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La programmation de Molenbeek, métropole culture 2014 – enfin dévoilée, en bordure de canal, dans le futur espace hôtelier Bellevue – est résolument axée sur la rencontre. Rencontre entre habitants, entre quartiers, entre entreprises et associations, autour du canal et d’autres lieux à découvrir… Cette année culturelle sera représentée par le logo d’un moulin à vent fuchsia et d’un hymne chanté par de jeunes rappeurs.

Décerné par la Fédération Wallonie-Bruxelles conjointement cette année avec la Cocof (Commission communautaire française), ce titre de « Métropole Culture » met à l’honneur, tous les deux ans et pendant toute une année, la vitalité culturelle d’une ville. Après Liège en 2010 et La Louvière en 2012, Molenbeek est la première commune bruxelloise lauréate !

Pour Pierre-André Itin, « l’homme-orchestre » de Molenbeek métropole culture 2014, les atouts qui ont conduit à la sélection du projet, c’est cette volonté forte d’impliquer les habitants dans une large partie de la programmation, ce désir de créer la rencontre, ce souci de favoriser l’accessibilité de la culture, cette attention à mettre en valeur les talents, les lieux, les énergies… de la commune. « On ne crée pas un « machin » pour l’occasion », explique-t-il, « on met en valeur ce qui existe, tout ce que la commune a de riche, d’ouvert, de multiple, de fédérateur ». Et Molenbeek n’en manque pas avec son tissu socioculturel hors normes de plus de 200 associations.

La programmation culturelle qui s’étalera sur toute l’année 2014 et qui sera quasi gratuite à l’exception de quelques spectacles n’aura de cesse de créer des ponts, tisser la toile… Forte et fière de ce titre, Molenbeek veut concrétiser non seulement un projet culturel, mais aussi et surtout vivre une expérience humaine enrichissante dont la finalité est de fédérer l’ensemble des composantes de la population. Favoriser l’émergence d’un dialogue et d’une compréhension mutuelle, voilà l’énergie motrice de cette Métropole Culture !

Molenbeek, Métropole culture 2014 comptera quelques événements-phares et le premier, inaugural, leMolenStart explosera de mille feux, dans et devant le château du Kareveld, le 25 janvier 2014. Ensuite, les activités (galerie de portraits, reporters en herbe, vidéo-reportage, opéra populaire, MolenDance,MolenCanalMolenZik…) s’enchaîneront à un rythme soutenu.

Plus d’infos sur la programmation, rendez-vous sur le site www.molenbeek2014.be

D’autres infos sur l’évènement sur le site web BRU+, le site du quartier du canal et des quartiers centraux de Bruxelles.

Source: RAB/BKO (mis en ligne le 5 décembre 2013)

Le projet est porté par la ministre de l’Emploi, Monica De Coninck (sp.a).

Le Conseil des ministres a marqué son accord sur le projet d’arrêté royal complétant le statut social des artistes et fixant les modalités d’octroi du visa artiste et de la carte d’artiste. Il vise à confirmer la priorité qui doit être accordée au contrat de travail et à faire vérifier par une commission le respect des conditions prévues par le statut ad hoc lorsqu’un contrat de travail n’est pas envisageable. Tous les artistes n’ont pas la possibilité de se voir proposer un contrat de travail ou un statut d’indépendant, a rappelé vendredi la ministre des Affaires sociales, Laurette Onkelinx (PS). « Un exemple concret: je commande une oeuvre d’art à un artiste, je ne peux pas établir de contrat de travail pour la durée de sa réalisation », a-t-elle expliqué.

Pour que ces artistes (peintres, créateurs, auteurs, chorégraphes) puissent bénéficier d’une protection sociale complète, Laurette Onkelinx a créé un statut spécifique en 2002: le statut 1bis. « Malheureusement, certains employeurs usurpent ce statut par facilité ou par économie, plus que par réelle nécessité: le statut 1bis remplace souvent un contrat de travail en bonne et due forme, ce qui n’est pas acceptable », a-t-elle fait observer.
Dès lors, le projet approuvé vendredi réaffirme tout d’abord un principe essentiel: un employeur du secteur culturel et artistique doit, en priorité, conclure des contrats de travail avec ses salariés.

Ensuite, « et c’était une demande unanime des partenaires sociaux, nous clarifions les conditions dans lesquelles ce statut 1bis peut être utilisé, à savoir exclusivement lorsque les conditions pour établir un contrat de travail ne sont pas rencontrées », a indiqué la ministre. Si l’artiste ne dispose pas d’un contrat de travail, il faut qu’il puisse bénéficier du statut 1bis, pour autant qu’il entre dans les conditions strictement prévues à cet effet.

L’arrêté royal prévoit qu’une commission ad hoc puisse vérifier l’octroi de ce statut spécifique : ce sera désormais la commission « artistes » qui attestera, au cas par cas, que les prestations effectuées sont bien de nature artistique et peuvent donner droit au statut 1bis. Cette commission, composée des administrations sociales mais aussi de représentants du secteur artistique, accordera le visa professionnel pour en bénéficier.

Le projet est également porté par la ministre de l’Emploi, Monica De Coninck (sp.a).

Manifestation payante

A l’appel de jeunes artistes issus des Conservatoires de Bruxelles, de Liège, de Mons, de l’IAD et de l’INSAS, environ 350 personnes selon la police, et près d’un millier, selon les organisateurs, s’étaient rassemblées, vendredi de 13 à 15 heures, devant le SPF Emploi, place Victor Horta, à Bruxelles. Ils demandaient à la ministre de l’Emploi Monica De Coninck (sp.a) le gel des réformes du statut d’artiste qui devraient entrer en vigueur au 1er janvier prochain. Les manifestants se sont fait entendre devant le SPF Emploi. Les croix scotchées sur leurs bouches avaient une double symbolique. Elles représentaient le musellement des futurs artistes et l’absence de consultation du secteur.

« Ces nouvelles mesures seront infranchissables pour la plupart des artistes », estime Céline Estenne, étudiante en théâtre à Mons. Elles empêcheront l’accès à la profession à la grande majorité des étudiants d’aujourd’hui. Avec la mise à niveau du salaire journalier comptabilisé, les nouveaux prétendants au statut devront démontrer environ 18.000 euros de revenus artistiques sur 21 mois, soit une augmentation de 6.000 euros. Une période d’essai, durant laquelle des preuves de revenus artistiques devront être apportées, a également été ajoutée.

Les manifestants portaient des autocollants avec la mention « Artiste sans visa » pour s’opposer à la création d’un visa professionnel. « Le visa nécessite de créer une commission pour juger de la valeur de l’art », remarque Valentin Demarcin, jeune diplômé d’art dramatique. C’est un débat qui n’est pas philosophiquement acceptable ».

Auteur: Belga
Source: La Libre (mis le ligne le 13 décembre 2013) 

L’Etat ne peut, hélas, plus prendre en charge tous les besoins de la culture. La France a des entreprises et des aides fiscales qui sont des exemples possibles. Rencontre avec Catherine Ferrant de la Fondation Total et directrice du Mécénat Total.

Il faut se rendre à l’évidence. L’Etat ne parviendra plus, dans un avenir raisonnable, à subsidier autant qu’il le faudrait la culture et, hélas, dans ses nouvelles priorités, les prisons passent avant les musées. Il faut donc faire appel à des mécanismes pour inciter le privé à investir dans ce domaine sans pour autant se substituer aux obligations de l’Etat et sans influencer les choix des opérateurs culturels. On a vu en Belgique le succès du tax shelter pour stimuler le cinéma. Depuis des années, on réclame en vain l’extension du système de déduction fiscale aux autres arts. Il est intéressant de voir ce qui se fait en France et, par exemple, à la Fondation Total, devenue un acteur majeur dans la culture. La création de la section des arts de l’Islam au Louvre? Grâce à Total. Les grandes expos au Quai Branly sur les Dogons et maintenant, les Legas? Total. Le Louvre- Lens et sa dernière expo sur les Etrusques? Total. Les expos à l’Institut du monde arabe (IMA)? Total. L’accès vers la culture aux enfants ou aux femmes défavorisées? Total.

La France a la fierté

Nous avons rencontré Catherine Ferrant, déléguée générale de la Fondation Total et directrice du Mécénat Total. Elle peut gérer bon an, mal an, un budget total (mécénat recherche, social, culture) de vingt millions d’euros par an. Peu sans doute, par rapport aux bénéfices souvent engrangés par Total, mais des budgets très importants par rapport aux besoins culturels.

Catherine Ferrant est belge et fut une brillante journaliste au « Soir » avant de diriger la communication à Petrofina et de rejoindre ensuite Total à Paris. Elle voit bien la différence France-Belgique. Certes, le monde culturel belge souffre du départ vers l’étranger, depuis vingt ans, des centres de décision de nombreuses grandes firmes. Il est plus difficile d’obtenir des mécénats depuis Amsterdam, ou Londres. Mais il n’y a pas que cela.

« La France a une énorme fierté pour sa culture et son passé. C’est un pays considéré dans la majorité des pays où Total se trouve, comme le plus beau musée du monde. La Belgique, elle, n’a pas cette vénération pour sa culture et ses musées. Elle s’est tournée vers l’image (BD), la chanson (Brel), mais on n’y trouve pas l’idée de défendre la grandeur d’une culture. Je le vois même dans un tout autre domaine, celui de l’entreprise, où les ingénieurs de Total ont l’idée de la grandeur de leurs outils. En Belgique, et surtout en Flandre, en fonction d’une culture plus anglo-saxonne, on se focalise davantage sur le produit et le client que sur l’outil de production. »

Bien sûr, il y a aussi les différences fiscales importantes qui jouent un grand rôle. En France, une Fondation et le Mécénat, peuvent utiliser 60% des montants investis en « dons » pour diminuer d’autant, leur impôt net sur les bénéfices.

20 millions par an

Les objectifs et centres d’intérêt de la Fondation Total sont plus larges que la seule culture et le seul patrimoine culturel. L’idée de la Fondation est née en 1992, il y a vingt ans, dans la foulée du Sommet de la Terre à Rio. Total décida alors de créer une Fondation qui aiderait la recherche sur la biodiversité marine. Non sans parfois des problèmes quand il fallut gérer la catastrophe de l’ « Erika » en 1999.

En 2008, les objectifs de la Fondation se sont élargis en s’ouvrant à la culture et aux problèmes de solidarité et d’exclusion sociale. Pour des raisons de souplesse, les efforts sont partagés entre la Fondation et le Mécénat, soumis à des obligations légales différentes. Mais en terme d’effets, les deux « bras » sont semblables : la Fondation investit 50 millions d’euros en cinq ans, et le Mécénat, dix millions par an. Le mécénat de Total peut agir dans l’urgence en aidant par exemple, les réfugiés syriens ou les victimes de l’ouragan aux Philippines.

Ce Mécénat a trois axes. D’abord, la recherche avec le programme sur la biodiversité marine et l’autre, axé sur la santé, au travers d’un partenariat avec l’Institut Pasteur dénommé Chaire Françoise Barré Sinoussi (la Prix Nobel). Total finance des recherches sur le Sida et sur les pathologies infectieuses émergentes, souvent liées aux pays où la société est implantée.

Le second axe est celui de la « réparation » ou de la « reconstruction » : accès à la santé en Afrique, lutte contre la fracture sociale en France, action en faveur de la cohésion sociale. La Fondation appuie depuis 2009 les actions des gouvernements successifs en faveur de la cohésion sociale et de l’accès à l’éducation et à l’emploi.

Il y a enfin, le volet culturel que Catherine Ferrant appelle « célébration », « ce qui aide à faire rêver ». Total choisit souvent ses soutiens en fonction des pays où elle est implantée. Lors du dernier Festival d’Avignon, où les créateurs africains étaient nombreux, Total, actif en Afrique, fut un des grands mécènes du Festival.

Total soutient des initiatives de long terme comme la section Islam du Louvre dont parle Henri Loyrette, le charismatique directeur du musée qui vient de partir : «  En vingt ans, la nature même du mécénat a changé. Dans le domaine de l’art, le rôle des fondations d’entreprise a évolué de pair avec celui des grandes institutions culturelles : elles se rencontrent sur de multiples terrains alors qu’avant, la seule porte d’entrée était l’organisation d’expositions. Désormais, les champs dans lesquels l’entreprise peut intervenir et la complexité des projets font que les liens sont plus nourris. Ils requièrent une grande fidélité. »

Dangers

La Fondation aide aussi à la circulation des expositions. Celle sur l’âge d’or des sciences arabes, montrée à l’IMA, a, ensuite, grâce à Total, voyagé en « kit » dans le monde arabe. De même, Total a fait circuler en Afrique, l’hommage rendu par le musée du Quai Branly à Alioune Diop, l’intellectuel sénégalais qui a joué un rôle de premier plan dans l’émancipation des cultures africaines, fondant notamment la revue « Présence africaine ».

Bien sûr, un mécène privé rend méfiant. Cherche-t-il d’abord à se donner une meilleure image de marque, à exercer une « soft influence »? Certainement. «  C’est vrai, répond Catherine Ferrant, que Total représente tout ce qui fait peur aux Français : la pollution, le risque industriel, l’évasion fiscale, la Françafrique. Alors, entrer en contact avec les maires locaux ou les ONG et démonter les idées reçues fait partie d’une démarche d’apprentissage de la complexité. Quand nous intervenons dans le social, la recherche ou la culture, nous ne disons jamais aux acteurs ce qu’ils doivent faire, mais on veut aider l’efficacité à long terme, car l’entreprise à un besoin de cohésion sociale. »

Une autre objection majeure serait que ces aides privées amèneraient l’Etat à se défausser plus facilement de ses obligations. «  Il semble évident, répond Catherine Ferrant, qu’en France ou en Belgique, on atteint sans doute une limite à ce que peut financer l’Etat. Et l’apport du privé n’est pas là pour se substituer à l’Etat. Un mécène s’interdit de s’immiscer dans les choix des institutions qu’il aide. Nous accompagnons de grandes institutions comme le Louvre, dans la durée, sans vouloir influer sur leurs choix. En matière d’art contemporain, c’est parfois plus difficile d’agir car le marché est très présent. Alors, nous choisissons d’accompagner des personnalités dans leur travail comme ce que nous faisons avec Jean de Loisy, directeur du Palais de Tokyo qu’on aide dans l’exploration qu’il va faire de la scène artistique asiatique pour identifier des artistes à faire venir au Palais de Tokyo. »

En Belgique

Le mécénat culturel porte aussi sur la diffusion de la culture. «  Nous avons, par exemple, soutenu le musée mobile du Centre Pompidou et obtenu que le Louvre, le mardi, jour normal de fermeture, s’ouvre exceptionnellement à des groupes de mille femmes venues de quartiers défavorisés. De même, l’accès des enfants à la pratique artistique, y compris l’opéra, comme nous l’avons fait avec l’Opéra de Paris, l’accès à la connaissance de la culture, apparaît de plus en plus comme le vecteur le plus puissant de connaissance de soi, d’expression paisible, sensible et partagée de sa part d’universel. »

En Belgique aussi, Total est actif et soutient Europalia, le Concours reine Elisabeth, Flagey, le nouveau musée Mas à Anvers. Il poursuit en réalité la politique de mécénat que pratiquait déjà Petrofina qui avait financé la restauration de la maison Erasme à Anderlecht ou les recherches du prix Nobel Christian De Duve. Total Belgique prépare avec La Monnaie un projet innovant de donner accès à l’opéra aux gens en prison ! Il soutient aussi le futur musée de la céramique qui va s’ouvrir à La Louvière.

« La culture est un chemin de construction de soi et de respect des autres, de compréhension du monde. »

Auteur: GUY DUPLAT
Source: La Libre (mis en ligne le 14 décembre 2013)

Contrairement à ce que l’on peut penser, en Europe, la culture n’est pas l’apanage des élites mais une valeur partagée par tous. Même si les perceptions ne sont pas les mêmes à l’Ouest et à l’Est, estime une chroniqueuse belge.

Jusqu’où doivent s’étendre les frontières de l’Union européenne? “Jusqu’aux frontières du gothique”, a répondu un jour un grand Européen, le chrétien-démocrate Helmut Kohl, chancelier de l’Allemagne fédérale de 1982 à 1998. Helmut Kohl a par là même apporté une réponse essentiellement culturelle, et par conséquent européenne. Une interview publiée le 16 novembre dans De Standaard y a fait écho : celle du géant Cees Nooteboom, qui compte parmi les meilleurs écrivains n’ayant jamais reçu le prix Nobel de littérature. Nooteboom est très désabusé par le débat européen, car il ne porte plus sur la culture, sur les idées, mais sur les centimes et les pourcentages. L’Europe dont nous devrions parler, dit-il, est celle “d’Erasme et de Voltaire, de Tolstoï et de Thomas Mann, de Rembrandt et de Botticelli, d’Hegel et de Hume”, et non l’Europe “des trois virgule zéro pour cent” [le rapport PIB/déficit admis par les critères de convergence de l’euro]. C’est tout à fait juste, et Nooteboom est l’incarnation de cette Europe.

Les idées des “pères fondateurs”

Une caractéristique intéressante de sa liste est que tous les noms, sauf un, sont issus de l’Europe occidentale, l’Europe qui utilise l’écriture latine, l’Europe de la Renaissance et des Lumières, l’Europe qui a lancé les idées de tolérance et de gouvernements devant rendre des comptes à des citoyens qui sont plus que de simples sujets. Ce n’est pas exactement le modèle que Tolstoï imaginait. Si la Russie de Vladimir Poutine ne répond pas vraiment à l’idée que nous nous faisons d’une démocratie, cela vient en grande partie de l’évolution très différente qu’a connue l’Europe byzantine, l’Europe de l’alphabet cyrillique.

Cette constatation ne relève pas d’un déterminisme historique. Elle signifie en revanche que l’Europe occidentale et centrale se retrouve davantage dans les idées et les idéaux des “pères fondateurs” que la partie byzantine – la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, une majeure partie des Balkans – qui en outre a été coupée des Lumières, et donc de Voltaire, Hegel, Hume et leurs descendants pendant des siècles d’occupation ottomane. En s’élargissant vers le sud-est de l’Europe, l’Union a partiellement changé d’identité, et cela se remarque et se sent.

La nation est un tremplin vers l’Europe

Un autre facteur intervient. L’Europe que Nooteboom et bon nombre d’autres véritables Européens ont à l’esprit, est une Europe qui risque d’être estampillée “élitiste”. Ici, dans ce pays, on utilise ce mot à tort et à travers, contre tous ceux qui défendent un bon usage de la langue et un enseignement axé sur l’acquisition de connaissances et d’une certaine sagacité, et non sur l’acquisition de compétences utilitaires. Comment entendons-nous former des générations d’Européens sans un solide enseignement de leur propre langue et d’autres langues ?

Un autre homme de culture, [le philosophe flamand] Luc Devoldere, s’est montré un véritable Européen lors de sa conférence sur la pacification à Breda [Pays-Bas], le 9 novembre. Il a conclu son intervention intitulée, “Egarés dans nos langues”, qui devrait constituer une lecture obligatoire partout aux Pays-Bas et en Flandres, par les propos suivants : “Peut-être qu’aux derniers instants de ma vie, moi qui fais preuve d’un sentimentalisme pragmatique envers les langues, je soupirerai à l’idée du celte que j’ai perdu, je marmonnerai quelques mots en latin, je chanterai en italien, je rêverai en français et je mourrai dans mon flamand occidental. Mais j’aurais veillé en néerlandais et au néerlandais. Voilà”. Ou comment devenir un vrai Européen, en étant enraciné dans sa propre langue et sa propre culture et en les aimant. La nation est effectivement un tremplin vers l’Europe, et non, comme les partis populistes le proclament actuellement, un repli sur son propre petit monde.

Joseph Goebbels, confident d’HitIer et responsable de sa propagande, a dit un jour : “Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver”. L’Union européenne est construite sur l’idée totalement opposée que, lorsque nous voyons un revolver, nous sortons notre culture. Si nous voulons éduquer les jeunes générations dans la paix, dans l’Europe, nous devons les éduquer dans cette culture, qui n’est pas “élitiste”, mais fait partie de notre héritage à tous.

Auteur: Mia Doornaert
Source: Presseurop (mis en ligne le 22 novembre 2013)

Le futur statut social des artistes suscite ce vendredi 13 décembre une manifestation devant le ministère de l’emploi.

Les artistes sous contrats précaires (l’immense majorité; en France, on les appellerait les « intermittents du spectacle ») sont à nouveau dans la rue. Du moins les jeunes sortis des six écoles d’art dramatique et qui mènent la contestation contre le projet de statut voté partiellement mardi à la Chambre, dans le cadre du vote sur la Loi-programme.

Ces jeunes sont très concernés par le relèvement important du nombre d’heures à prester, par le filtre nouveau d’une commission qui fera le tri et par le flou qui domine encore. Ils appellent à une manifestation du secteur culturel ce vendredi 13 décembre à 13h devant les bureaux du ministère de l’emploi, devant le bureau de la ministre Monica De Coninck.

On lit dans leur appel : « Un arrêté royal est sur le point d’être signé. Cet arrêté a pour but de réformer le statut d’artiste, statut d’artiste qui est on ne peu plus précaire. Nous manifesterons ce vendredi pour demander le gel de cette réforme jusqu’à ce qu’une vraie discussion et une concertation du milieu artistique ait lieu. Cette réforme du statut rendrait tout simplement impossible l’accès à la protection de l’intermittence aux jeunes artistes. Des changements dans le statut sont à faire mais pas de cette manière sans prendre l’avis des premiers concernés, c’est-à-dire, le secteur culturel. Cette manifestation est à l’initiative de jeunes comédiens qui se sont réunis dans l’urgence ce week-end afin de réagir au mieux. Tout le secteur artistique est concerné par cette réforme. »

Le dossier est ancien. Les artistes ont longtemps bénéficié d’un régime favorable répondant aux spécificités de leurs métiers, par nature intermittent, sans contrats à longue durée. Les artistes, qu’ils soient créateurs, interprètes ou techniciens, ont par nature des prestations faites d’une suite de très courts contrats à durée déterminée. Ils sont donc souvent dans l’impossibilité de pouvoir émarger au chômage dans leurs « moments creux » car ils ne peuvent justifier d’un nombre suffisant de jours travaillés en continu. Pour eux, on a instauré la « règle du cachet » où ils peuvent réévaluer autrement les jours prestés et atteindre les quotas nécessaires, et « la règle du bûcheron » qui permet à ces allocations de se maintenir.

Mais l’augmentation importante des artistes émargeant à ce statut (passant de 2 076 personnes en 2001 à 8 700 en 2011, hausse due en partie à des abus, mais plus souvent due à l’augmentation des étudiants sortis des académies et écoles d’art) avait amené l’Onem à adopter de manière unilatérale, depuis 2011, des mesures excluant des artistes du régime. On dit que les mesures chaotiques de l’Onem, sans bases légales, ont touché jusqu’à 53 % des artistes. Depuis l’avis du conseil national du travail, puis, deux décisions judiciaires, ont donné largement raison aux artistes. Il fallait légiférer.

La ministre de l’Emploi a préparé un texte, dont une partie est curieusement passée mardi dans le cadre de la loi-programme. On y confirme (la députée Ecolo Zoé Genot l’a fait dire à la ministre), au grand dam des intéressés, que les techniciens du spectacle seront dorénavant exclus du statut d’artistes sauf s’ils font la preuve que leur travail est « artistique ». Et on crée une « commission ‘artistes’ » qui sera chargée dès le premier janvier, de délivrer le « visa » pour avoir droit au statut. La commission, encore à constituer, sera composée d’un représentant de l’Onem, un de l’Inasti, un de l’Inami, 3 représentants syndicaux, trois patronaux, un représentant des Communautés et 3 représentants du monde artistique.

Pour les manifestants, cette réforme s’est faite sans la concertation nécessaire avec les principaux intéressés et ils le diront aujourd’hui.

Auteur: GUY DUPLAT
Source: La Libre (mis en ligne le 13 décembre 2013)

Ouverture, ce jeudi, d’un nouveau musée à Bruxelles: le « Musée Fin-de-Siècle ». Rencontre avec Michel Draguet, directeur de l’établissement.

Quatre ministres et la princesse Astrid seront là, ce jeudi, pour l’ouverture du nouveau Musée Fin-de-Siècle, dans l’ancien musée d’Art moderne (entrée par la rue de la Régence), dépendant des musées royaux des Beaux-Arts, sous le musée Magritte. Un événement, car il est rarissime que de nouveaux musées s’ouvrent.

Il s’ouvre aussi dans une atmosphère de polémiques après l’accident qui a entraîné la fermeture précipitée de l’expo van der Weyden et alors que rien n’est encore décidé sur l’emplacement où pourront se redéployer les collections du musée d’Art moderne, fermé il y a 3 ans pour accueillir ce nouveau musée qui se déploie de l’étage -5 jusqu’au -8.

A la veille de cette inauguration, nous avons rencontré Michel Draguet, le directeur.

Quelle idée y a-t-il derrière ce musée ?

L’idée était de regarder nos propres collections pour l’époque charnière allant de 1880 à 1914. Une époque très riche, commencée en 1880 par des revues comme « L’art moderne » qui furent à la base de deux mouvements artistiques majeurs, les salons des XX et de La Libre Esthétique. Cette époque fut, comme ailleurs en Europe, une époque de redéfinition de l’art moderne. J’ai un peu élargi la plage pour commencer déjà en 1868 avec la Société libre des Beaux-Arts qui incarnait l’avant-garde avec Rops, Stevens, etc. Il y a, dans cette période, une vraie rupture, l’idée qu’on pouvait transformer l’avenir en travaillant sur le présent, en étant une avant-garde. La suite du récit sera, j’espère, à l’ordre du jour quand on pourra enfin aménager dans l’ex-Vanderboght et y redéployer nos collections d’après 1914. La balle est au gouvernement.

Le musée est-il si riche pour cette période « Fin-de-Siècle » ?

Nous avons peu d’impressionnistes français, mais on a des préraphaélites et surtout Seurat, Gauguin, Rodin, car ils passèrent par les XX et La Libre Esthétique. Notre projet est plus global, il inclut les écrivains (Maeterlinck, Verhaeren), les opéras, les arts dits décoratifs qui avaient alors la revendication de devenir des Beaux-Arts. A l’époque, on avait séparé les deux, cantonnant les Arts décoratifs dans un musée dit des « arts industriels » sur lesquels d’ailleurs on imposait une taxation absente des Beaux-Arts. Emile Gallé a alors milité pour cette réunion des arts. Nous avons voulu dépasser ces classements, cette segmentation, pour redonner une idée d’un projet global lié à une époque où la Belgique était la seconde puissance économique du monde, derrière l’Angleterre. Bruxelles était un lieu central en Europe, un pôle en arts. Nous avions Stevens, Meunier, Khnopff, Van de Velde, Spilliaert, Ensor… Même si Ensor a choisi, à contre-courant des autres, une sorte de marginalité. Bruxelles était, à cette époque, un carrefour vivant, un moment merveilleux de créativité qu’on n’a plus jamais connu ensuite. C’est ça qu’on veut faire revivre.

Le résultat est conforme à vos attentes ?

Il est un peu trop pictural à mon avis. J’aurais voulu davantage encore intégrer les autres arts, comme l’architecture, les ivoires, l’Art nouveau qui se trouvent au musée du Cinquantenaire, mais je n’ai pas voulu déplacer des pièces de ce musée même si cela aurait un sens évident. J’espère que ça se concrétisera un jour quand on pourra déménager le MIM vers le Vanderboght et transformer l’Old England en musée Art nouveau relié à ce Musée Fin-de-Siècle par un souterrain.

La collection Gillion Crowet forme comme un musée dans le musée. C’était une obligation de la traiter séparément ?

Oui, lors de la dation à la Région bruxelloise, il était dit que la collection devrait rester comme un tout. Ils ont fait les travaux de leurs salles, et ont fait la scénographie dans le but de magnifier les objets dans leur beauté. Leur partie est un moment spectaculaire, mais qui ne termine pas le parcours, c’est un temps fort avant que le visiteur continue, entre autres, vers le cinéma nouveau.

Le musée sera à la pointe de la technologie ?

Par certains côtés, oui, avec les éclairages LED, l’iPad à la place de l’audioguide, etc. Le musée est un spectacle, un spectacle éducatif.

On a beaucoup parlé de l’occultation du puits de lumière, cause de la catastrophe à l’exposition van der Weyden.

Il est toujours prévu de placer une bâche permanente au-dessus du puits (on ne change pas l’architecture, le puits est parfois vu par le public comme un dépotoir). Cette occultation doit permettre de faire des projections depuis le musée. Le marché pour ces travaux date de mars 2012. Il était prévu de les faire cet été. Cela ne devait pas être plus risqué que de planter un tableau sur un mur à côté d’un autre. Mais la firme, pourtant spécialisée en monuments historiques, a attaqué au marteau-piqueur, puis a fait des carottages qui ont démoli l’écoulement d’eau de la Place royale et provoqué les infiltrations qui continuent. On a immédiatement fait tout arrêter et pris nos responsabilités. Mais si vous appelez un plombier qui fait mal son travail, ce n’est pas vous le responsable. On va faire des tests avec des colorants pour voir si les infiltrations continuent. Il faudra évaluer le préjudice et voir si les assurances du sous-traitant nous remboursent, sinon on ira en justice. Tout cela prendra du temps et il est possible (pas décidé), si l’étanchéité n’est pas encore garantie à cette date, qu’on doive renoncer à l’exposition suivante prévue en mars sur l’influence du Pop sur le design, qu’on présente avec le Vitra Museum et qui est déjà à Londres.

Quel est le coût de ce nouveau musée ?

Les Gillion Crowet ont donné un peu plus d’un million d’euros et ils déposent encore des œuvres en plus de la dation. Grâce aux bénéfices du musée Magritte, nous payons deux millions pour la muséographie et le multimédia et la Régie des bâtiments paie 4 millions. Il n’y a, hélas, pas de sponsors privés à ce stade.

Il y a aussi le coût du déménagement du musée d’Art moderne. Votre prédécesseur Philippe Roberts-Jones regrettait qu’on n’ait pas mis la collection Gillion Crowet dans les extensions du musée, toujours fermées ?

Cela n’a jamais été à l’ordre du jour. Ces extensions sont encore en pleins travaux. On a dû désamianter, il faut refaire le toit. On en a sans doute encore pour 20 millions d’euros et personne ne sait quand cela sera fini. La Régie a d’autres priorités. Et quand ce sera fait, on retrouvera enfin le rez-de-chaussée pour nos grandes expositions et les deux étages au-dessus pour l’Art ancien, réduit pour l’instant à 1/3 de sa surface normale, en un circuit des chefs-d’œuvre.

Devant la contestation qui reste vive face à la fermeture du musée d’Art moderne, vous n’avez pas de regret ?

Nullement. C’était la seule solution. Nous étions à l’étroit. Il fallait redéployer les collections, Nous le faisons pas à pas.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 05 décembre 2013)