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L’appel d’offres pour choisir l’artiste pour Venise 2015 suscite la polémique.

On s’y attendait : la Communauté française s’était fait taper sur les doigts par le Conseil d’Etat qui avait cassé le choix d’Angel Vergara pour la représenter à la Biennale de Venise en 2011. Le Conseil d’Etat avait donné raison au plaignant, l’artiste de Charleroi Charles Szymkowicz. Même si cette décision du Conseil d’Etat n’a aucune influence sur un événement déjà passé, elle aura bien de grandes conséquences pour la suite.

Afin de se prémunir contre tout risque juridique, la ministre de la Culture, Fadila Laanan, a en effet lancé le 24 décembre – quasi personne ne l’a su et vu… – l’appel d’offres pour désigner le représentant de la Communauté à la Biennale de 2015, « dans le plus strict respect de la procédure relative aux marchés publics », précise le cabinet.

D’ores et déjà, les milieux artistiques parlent d’ »hyperbureaucratisation » et déplorent cette procédure lourde et aléatoire sur son issue artistique. Plutôt qu’une « juridisation » absolue, il y avait pourtant un autre choix possible : que la ministre assume un choix, sur base d’avis d’experts, en vertu de ses pouvoirs. Comme cela se fait en France ou comme la Flandre l’a fait pour la dernière Biennale où elle avait choisi Berlinde De Bruyckere, alors pourtant que les experts avaient mis en tête Lili Dujourie. Une grande artiste belge nous disait hier sa stupéfaction : « C’est comme si on lançait un appel à candidatures pour le prochain prix Nobel. Il n’y a là pas de point de vue, pas d’ambition artistique affichée, mais bien une grande complexité bureaucratique pour les artistes candidats. »

Au courant de rien…

La première surprise est bien que cet appel n’a fait l’objet, à notre connaissance, d’aucune publicité. Les artistes ou directeurs d’institution que nous avons contactés n’étaient au courant de rien. Alors que les dossiers doivent déjà être rentrés pour le 21 février prochain !

L’appel d’offres prend 25 pages et est conforme aux appels d’offres européens, avec toutes les clauses et arcanes prévues. Ce qui fait dire à un habitué des Biennales que les artistes devront s’entourer, pour rédiger leurs dossiers, de différents spécialistes et « remettre leur projet entre les mains de firmes qui sont avant tout des sociétés du spectacle artistique ».

Si l’appel est ouvert à tous, il y a des conditions dont il est très difficile à ce stade de voir si elles sont trop ou trop peu restrictives : « L’artiste plasticien doit démontrer un lien ou un attachement particulier à Communauté française; il doit au minimum avoir eu une exposition personnelle présentée au cours des 5 dernières années au sein d’un musée ou centre d’art d’envergure internationale situé dans le pays de domicile actuel de l’artiste plasticien et une exposition personnelle présentée au cours des 5 dernières années au sein d’un musée ou centre d’art d’envergure internationale situé hors du pays de domicile actuel de l’artiste plasticien. Il doit avoir eu au minimum, au cours des 7 dernières années, une monographie dédiée à son travail et diffusée par un éditeur reconnu. » Le texte précise la composition du jury qui comprendra un artiste qui a déjà été à Venise, un critique d’art, deux responsables d’institution, trois experts de « compétence internationale » et 3 représentants de la Communauté française. Le budget total du projet ne pourra dépasser 370000 euros (300000 de la Communauté, 60000 de Wallonie-Bruxelles international et 10000 de la société Léon Eeckman). Etonnamment, on lit aussi que le comité d’experts« déterminera l’offre qu’il juge la plus économiquement avantageuse » en fonction de critères.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 07/01/2014)

Thibaut de Coster et Charly Kleinermann forment un étonnant duo de scénographes et costumiers. Rencontre avec deux artistes passionnés qui nous racontent leur métier.

Meilleurs copains d’enfance« , Thibaut de Coster et Charly Kleinermann travaillent ensemble depuis sept ans. L’un scénographe, l’autre spécialisé en décoration intérieure, ils s’entraidaient souvent sur leurs projets respectifs. Un jour, ils ont décidé de s’associer pour mener à bien leurs réalisations tant en théâtre qu’en décoration mais, au fil du temps, la scénographie l’a emporté. Petit à petit, le travail de ces deux perfectionnistes est reconnu, à tel point qu’ils ont dû refuser des propositions cette année et en demeurent surpris tant ce métier est une passion qui leur tient à cœur.

L’ambiance chaleureuse et désuète de brocante années 30 dans « La Revanche de Gaby Montbreuse », c’est eux. Les costumes hilarants rendant obèse la plus mince des comédiennes dans « Do Eat », c’était aussi eux. Le trio d’hôtesses de l’air aux costumes colorés dans un décor blanc pour « Boeing Boeing », c’est encore eux. En 2010, ils ont été nominés dans la catégorie « meilleure scénographie » des Prix de la Critique pour « Le Lieu commun » de François Archambault mis en scène par Miriam Youssef, un tournant dans leur carrière – « même si nous n’avons pas emporté le prix, cela a eu des répercussions« , remarque Charly Kleinermann.

Dynamique

Inséparable, ce duo atypique détonne dans le paysage scénique belge. A l’aise tout aussi bien dans le foyer feutré du Théâtre du Parc, où nous les avons rencontrés, qu’au Théâtre de la Toison d’or, Charly Kleinermann et Thibaut de Coster ne voient que des atouts dans leur alliance. « Etre deux, c’est une force. Nous sommes amis depuis l’école primaire, on se connaît assez pour discuter si nous sommes en désaccord. Dans des théâtres où il y a peu de budget, il nous est arrivé de se partager un salaire à deux, cela ne nous a jamais arrêtés« , explique Charly. « On n’est jamais d’accord pour les chaussures…, l’interrompt Thibaut en souriant. C’est comme un jeu, le metteur en scène tranche. En fait, on forme un trio avec le metteur en scène, c’est une dynamique très porteuse. »

Comme des gosses à Eurodisney

Six à huit semaines de travail intense sont nécessaires pour la conception, la construction et la finition d’un décor ainsi que la confection des costumes. « Une aventure humaine indéniable« , note Charly Kleinermann. Signer à la fois les costumes et la scénographie est un avantage apprécié des metteurs en scène car cela crée une belle cohérence visuelle. « C’est une énorme masse de travail mais nous faisons vraiment partie d’une famille, c’est formidable« , ajoute Thibaut de Coster.

Au terme de ce processus de création, c’est la générale, dernière répétition sans public, qu’ils préfèrent. Là, alors que « tout [leur] appartient encore« , ils ont l’impression que les comédiens ne jouent que pour eux. Puis, plus tard, tapis dans les coulisses, ils se retrouvent « comme des gosses à Eurodisney » en voyant leur scénographie habitée, vivante.

Duo de perfectionnistes

Contactés par le metteur en scène, ils commencent par lire la pièce tout en prenant des notes chacun de leur côté. « A chaque fois, nos idées vont dans le même sens, elles sont déjà associées« , remarque Charly, « Si à un moment il y a un flou, l’un des deux devient moteur et fait rebondir les idées, c’est l’avantage de travailler en binôme. » A la lecture, l’imagination s’emballe, c’est l’heure du « fantasme« , puis ils commencent à créer des dessins préparatoires et des croquis. Quand le projet se concrétise, les scénographes confectionnent une maquette soumise à l’approbation du metteur en scène. Une fois celle-ci validée, les plans et les cotations sont remis aux constructeurs qui réalisent le gros œuvre. « Pour le matiérage, la peinture, les finitions, nous faisons tout nous-mêmes, explique Charly. On adore ! Nous sommes très vigilants sur le choix des couleurs, sur le sol… » « On accompagne le projet jusqu’au bout, dans les moindres détails », ajoute Thibaut. « Cela n’arrivera jamais qu’on nous fasse une commande et qu’une fois le travail terminé, on se dédouane de la création. On est là aussi pour la création lumière qui est très importante, jusqu’à la première et même les jours d’après. » Charly : « Rien n’est laissé au hasard et si, sur mille spectateurs, il n’y en a peut-être que deux qui auront vu un détail, cela compte. »

Fait main

Thibaut de Coster et Charly Kleinermann se qualifient eux-mêmes de « jusqu’au boutistes« . Ils poussent le perfectionnisme jusqu’à créer, patronner et coudre eux-mêmes les costumes de toutes leurs créations. « On fabrique tout, explique Charly. Pour ‘La Dame de chez Maxim’, au Parc, on a créé toutes les robes. Pour les hommes, il y a parfois de l’achat mais tout est customisé ou recoupé. »

« On se rend compte que tout doit passer entre nos mains parce qu’un costume acheté à côté d’un costume créé par nous sur scène, on voit la différence », ajoute Thibaut.

Raconter une histoire

De « La Dame de chez Maxim » de Feydeau mis en scène par Miriam Youssef à « Rien à signaler » de Martin Crimp orchestré par Georges Lini en passant par « Boeing Boeing » mis en scène par Nathalie Uffner au Théâtre de la Toison d’or, il y a d’immenses différences de registres artistiques. « Oui, chacun a une méthode de travail différente. On sait bien aussi qu’au TTO, il faut aller droit à l’essentiel par exemple, explique Charly Kleinermann. En fait, on ne devrait pas reconnaître notre travail, c’est le projet qui doit ressortir, être mis en valeur, et pas une touche ou une marque de notre part. Avec le temps, peut-être que certains commencent à voir qu’il y a quelque chose de commun entre les créations mais ‘Boeing Boeing’ et ‘La revanche de Gaby Montbreuse’, cela n’a rien à voir. »

« Je suis content de ne pas être un artiste qui a une bonne idée et qui la refourgue pendant dix ans, ajoute Thibaut de Coster. Il y a des gens qui ont un univers esthétique très fort, ce n’est pas la vision que j’ai de mon métier. J’imagine des scénographies qui racontent des histoires et qui sont des outils pour les comédiens. La scénographie doit aider le spectateur à entrer dans l’histoire. » A leurs yeux, les costumes et le décor doivent faire partie d’un tout, être au service du spectacle. A eux de s’adapter à l’histoire.

Projets

Alors que « Boeing Boeing » créé à la Toison d’or poursuit son vol au Centre culturel d’Uccle, le duo de scénographes travaille sur une création au Théâtre des Galeries, « La Vérité » de Florian Zeller, mis en scène par Patrice Mincke. « C’est une tournette donc il y a des challenges techniques. Nous sommes en train de choisir les couleurs, le mobilier et les costumes. » Après les Galeries, ils travailleront sur un spectacle jeune public, « Inuit », du Théâtre de la Galafronie. Et bien d’autres projets se cachent dans leurs beaux carnets à dessins.

Auteur: Camille de Marcilly
Source: La Libre (mis en ligne le 08/01/2014) 

« Les gens se rendent compte que les gouvernements, quels qu’ils soient, sont devenus largement impuissants.” Xavier Canonne, le directeur du magnifique musée de la Photographie de Charleroi, analyse cette crise et évoque le rôle de l’art et de la photographie comme “résistance” possible.


Qu’attendez-vous de 2014 ?

Tout le monde parle des élections de mai dont on dit que l’enjeu sera communautaire et qu’elles pourront déterminer l’avenir de la Belgique selon le score qu’obtiendra la N-VA. Mais c’est en partie un rideau de fumée. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les mesures qui suivront les élections et qui me toucheront. Je pâtis déjà de ces mesures de restriction. Le gouvernement actuel donne l’impression d’avoir surtout limité la casse. Mais comme chaque citoyen, je vois ce qui se passe en Grèce, en Espagne, au Portugal, et le cortège d’insatisfactions qui montent. Il y aura aussi le vote pour l’Europe, mais là, au-delà d’un appui de principe à l’idée européenne, on verra combien le citoyen est déconnecté de l’Europe. Il y a bien sûr, la libre circulation et l’euro, mais dans sa vie professionnelle, le citoyen ressent surtout le poids des règlementations qui pèsent sur lui et qui sont très éloignées de l’essentiel qui est la question du bien-être. Je n’attends finalement pas grand-chose de 2014 et je pense que beaucoup sont comme moi : ils attendent du travail, du pouvoir d’achat, des écoles.

Derrière la crise budgétaire, il y aurait une crise démocratique ?

Oui, il y a manifestement une crise de confiance. Et en Belgique, encore plus. Quand on vote pour quelqu’un, on ne sait jamais avec qui il devra s’allier et composer. L’imbrication des niveaux de pouvoir est difficile à comprendre : regardez le MR qui critique la majorité à la Région mais l’appuie au fédéral. Mais le fond de la crise de confiance est la prise de conscience que le pouvoir politique est impuissant face aux enjeux mondiaux. Les hommes politiques pour lesquels on vote n’ont plus qu’un pouvoir très, très limité. Lors de la crise de 1929 aux Etats-Unis, l’Etat avait encore la capacité et les outils pour réagir et susciter le New Deal qui a porté à nouveau, en quelques années à peine, les Etats-Unis vers une économie prospère. Mais ce n’est plus le cas. Un signe est bien qu’un Premier ministre gagne moins qu’un grand patron du privé. Il y a le sentiment qu’un gouvernement, quel qu’il soit, ne pourra pas correspondre aux vœux de ceux qui votent. Regardez comme on envisage seulement maintenant, de, peut-être, séparer banque de dépôts et banque d’affaires, cinq ans après la crise !

Vous êtes un spécialiste du surréalisme en Belgique, la situation est-elle surréaliste ?

On a mis ce mot à toutes les sauces. Mais le vrai surréalisme serait bien utile car il amenait des idées puissantes, transcendantes, qui insistaient sur la condition humaine. Pourquoi suis-je là ? Qu’est-ce que je fais de ma vie ? Magritte a placé ces questions au centre de son œuvre.

La culture est-elle alors une forme de résistance possible ?

 

Les formes d’art qui m’intéressent sont celles qui posent des questions. Les artistes nous offrent des possibilités de nous positionner autour des questions importantes. Un exemple : je visionnais des propositions de photographes dont un reportage sur les potagers urbains. Un sujet qui veut dire bien des choses dans notre vie commune. Nous allons organiser en 2014 une grande exposition sur le photographe de guerre, Gilles Caron. Ses photos nous parlent de toutes les guerres, y compris les actuelles. L’art peut alors continuer à amener le discours, il est le ressac par rapport aux vagues dominantes. J’aime une œuvre qui ouvre le débat. J’aime dire que, plus j’avance dans la direction d’un musée de la photographie, moins je me sens présider un musée d’art. Regardez le travail que nous avons fait sur la photographie de la ville de Charleroi. Le fait qu’une photographie soit belle n’est pas le seul critère, une photo doit induire une forme de questionnement. Les artistes ont toujours été ceux qui montrent la voie, aussi longtemps que l’art ne se confond pas avec le marché. J’aime voir les noms sur les plaques des rues : les artistes y sont nombreux.

L’art et le musée ont donc un rôle citoyen.

La fonction éducative d’un musée comme intermédiaire entre le public et l’artiste est essentielle. On a focalisé à tort le débat sur la gratuité, mais c’est cacher que l’essentiel est dans la possibilité de donner les clés d’accès à la culture, de voir ce qui est inscrit sur la “peau” d’une photographie. Mais cela demande des équipes et du temps.

La culture coûte…

Avec les blocages divers, j’espère en 2014 et 2015 juste maintenir le musée à flot, ne pas casser l’outil, mais quand on me contraint à organiser la gratuité, quand on m’oblige à payer une taxe si je prête une photographie ou une exposition, alors cela devient difficile de gérer des grandes collections et une équipe de 35 personnes. Je n’attends rien avant 2016, après Mons 2015, et de plus, je ne sais ce que deviendra la Fédération Wallonie-Bruxelles. J’aime l’unité qu’elle réalise par la langue mais elle doit gérer toute la culture sans avoir le pouvoir de taxation. Peut-être la région pourrait-elle faire davantage si elle ne confond pas le rôle d’un musée comme le nôtre avec le château de Bouillon. Il faut une fierté pour la culture et une ouverture. La France a cette fierté, portée en plus, par une administration de haute qualité. Nous devons aussi nous-mêmes faire cet effort de répéter que la culture est un secteur économique important. Le spectateur, le visiteur ne voient que le produit final mais il y a derrière ces spectacles, ces expos, des techniciens, du matériel, etc. Je dis souvent que nous (comme le BPS 22 et l’Eden pour prendre le cas de Charleroi) nous sommes des PME. Mais quels sont les hommes politiques qui placent la culture dans leur programme ?

Pourquoi y a-t-il si peu de donations privées en Belgique pour les musées ?

Parce que la Belgique n’existe pas : pas de système fiscal avantageux (aux Etats-Unis, 80 à 100 % peuvent être déduits des impôts), pas de tax shelter comme pour le cinéma, plus de centres de décision des entreprises en Belgique. Mais surtout pas le bon état d’esprit. Aux Etats-Unis, on garde l’idée de donner aux musées, c’est une logique de pionnier. J’ai un jour entendu dans un musée américain qu’ils avaient dû créer une cellule pour “trier” les propositions de dons. “Trier” ! J’ai pleuré quand j’ai entendu cela. On peut réfléchir à des partenariats intelligents avec le monde de l’entreprise mais l’industrie ne peut pas se servir de notre faiblesse pour nous utiliser. Les ministres nous disent qu’il faut chercher d’autres sources de financement. Mais on n’a pas attendu que l’Etat se désengage. Cela fait 14 ans que je cherche ces sommes dans le privé, mais en Belgique, c’est très difficile.

 

On vit dans un monde de plus en plus virtuel où toutes les photographies se font et s’échangent par tous, dans le monde, en un déclic. Pourquoi encore un musée de la photographie ?

Le travail du musée devient celui de valider des choix, de vérifier que les images ne sont pas « bidouillées », de donner du sens à cette multiplication des images. Nous avons un travail de référence et de médiation aussi. C’est comme le cinéma, on peut voir un film sur vidéo mais rien ne vaut la salle, la réaction des gens. Le musée est un espace cérémoniel. Je n’oublierai jamais mes premières visites au musée quand j’étais enfant. Au Jeu de Paume, encore rempli par les Impressionnistes, et que j’ai découvert à 14 ans. Chaque fois que je vais aux Etats-Unis à la Menil Foundation, j’ai la même émotion. Un musée est aussi un lieu de sédimentation du temps, un endroit où les strates de l’histoire se sont posées. Je me battrai toujours contre l’idée qu’avec les technologies nouvelles, le musée deviendrait inutile. C’est comme si on disait qu’on pouvait désormais faire l’amour virtuellement sans rencontrer le corps de l’autre. Le musée raconte une histoire et en Belgique, nous avons peut-être une histoire moins glorieuse que celle vantée par de Gaulle pour la France (je suis un homme de gauche et pourtant, grand admirateur de de Gaulle). Mais la Belgique a, malgré ses petitesses, ses difficultés, de très grands artistes. Ils ont poussé dans ces ruelles de l’ombre, dans ce ressac, dans cette résistance face à la petitesse, dans cette liberté protégée de visions de grandeur régulatrice. Qui aurait pu imaginer que le surréalisme se développerait de manière si extraordinaire en Belgique comme le montre notre grande exposition sur Marcel Marien, et libéré d’André Breton ? Et qui aurait pu imaginer le grand succès que connaît le cinéma belge ?

Comment devient-on directeur de ce musée ?

Le surréalisme est une passion que j’ai acquise dès l’adolescence. Mon père connaissait Achille Chavée. A 16 ans, je me passionnais pour Fernand Dumont. J’ai rencontré sa veuve qui m’a dit d’aller voir Scutenaire et les autres. A 14 ans, je me souviens d’avoir été fasciné par une expo au Grand Hornu, « Miroirs de l’irrationnel » avec des « mondrianeries » de Marcel Marien. Mais à côté de cette passion, j’ai longtemps dirigé le service des collections de la Province du Hainaut (ce qu’a fait ensuite Pierre-Olivier Rollin). J’ai vu alors dans les salles de ventes, depuis le début des années 90, la place sans cesse croissante de la photographie. A l’époque, on aimait Doisneau, Ronis – et je garde une grande tendresse pour eux – mais on découvrait toutes les autres photographies, comme la plasticienne.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 5/01/2014)