâtre a coûté 23 millions d’euros, dont 55 % à charge de la Fédération Wallonie-Bxl, le reste étant payé par la Ville, la Province et la Région wallonne au titre de restauration du patrimoine.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le  01/10/2013)

Au total, 60 millions d’euros vont être débloqués pour restaurer le « joyau culturel ».

Accord, il y aurait donc. Si si, vous ne rêvez pas. Et nul doute qu’il sera encore longtemps évoqué et présenté comme l’un des cas « les plus emblématiques du compromis à la belge ». Et de l’absurdité du même nom aussi.

Ce lundi, en commission du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le ministre francophone en charge des bâtiments scolaires, Jean-Marc Nollet (Ecolo), a annoncé qu’une issue avait été trouvée dans le dossier relatif à la rénovation du Conservatoire royal de Bruxelles – aujourd’hui dans un état de décrépitude avancé – un dossier qui pourrit littéralement le climat politique belge et communautaire depuis un demi-siècle.

Ainsi, a déclaré hier le ministre écologiste, l’Olivier francophone (PS, CDH, Ecolo) se serait accordé la semaine dernière, lors de son conclave budgétaire, pour mobiliser 20 millions d’euros afin de participer au projet de restauration de ce que d’aucuns qualifient encore (?) de « joyau culturel ». Vingt millions d’euros, un montant que le gouvernement fédéral avait expressément sollicité en mars dernier. Ah bon ?

Rappel et éclairage. Alors que la tutelle du Conservatoire royal de Bruxelles et du « Koninklijk Conservatorium Brussel » – les deux écoles supérieures des Arts qui occupent les lieux – est respectivement assurée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et par la Communauté flamande, le bâtiment appartient à l’Etat fédéral. Autrement dit, si ce dernier en est le propriétaire, ce sont les deux Communautés précitées qui l’occupent et le louent… sauf qu’elles ne paient pas de loyer, à vrai dire. Par conséquent, et tandis que le Conservatoire se détériore un peu plus chaque jour des législatures qui se succèdent, le gouvernement fédéral avait proposé en mars dernier que chaque partie, fédéral et Communautés, participe à part égale à hauteur de 20 millions d’euros dans la rénovation du bâtiment classé, l’ensemble des travaux étant estimé à 60 millions d’euros.

Pour ce faire, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait ainsi mandaté le ministre Nollet de façon à poursuivre les négociations, tout en respectant une série de conditions liées notamment au plan d’investissements (dit « Masterplan ») établi par le fédéral, et à l’opération de rénovation elle-même « devant prendre la forme d’une société anonyme de droit public à finalité sociale et garantissant en son sein une représentation équilibrée des deux Communautés aux côtés de la composante fédérale ».

Interrogé au Parlement de la Fédération sur la mise en œuvre concrète des travaux par les députés Olga Zrihen (PS) et André du Bus de Warnaffe (CDH) – ce dernier n’ayant pas manqué de rappeler en passant qu’il était à l’origine d’une résolution allant dans ce sens votée à l’unanimité en juillet 2012 – Jean-Marc Nollet a répondu que « le fédéral paierait le métré dont il a indiqué qu’il disposerait fin janvier 2014, ainsi que le Masterplan qu’il ne pourra commander qu’une fois qu’il aura obtenu le métré. Autrement di t , a-t-il ajouté , les résultats du Masterplan ne seront connus qu’en 2015… bien trop tard vu l’urgence de la situation ». Raison pour laquelle l’Olivier francophone aurait décidé la semaine dernière d’adapter le mandat de négociation en question de façon à débloquer les 20 millions d’euros sollicités et ce, « tout en s’assurant que l’opération serait bien budgétairement neutre ».

Pour le reste, a terminé le ministre, « vu l’ampleur des travaux et les moyens financiers limités des autorités, le processus de rénovation du Conservatoire sera vraisemblablement découpé en plusieurs tranches et s’étalera sur plusieurs années, et sur plusieurs législatures ».

Une rencontre entre les trois parties, fédéral et Communautés donc, est prévue le 11 octobre prochain.

Auteur: Alice Dive
Source: La Libre (mis en ligne le 01/10/2013)