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La chronique d’un journaliste sportif et le laisser-faire du quotidien ont entraîné la rupture d’une collaboration qui durait depuis 10 ans.

La nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe dans le secteur culturel et des médias, tant elle est peu usuelle : le KVS, théâtre royal flamand à Bruxelles, a annoncé qu’il rompait sa collaboration de dix ans avec le quotidien flamandDe Morgen. C’est le motif qui est extrêmement fort : le théâtre qui a fait des liens entre les cultures et particulièrement de la promotion de spectacles d’artistes africains, estime que De Morgen n’est plus le rempart contre la banalisation du racisme à l’œuvre en Flandre.

En cause, la publication d’une chronique signée du chroniqueur sportif Hans Vandeweghe, qui déclarait notamment que les joueurs de foot africains ne savaient pas se concentrer durant six semaines – un des motifs pour lesquels ils ne gagneraient jamais une Coupe du monde-. Les protestations non officielles du KVS auprès du Morgen n’ayant pas été suivies de réaction de la part du journal – mais au contraire d’une réplique cinglante et publique du même Vandeweghe, connu pour ses propos provocants, sinon excessifs -, le théâtre, par la voix de son directeur Jan Goossens mais surtout de « l’équipe du KVS dans sa totalité » ont signé un long communiqué dans lequel ils expliquent leur décision. «Quand trop d’hommes politiques se taisent, et quand les médias dits progressistes en font autant, il revient au secteur culturel subsidié de donner un signal sans ambiguité. » Une phrase qui fait ironiquement allusion au commentaire de Vandeweghe sur le politiquement correct d’organisations paroissiales subsidiées. D’où la fin du partenariat qui unissaient un théâtre et un journal, longtemps complices.

 

Texte complet du communiqué

Après ses ‘constatations empiriques et statistiques’ à l’égard des Africains (DM/07.06) et sa revanche aux relents rassis à l’égard des pinailleurs dont certains ne se sont pas même exprimés publiquement (DM/12.06), nous sommes dans l’expectative, au KVS, quant à la chronique du journaliste sportif et autoproclamé ‘amoureux de l’Afrique’ Hans Vandeweghe le lendemain de la victoire de la Belgique à la Coupe du monde. Ecrira-t-il qu’il était heureux que nos piliers Kompany, Lukaku et Dembélé aient été entourés de suffisamment de footballeurs blancs et autochtones comme De Bruyne et Mertens ? Que les Diables Rouges n’auraient autrement jamais pu se concentrer six semaines sur le même but ?
Sinon, si les Diables perdent prématurément, devra-t-on l’imputer au collectif ou seulement à la faculté de concentration des footballeurs aux racines africaines ? Ou non ! Peut-être le capitaine Kompany – récemment encore rédacteur en chef invité du DM – avait-il engagé le mauvais sorcier !
Le KVS n’attend pas la prochaine bévue de Hans Vandeweghe, mais met aujourd’hui un terme à sa collaboration de plus de dix années avec De Morgen.
Pour commencer, nous trouvons que le racisme, tant déclaré que camouflé, se trouve à nouveau pleinement relativisé et justifié, sous couvert de ‘bonnes convenances’. Quand trop d’hommes politiques se taisent et que des médias prétendument progressistes y prennent part, que le secteur culturel subventionné donne donc un signal sans ambiguïté. De plus, nous avons été surpris par les échanges que nous avons eus récemment avec celui qui est notre partenaire média depuis des années. Après avoir discrètement fait part au journal De Morgen de nos questions au sujet des déclarations de Vandeweghe, pour toute réponse, nous avons reçu un seul coup de téléphone, lors duquel il nous a été expliqué qu’au fond, le problème était de notre côté. Nous devions placer les badineries de Vandeweghe dans leur contexte de coupe du monde. Bien qu’il fût écrit ‘Africains’, cela ne concernait que des footballeurs, nous ne devions pas chercher plus loin. Nous avons gardé le silence, nous voulions, faute de mieux, laisser passer l’affaire, et voilà que le lendemain on nous servait une chronique qui, dans le journal, était intitulée ‘Pas lire !’ et sur le site ‘Hans Vandeweghe risposte !’.
En mâle blessé, Vandeweghe cognait de façon hystérique sur tous ceux qu’il pensait prendre en flagrant délit de tournure de pensée dissidente. Il n’était pas courageux, il ne nommait personne. Mais les piques à l’encontre des twitteurs et des bloggeurs ‘sans followers’ et les ‘salles paroissiales sursubventionnées’ étaient encore moins subtiles. Bref : Vandeweghe et De Morgen auraient pu choisir de rectifier ou de lever le pied. Ils ont choisi de faire un arrogant doigt d’honneur. A de nombreux lecteurs de De Morgen qui ont, à juste titre, fait connaître leur mécontentement et à toute la ‘Flandre politiquement correcte’. Après la querelle Obama, on aurait pu penser que la diplomatie raisonnable l’emporterait sur la provocation brute.
Et la Flandre ? Elle est obstinée.
La raison principale de l’arrêt de la collaboration avec De Morgen réside dans l’essence même du KVS, dans son projet et dans son équipe. La semaine passée, nous avons monté à Vienne la production Coup Fatal, pour laquelle le contreténor congolais Serge Kakudji, le chorégraphe belge Alain Platel et treize musiciens majeurs de Kinshasa se sont concentrés, pendant des mois, au KVS, sur un même but. Le résultat était à la hauteur : cette première série de représentations au Burgtheater de Vienne a été saluée par un enthousiasme effréné. Même si les musiciens ont quelques fois été confrontés à Bruxelles à du racisme belge autochtone, ils considèrent désormais le KVS comme leur foyer. Nous les considérons comme des artistes du KVS du même calibre que Josse De Pauw, Arno Hintjens ou Tom Lanoye. Parallèlement, cela fait des années que nous travaillons avec d’autres artistes et intellectuels africains. Le chorégraphe congolais Faustin Linyekula joue à Avignon, à Berlin et à Londres devant des salles combles, mais son pied-à-terre européen, c’est le KVS. Rokia Traoré, chanteuse malienne de réputation mondiale, s’est produite plusieurs fois dans nos salles et le mois prochain, elle enregistre son nouveau cd à Bruxelles. Et Achille Mbembe, penseur africain éminemment influent pour qui l’on déroule le tapis rouge de Harvard à Berkeley, a donné fin mars une conférence dans la salle Bol du KVS. Ajoutez les différents collaborateurs du KVS d’origines africaines, les nombreux Bruxellois africains qui font partie de notre public, le fait que dans nos murs, on parle constamment quatre ou cinq langues, la conclusion s’impose. En 2014, le KVS fonctionne en tant que théâtre de ville bruxellois au cœur de l’Europe, où le métissage, le multilinguisme et le respect de la diversité ne reposent pas uniquement sur des convictions vitales, mais sont aussi une réalité inéluctable.
Faire en sorte que dans cet environnement complexe mais fascinant, tous les artistes et collaborateurs se sentent le mieux possible dans leur peau pour donner le meilleur d’eux-mêmes, c’est un travail vigilant et engagé, de chaque jour. Par égard pour cette équipe du KVS, il n’est plus possible de défendre une collaboration structurelle avec un journal qui, dans ses colonnes, diffame les gens, en images ou en mots, uniquement parce qu’ils ont une autre couleur de peau. Ou qui, il y a quelques années, bannissait, avec beaucoup d’aplomb, le mot ‘allochtone’ en Une, puis dans les pages sportives érigeait autour de ‘l’Africain’ un cordon de clichés primaires et de sordides propos de comptoir.
Le supplément sport qui sert de réserve autochtone où nous pouvons nous défouler allègrement entre potes flamands ? On ne peut manger à deux râteliers à la fois. Il est frappant de constater, d’ailleurs, que beaucoup d’autres journaux de qualité en Belgique et à l’étranger appliquent les mêmes exigences de qualité dans leurs pages sportives que dans leurs autres suppléments. Jamais on n’y voit d’articles intitulés ‘Pas lire !’.
Nous ne prenons pas cette décision avec plaisir, mais à contrecœur. Certains d’entre nous ont un lien personnel avec le journal progressiste De Morgen. Pendant des années, nous avons été voisins et nous avons collaboré sur des projets communs. Nous restons bien évidemment fans des positions antiracistes d’Yves Desmet, des chroniques bruxelloises de Bart Eeckhout, des contributions sur l’Afrique de Koen Vidal, des reportages de Douglas De Coninck et les opinions de Ward Daenen. Ils sont en flagrant contraste avec les écrits de Vandeweghe.
Mais nous avons perdu la piste du journal, et ce qui était jadis un projet clair et progressiste, subit la pression de trop de dérapages qui passent, de façon inexplicable, à travers les mailles des mécanismes de contrôle. De l’affligeant cartoon sur Obama à la déclaration sans fondement au sujet des femmes marocaines et turques, de la faim dans le monde, récemment, aux chroniques sportive de Vandeweghe : comprenne qui pourra.
Pouvons-nous également rappeler que monsieur Vandeweghe n’en est pas vraiment à son coup d’essai ? Le 7 mai 2007, il écrivait dans DM au sujet du tennis féminin et de Serena Williams : ‘Nous parlons ici d’un sport qui est une farce, où cette année une grosse négresse est venue de sa plage de Floride, a fait deux profondes génuflexions et à sa grande surprise a constaté qu’elle pouvait se relever sans aide, dans la foulée elle a commandé un billet pour Melbourne et a remporté sur place le premier grand chelem de l’année.’ Le 10 novembre de cette même année, il qualifiait, de nouveau dans DM, le tennis féminin ‘d’engraissage’ et Serena Williams de ‘la Truie suprême’. Le 7 décembre 2013, il écrivait dans De Standaard et dans une chronique intitulée ‘FC Homo’ : ‘L’homosexualité en sport est un sujet chargé. En premier lieu, pour les holebi’s qui n’ont aucune affinité avec le sport mais qui pensent que tous leurs congénères sont remisés de force dans le placard par ces effroyables machos et bitches d’hétéros. Mauvaise supposition. J’ai pratiqué le sport d’équipe pendant 17 ans dans 14 équipes différentes et je ne me souviens d’aucun homo.’
Les nègres, les femmes, les homos : c’est une liste bien connue. Dans ‘Comedy Casino’, cela passerait peut-être de justesse. Le journalisme de qualité ‘empirique’ nous semble d’un genre fondamentalement différent.
Le KVS veut-il dans ces lignes dépeindre Hans Vandeweghe comme un incorrigible raciste et réduire tous les récents incidents en Flandre teintés de racisme à ses impairs ? Deux fois non. Le cartoon Obama, le graffiti nègre sur la façade de Peter Verlinden et certainement le dossier sur le racisme au sein de la police anversoise qu’un autre journal flamand a publié, et qui a reçu un accueil particulièrement tiède : ceux-là sont d’un autre calibre.
Mais tous ces incidents réunis créent un climat où le racisme, petit et grand, devient de plus en plus socialement acceptable. Le KVS s’en inquiète. Nous sommes aussi d’avis que le journal De Morgen se trompe terriblement d’adversaire et de combat lorsqu’il encourage les invectives à l’encontre des Africains dans ses pages, ou à l’encontre de la Flandre politiquement correcte ou sursubventionnée, qui apparemment, peut juste la fermer. N’est-ce pas là, justement, qu’il devrait chercher ses lecteurs de demain ? Parmi les urbains de plus en plus nombreux, jeunes, instruits, curieux, cultivés et cosmopolites, dont les origines et la réalité s’entremêlent de façon irréversible ?
Quoi qu’il en soit, dans ce théâtre flamand, nous sommes convaincus que c’est précisément là que se trouvent notre avenir, nos artistes et nos publics. Le KVS nourrit plus que jamais l’ambition de s’ouvrir tout grand au monde qui habite aujourd’hui déjà en Flandre.
Incontestablement, un nouveau mouvement est nécessaire, qui change la vanne ressassée ‘politiquement correct’ en qualificatif positif et qui s’engage sans compromis dans la lutte contre le racisme émergent. Les mots vigilants d’entrepreneurs comme la designer bruxelloise Rachida Aziz forment dans ce cadre un fil conducteur indispensable. Elle écrivait récemment dans De Standaard : ‘En 2020, deux jeunes sur trois à Anvers auront un passé d’immigration. A Bruxelles, dans certaines communes, aujourd’hui déjà, plus de 90% des habitants ne sont pas autochtones. Ce sera un coup très dur pour l’économie si ces personnes sont exclues en tant que client ou employé. La Belgique le comprend, mais elle choisit explicitement de ne pas réagir. Cela provient du fait que le racisme est profondément ancré dans notre société.’
Toute l’équipe du KVS

 

Le Rideau voit peu à peu le bout du tunnel. Et au bout, il y a la lumière. Après un concours, il a choisi le bureau Ouest Architecture pour construire son nouveau théâtre au 7A de la rue Goffart à Ixelles. On sait qu’il a dû subir longtemps le risque du nomadisme, sans lieu fixe, accueilli par divers théâtres bruxellois, avant de recevoir de la commune d’Ixelles l’ancien théâtre de l’XL-Théâtre. Un lieu qu’il devait fondamentalement rénover.

La tâche était délicate, car l’implantation de ce petit théâtre en plein tissu urbain, dense, à deux pas de la porte de Namur, était difficile. La commune a fait « cadeau » en plus de l’ancien XL-Théâtre, d’une petite maison supplémentaire qui jouxte le théâtre et permet à celui-ci de s’étendre. La jauge de la salle qui n’était que de 127 places passerait donc à 160 voire 170 places.

Le bureau choisi, Ouest Architecture de Stéphane Damsin, réalisa déjà les Ateliers Claus à Saint-Gilles. Leur idée principale est d’utiliser le patio vert actuel, typique des îlots bruxellois, pour en faire le pivot du théâtre. Il serait comme un cube en verre faisant entrer la lumière dans toutes les parties du théâtre. Il serait traversable le jour et fermé la nuit pour préserver les voisins.

D’un côté, on aurait la salle débarrassée de son estrade, agrandie avec, à l’arrière, dans la petite maison jointe, les locaux techniques. De l’autre côté, un bar d’accueil avec une ouverture au plafond pour la lumière zénithale. A l’avant, des espaces pour les ateliers pédagogiques, mais où pourraient aussi avoir lieu des lectures, des pré-spectacles, des activités de jour. Le patio servant de repère dans la circulation.

La relative exiguïté des surfaces amène les architectes à jouer la transparence et la flexibilité. La transparence pour montrer aussi que le slogan nouveau du Rideau, « Maison de théâtre », est bien réel.

Saison 2014-2015

De la rue, on verra le Rideau grâce à une vitrine ouvrant sur l’intérieur et un panneau géant pour accueillir une affiche ou un film.

Ces travaux coûteront 550 000 euros, dont 200 000 ont été attribués par des aides de la Loterie. Pour le reste, le Rideau contractera un emprunt. Pour pouvoir le rembourser, il aura bien besoin des subventions prévues par le contrat-programme (et leurs indexations) mais on sait que tous les contrats programmes ont été remis à plat, et que le prochain ministre devra décider en fonction des budgets possibles. Un danger subsiste donc. Le Rideau veillera à l’écologie. Les sièges de sa nouvelle salle seront par exemple les sièges recyclés de la salle du Bottelarij à Molenbeek.

Compte tenu des autorisations diverses à demander, les travaux ne commenceraient qu’en janvier 2016 et le nouveau théâtre serait inauguré en septembre 2016. En attendant, le Rideau utilisera bien la prochaine saison la salle actuelle à la rue Goffart, et y donnera de nombreuses créations (dont « De la beauté » par Pascal Crochet, « Démons me turlupinant » mis en scène par Antoine Laubin, « Intérieur voix » de Delphine Salkin, « La vraie vie » mis en scène par Jérôme Nayer ou « Abîme » monté par Michael Delaunoy), mais aussi des débats et animations. Le Rideau jouera aussi dans des théâtres « amis », le Marni (avec la création de « Vania » par Christophe Sermet) et l’Atelier 210. La saison dernière, le Rideau a donné 100 représentations à Bruxelles et 80 en tournée, avec un remplissage de 80 % qui indique que le nomadisme n’a pas trop nui à son public.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 17/06/2014) 

 

Après plusieurs semaines de mobilisation, des milliers de manifestants se sont réunis ce lundi à Paris pour demander au gouvernement de ne pas accepter l’accord sur l’assurance chômage. 

 

«Les aventuriers de la culture perdue», «Ils sont fous au Medef !» ou encore «The chô-meur go on!»… Les pancartes brandies devant le ministère de la Culture à Paris ce lundi après-midi par plusieurs milliers d’intermittents du spectacle ne manquaient pas de créativité, ni de références cinématographiques. A l’origine de leur colère, l’accord sur l’assurance chômage signé entre les syndicats et le patronat le 22 mars, qui durcit leurs conditions d’accès aux indemnités. Celui-ci devrait être approuvé avant la fin du mois par le gouvernement, toujours inflexible aux demandes de renégociation des intermittents.

Arrivés parmi les premiers sur les lieux de la manifestation, Stéphane Blanche et Hervé Coudère, permanents au Théâtre du Rond-Point, déploient leur banderole. Il est à peine 13h30 et la place est encore déserte, mais ils ont tenu à «venir soutenir leurs collègues intermittents». «On n’est pas contre la réforme, expliquent-ils, il en faut une. Mais on ne peut pas accepter celle-ci. D’autant plus que pendant la présidentielle, Aurélie Filippetti s’était engagée à ne jamais toucher aux intermittents. Ça ressemble beaucoup à une trahison

A quelques pas de là, des marionnettes géantes et colorées se hissent hors de la foule, qui progressivement se densifie. «Nous avons des propositions», affirment les banderoles brandies par leurs bras en papier mâché. Aux commandes de l’un de ces personnages, Raphaëlle, une jeune femme menue membre de la compagnie Les grandes personnes, «aimerait que le gouvernement dise non à l’accord conclu entre les syndicats et le patronat». Elle aussi dénonce une traîtrise. «C’est étonnant qu’un parti de gauche oublie nos droits sociaux», ajoute-t-elle, sans vraiment croire à un retour en arrière du gouvernement.

Comme elle, Virginie, qui travaille dans l’animation, un secteur très représenté lors de cette manifestation, est perplexe. «On aimerait que le gouvernement dise non à cet accord, mais on sait bien qu’on part perdant. Tout est déjà joué.» Pour elle, comme pour beaucoup d’intermittents, «le plus incroyable», c’est la position du ministre du Travail, François Rebsamen. «Il a complètement changé d’avis depuis son arrivée au gouvernement sur le statut des intermittents.» Avec Anthony, infographiste, ils sont effrayés par les délais de carence que cet accord prévoit pour percevoir des indemnités de chômage. «Deux à trois mois sans salaire, c’est impossible pour nous. On ose à peine imaginer comment on fera pour vivre

UNIS POUR MIEUX PESER

De l’autre côté de la place, une montgolfière arborant le logo de la CGT s’élève doucement d’une camionnette. Autour, un groupe de cinq manifestants brandit les drapeaux de leur syndicat. Tous ne sont pas issus du monde du spectacle. «Je suis chômeur et tout aussi concerné par cette réforme que les intermittents», explique l’un d’eux. «Elle concerne tous les précaires, tous ceux qui sont concernés par l’Unédic.» Pour Alain Florin, secrétaire syndical de la CGT-Chômeur à Paris, «c’est le mouvement de la dernière chance». «Il faudrait que le gouvernement prenne conscience que les promesses qu’il a faites aux Français n’ont pas été tenues. On remet en cause les services publics, les retraites et maintenant l’assurance chômage. Cette manifestation, c’est une fronde contre le gouvernement

Alors que l’horloge du ministère de la Culture affiche 14h30, la musique retentit de plus belle. Quelques guitaristes et un batteur rejoignent une estrade placée devant le bâtiment. Au micro, l’appel à la manifestation retentit sous des applaudissements assourdissants. La place est désormais noire de monde – près de 10 000 personnes selon la CGT. Même les cheminots d’Austerlitz et Sud Rail sont au rendez-vous. «Pour soutenir des salariés qui, comme nous, sont en lutte», explique Fabio Ambrosio, aiguilleur et membre du syndicat. Un peu plus loin, sa collègue de Sud Culture demeure sceptique. «Il faut rassembler et être le plus nombreux possible pour parvenir à renégocier cet accord. Mais on voit bien avec l’exemple de la SNCF que ce sera difficile. Déjà six jours de grève, et on n’a pas l’impression que le gouvernement soit très attentif aux revendications.»

Auteur: Aude Deraedt
Source: Libération (mis en ligne le 16/06/2014)

Ekaterina Samutsevitch, 31 ans, participe ce soir à 21h30 à Bozar à un débat sur « Arts, genre et activisme » dans le cadre de « L’été de la photographie ». Elle faisait partie des trois Pussy Riot emprisonnées pour avoir entonné un chant punk anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou. Condamnée à deux ans d’emprisonnement, elle fut libérée en septembre 2012. « Je ne viens pas comme membre des Pussy Riot, nous dit-elle d’emblée. Le groupe existe encore mais composé de membres anonymes agissant underground. Je viens comme artiste activiste et féministe. Avec Natalia Eryomenko qui est avec moi, nous sommes membres d’une fondation, la Vera Ermolaeva Foundation, dont le but est l’art et le féminisme. C’est une plate-forme pour aider les artistes et les femmes. »

Ekaterina Samutsevitch constate qu’après les jeux de Sotchi où tous les yeux étaient braqués sur la Russie, la situation est « redevenue comme avant », voire « pire« . Les tensions en Ukraine n’ont fait qu’ »exacerber le nationalisme en Russie ».

Comment peuvent-elles, comme artistes, jouer avec les lignes rouges du régime ? « La Russie reste une société très conservatrice axée sur les valeurs familiales. Par définition, nous agissons sur les lignes rouges, sur les bords, comme le faisaient les Pussy Riot. Nous parlons d’actionnisme et plus d’activisme. L’activisme est lié plus directement à la politique, l’actionnisme est la manière d’agir via l’art. »

Parler d’actionnisme renvoie aux actionnistes viennois, aux Guerilla Girls américaines. Sont-ils des exemples pour elles ? Elles connaissent bien tous ces précédents et s’en inspirent.

Eglise et KGB

Comment jugent-elles la situation des femmes en Russie, coincées entre le régime de Poutine et les prescrits de l’Eglise orthodoxe ? Elles répondent d’un trait : « Mais les deux sont interconnectés. Le patriarche de Moscou est un ancien du KGB. Poutine et lui sont liés. C’est plus une question de monnaie et de pouvoir qu’une question de religion. »

La situation pour les libertés est devenue pire jugent-elles. « Une des dernières lois promulguées, et cela suscite l’inquiétude même des juges, autorise à poursuivre quelqu’un, n’importe qui participant à une manifestation en le jugeant personnellement responsable de tout ce qui s’y passe. Pour la cause des femmes, on pouvait encore, il y a deux ans, manifester en rue pour la journée mondiale de la femme, aujourd’hui cette manifestation est interdite. »

Jugent-elles que l’Occident réagit assez à tout cela ? « Il est évident que Poutine utilise le gaz pour faire taire l’Occident. Il faudrait pourtant collaborer de part et d’autre, car nous avons parfois le même type de problèmes. Je pense aux nationalismes qui poussent aussi en Occident. Je remarque et je regrette par exemple, que nous artistes russes, ne pouvons plus venir à Kiev depuis le nouveau gouvernement. »

Pour les deux artistes féministes, l’art et les femmes sont-ils les moyens rêvés de faire évoluer la société ? « Bien sûr, c’est notre but. Nous pensons pouvoir faire bouger les choses et c’est bien pour cela que la pression contre nous a été si forte. »

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 17/06/2014) 

 

Dans ses «conférences gesticulées», cet intermittent du spectacle anarcho libertaire étrille la société capitaliste. 

 

Dinosaure post-soixante-huitard ? Saltimbanque révolutionnaire ? Gourou solitaire ? On peine à qualifier Franck Lepage, ancien animateur socio-cul devenu auteur-metteur en scène-interprète de one man show un peu particuliers. Un homme de 60 ans partageant son temps entre le vieux moulin qu’il a retapé dans un coin perdu de Bretagne et les routes de France qu’il sillonne à longueur d’année, de centres sociaux en salles des fêtes et autres théâtres associatifs.

La silhouette imposante, vêtu d’une tunique vert pâle et d’un pantalon de toile, de longs cheveux lui descendant jusqu’au milieu du dos, ce drôle de comique au tutoiement immédiat vous reçoit d’une poignée de main franche et chaleureuse dans son havre de verdure, à une quinzaine de kilomètres de Carhaix (Finistère). Et vous invite d’emblée, très gentleman-farmer, à visiter le jardin qu’il a longtemps cultivé avant de délaisser la bêche et l’arrosoir pour cause d’agenda trop chargé. Au moins l’arrosoir l’accompagne-t-il encore sur scène, puisque c’est l’un des rares accessoires – avec un poireau et un nez rouge – qu’il s’autorise dans le cadre de ses «conférences gesticulées», un concept mis au point au milieu des années 2000, qui connaît aujourd’hui un succès croissant et a fait des dizaines d’émules. «Mesdames et messieurs, je vais vous raconter une histoire…» lance-t-il d’une voix docte et complice à son public. «Mais auparavant…» Et Frank Lepage de dérouler, en s’appuyant de façon hilarante sur son propre parcours, sa pratique du parapente ou ses expériences de jardinier, tout le mal qu’il pense de ce que sont devenus la culture«avec un grand cul», l’école «machine à reproduire les inégalités», ou le monde du travail.

Car cet intermittent du spectacle, qui se définit comme un intellectuel anarcho-libertaire, dézingue à tout-va. Mais son entreprise de démolition, entre humour de situation et analyses radicales de la société capitaliste telle qu’elle va (mal), s’est trouvé une forme d’expression assez inédite, quelque part entre un Coluche marxiste et un Desproges bourdieusien. Une conférence gesticulée peut durer quatre heures. Deux cent quarante minutes de monologue quasi ininterrompu, avec un minimum d’effets. Et le public en redemande. «Souvent, après le spectacle, les gens me disent merci. Je crois que c’est simplement parce que je suis l’un d’eux, que je me suis levé et que je le dis», avance en toute modestie ce trublion au tempérament de«déconneur», auquel on prête «un ego parfois surdimensionné», mais aussi une redoutable aptitude à se «libérer de l’imaginaire politique».

Avant de se mettre au vert, Franck Lepage a été un vrai citadin, élevé dans un immeuble HLM de la banlieue parisienne, entre un père employé de banque et une descendante d’immigrés russes. Des parents qui ont de grandes ambitions pour leur fils. «J’ai passé mon enfance à lire, bouclé dans ma chambre, pour ne pas fréquenter les voyous. C’est de là, avec une éducation dans un collège catholique où l’on pratiquait les sévices corporels, que me vient ma rage antiautoritaire.» La première rupture survient lors de son entrée à Sciences-Po où, confronté à «la bourgeoisie, la vraie», il devient «instantanément mauvais élève» et suit parallèlement des études de langues orientales où se retrouvent «tous les gauchistes de Paris». Quelques années plus tard, Franck Lepage s’initie aux utopies libertaires des années 70 à la fac expérimentale de Vincennes où il suit un cursus d’animation socioculturelle, officiellement estampillé «remise en cause de toutes les institutions du capitalisme». Un principe dont il se souviendra pour ses conférences gesticulées, dont la popularité a décollé sur YouTube avec un démontage plein de drôlerie de la langue de bois contemporaine, une quinzaine de mots interchangeables suffisant à bâtir des discours parfaitement creux. Le pire d’entre tous étant à ses yeux le mot «projet». «Ce mot est tellement positif qu’on ne peut se défendre contre lui, explique-t-il. C’est lui qui tue le désir en définissant toutes les étapes d’un processus jusqu’à sa conclusion, ce qui fait qu’on n’a plus rien à découvrir, plus d’envie.»

Le conférencier gesticulateur, «athée pathologique», lecteur compulsif, cinéphile tous terrains (il confesse avoir bien aimé Harry Potter) et nostalgique de Woodstock quand il empoigne la guitare stylée rangée dans son salon, a quelques autres cibles de prédilection. Comme le Festival d’Avignon («le in, pas le off») ou l’art contemporain («les idioties de Jeff Koons à Versailles»), qui lui fait lever les yeux au ciel. «L’art contemporain, pff ! Un indice ? Un responsable de la CIA a avoué que l’entreprise de désinformation la plus réussie de son agence était le financement de l’art contemporain en Europe !»

Caricatural ? Excessif ? Sans doute. Au point que certains blogs d’extrême droite ont tenté de récupérer ses discours, aussi parfois qualifiés de poujadistes. Un comble pour ce militant qui se réclame de l’éducation populaire, un concept né des Lumières et remis au goût du jour à la Libération. C’est au cours de son passage à la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture (FFMJC), où il a officié pendant une douzaine d’années, fréquenté nombre d’intellectuels et quelques ministres, que Franck Lepage a découvert ce courant de pensée visant à former les jeunes adultes à la démocratie. A la Libération, constatant que l’on pouvait être à la fois facho et très cultivé, une direction de l’éducation populaire voit même le jour. L’expérience fera long feu, doublement «pervertie», selon Franck Lepage, par la création du ministère de la Jeunesse et des Sports (on cesse de réfléchir pour faire du canoë-kayak) puis du ministère de la Culture (où disparaît toute notion d’éducation politique). «Mais où naît l’idée qu’en montrant des œuvres d’art aux pauvres on va les aider à s’élever dans l’échelle sociale, ce qui est une pure escroquerie», s’insurge l’ex-animateur.

N’y tenant plus, il quitte Paris avec sa compagne d’alors pour la Bretagne et la précarité. Avec quelques comparses, il y fonde la «coopérative d’éducation populaire» le Pavé. Cette Scop, est devenue le creuset formateur de nouveaux conférenciers gesticulants. Des personnes souvent issues du secteur social (éducateurs, agents d’insertion…) mais pas que. La plupart mettent en scène un mix original d’expériences personnelles, professionnelles et de critique sociale. «Au lieu d’apporter d’en haut la culture aux gens, on est parti du constat que chacun d’entre nous était rempli de savoirs et de cultures à partager», souligne Franck Lepage qui entend stimuler rien moins que «du temps de cerveau disponible pour la révolution». Ironie de l’histoire, on vient juste de lui sucrer ses cachets d’intermittent, au prétexte que ses «spectacles» n’en étaient pas vraiment. Comme quoi, dans ce pays, l’alliage de la culture et de la politique pose décidément problème.

FRANCK LEPAGE EN 6 DATES

17 novembre 1954 Naissance à Paris.
1974 Professeur de classe de transition en Haute-Savoie.
1988 Rejoint la fédération des MJC.
2005 Première conférence gesticulée.
2007 Création de la Scop le Pavé.
2014 Tournée en France.

Auteur: Pierre-Henri Allain
Source: Libération (mis en ligne le 0806/2014)

Le Musée de la Ville de Bruxelles, le Musée provincial Félicien Rops à Namur et le Musée gallo-romain de Tongres ont été récompensés par le Prix des Musées 2014 mardi au Musée des Instruments de Musique (MIM) à Bruxelles. Ils remportent chacun 5.000 euros.

Le jury a désigné le Musée de la Ville de Bruxellespour la façon dont il « change le regard » que les Bruxellois portent sur leur ville. Le musée abrite un patrimoine historique exceptionnel, et le présente de manière ludique « avec une pointe de ‘zwanze’ bruxelloise ». Le jury espère que ce prix incitera l’établissement à aménager son entrée pour faciliter l’accès des personnes handicapées.

En Wallonie, c’est le Musée provincial Félicien Rops à Namur qui a été récompensé, notamment pour le travail réalisé en vue de présenter l’oeuvre de l’artiste dans des perspectives « chaque fois différentes », ainsi que pour « l’authenticité de l’équipe ». Les efforts pour accueillir les visiteurs non-francophones dans leur langue ont aussi été soulignés. Le musée Rops a déjà remporté le Prix des Musées en 2008.

Pour la Flandre, le jury a choisi le Musée gallo-romain de Tongres pour la façon « dont il met en lumière l’archéologie sous toutes ses formes ». Il a souligné le caractère « hautement pédagogique » des expositions. Dans ce musée, quelque 2.200 pièces font renaître « ces temps reculés ».

Près 5.000 amateurs ont enfin désigné, comme en 2008, le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles (MIM) pour le Prix du Public. Au nord du pays, le Red Star Line Museum à Anvers l’a emporté de peu sur le Musée gallo-romain. Ce prix est revenu au Musée des Beaux-Arts de Liège pour la Wallonie.

Les lauréats du Prix des Enfants sont quant à eux le musée Autoworld à Bruxelles, l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines et le Gasthuismuseum Sint-Dimpna, à Geel.

Le Prix des musées est une initiative de la revue Openbaar Kunstbezit in Vlaanderen et du cabinet d’avocats Linklaters.

Auteur: Agence Belga
Source: La Libre (mis en ligne le 03/06/2014)