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Peter De Caluwe donne les conséquences pratiques des économies à la Monnaie.

Le 17 octobre dernier, Peter De Caluwe faisait sensation en évoquant le risque d’un “black-out culturel”, ayant appris les mesures d’économies exigées du secteur culturel resté national. Même si Didier Reynders, le ministre de tutelle de la Monnaie, a annoncé ensuite “ une exception culturelle” pour la Monnaie, l’ONB et Bozar, la réalité reste très dure, a expliqué hier Peter De Caluwe. Certes, l’économie pour 2015 est réduite à 4 %, mais elle vient après un budget déjà réduit de 12 % depuis 2008. “Les économies réclamées à la culture en Belgique depuis 2008 sont les plus fortes d’Europe, avec celles en Italie, Espagne et Grèce.”

Le directeur de la Monnaie a voulu faire passer un message clair : “ Sauf changement de politique, la Monnaie ne sera plus la même. Nous avions enfin réussi à apurer notre déficit historique, on est loué partout en Europe pour notre qualité. Et c’est à ce moment qu’on nous demande de tels efforts. Les autres maisons d’opéra en Europe suivent ce qui nous arrive avec grande crainte.”

L’année 2015 sera très difficile. D’autant que c’est l’année du début des grands travaux à la Monnaie qui devra jouer de mai 2015 à février 2016, extra-muros (aux Halles et au Cirque), ce qui entraînera des frais supplémentaires.

La direction de la Monnaie a recalculé les économies réclamées et arrive au résultat de devoir (encore) économiser, dès 2015, 1,406 million d’euros. Le subside de l’Eat fédéral étant ramené à 33,255 millions d’euros.

Fin des opéras baroques

La Monnaie voudrait répartir cet effort au prorata de sa structure de coûts (60 % en masse salariale, 12,4 % en frais de fonctionnement, et 28 % en frais variables de production). Mais réduire la masse salariale et les frais de fonctionnement ne donnent pas des résultats rapides, puisqu’une grande institution a une inertie inévitable.

Pour 2015, il faudra donc se résoudre à faire porter l’effort d’abord sur les dépenses artistiques. Et le résultat se fera sentir fortement.

Première décision : la création nouvelle prévue en décembre 2015, “L’Opéra de quatre sous “de Kurt Weil, monté par Olivier Py, est purement et simplement supprimée. La Monnaie se voit dans l’obligation de faire des choix drastiques et de se recentrer, a expliqué Peter De Caluwe : “Nous voulons absolument garder une maison d’opéra intégrale avec un atelier, un orchestre, un chœur. ” Résultat : tout ce qui n’appartient pas à ce “core business” est menacé.

Il annonce qu’il ne fera plus appel à des musiciens extérieurs pour la musique baroque et qu’il supprime le cycle annoncé sur Monteverdi dirigé par René Jabobs. Priorité aux projets Monnaie “purs” avec l’orchestre. De Caluwe insiste : “ On a fait ces dernières années 9 à 10 productions d’opéras par an, on passera à 7 à 8 seulement.”

Fusion des orchestres ?

De Caluwe annonce aussi la fin (provisoire ?) de la danse à la Monnaie. On continuera seulement le projet en cours avec Anne Teresa De Keersmaeker et le Wiels et la création nouvelle d’ATDK, “Golden Hours”, sur une musique de Brian Eno, fin janvier au Kaaitheater, avec la Monnaie. Mais cela signifie qu’il n’y aura plus, ensuite, dans les circonstances actuelles, de coproductions avec ATDK, Larbi Cherkaoui (la Monnaie a déprogrammé la reprise de “Babel”) ou Sacha Waltz. “Cela , ajoute-t-il, a des répercussions directes sur la place de Bruxelles comme capitale de la danse contemporaine. Et les économies ont un impact direct sur d’autres structures à Bruxelles, comme le Kaaitheater, Flagey et Rosas.”

Les mesures d’économies 2015 vont déjà entraîner la perte de 16 équivalents temps plein. Pour les années suivantes, le 1,4 million d’économies en 2015 continuera à faire sentir ses effets (il est récurrent), mais on annonce de nouvelles réductions supplémentaires. On a parlé d’abord de 640 000 euros de moins chaque année, soit 2,5 millions de moins d’ici 2019. Intenable. Le gouvernement a heureusement ramené, à ce stade, l’effort à 120 000 euros en moins chaque année.

Parmi les pistes d’économies structurelles possibles, Peter De Caluwe évoque des accords avec l’ONB (l’Orchestre national) pour se “prêter” des musiciens supplémentaires, mais l’idée d’une fusion des deux orchestres dans un projet nouveau est une décision -éventuelle- qui dépendra uniquement du gouvernement, dit De Caluwe. Une réflexion est aussi entamée sur les prix des places, où l’on veut arriver à une situation dans laquelle ceux qui peuvent le faire paieraient plus cher, tout en ouvrant davantage la Monnaie à toutes les couches de la population.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 16/12/2014)

La culture génère des revenus de 536 milliards d’euros. Elle ne veut pas être sacrifiée sur l’autel de l’austérité.

 

Les conclusions du rapport sont frappantes. Les industries culturelles et créatives au sens large, du livre à la publicité en passant par les arts visuels ou le spectacle vivant, pèseraient, selon les consultants d’E&Y, 536 milliards d’euros de revenus, soit 4,2 % du PIB européen.

Elles emploient 7,1 millions de personnes, ce qui en fait le troisième employeur de l’Union européenne (hors secteur public), derrière le secteur de la construction et celui des services de restauration.

« Le secteur de la culture est souvent accusé de peser sur l’activité, explique Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem. Toutes les conclusions de cette étude démontrent exactement l’inverse, comme l’avait fait une étude similaire publiée l’an dernier à propos des industries culturelles en France ». Le patron de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, qui a joué un rôle moteur dans la publication de cette étude, note tout d’abord que 90 % de la création de valeur provient du secteur privé. Il fait ensuite remarquer que le secteur a continué à voir le nombre de ses emplois croître de 0,7 % pendant les années de crise (de 2008 à 2012), alors que l’Union dans son ensemble perdait des emplois au même rythme. Enfin, note Jean-Noël Tronc, « beaucoup de ces emplois émanent de PME très flexibles et réactives, parfois même constituées d’une seule personne : c’est ce que les économistes présentent comme la catégorie d’emplois la mieux placée pour résister à la mondialisation. »

La fragmentation, un atout

L’étude, baptisée « Creating Growth » (« créer la croissance »), qui sera publiée mardi, souligne par ailleurs que les emplois de la culture sont non seulement difficiles à délocaliser, mais aussi occupés par des jeunes et garants de dynamisme économique : les villes comptant le plus d’industries culturelles, comme Londres et Paris, les deux pôles les plus importants en Europe, sont celles qui ont le mieux résisté aux secousses de l’après 2008.

S’ensuivent deux grands appels en direction des pouvoirs publics. D’abord, le document déplore que les crédits publics alloués à la culture aient baissé de 1 % en moyenne entre 2008 et 2012, alors même que le secteur a crû. Même s’ils sont très médiatisés, ces crédits ne représentent que 1 % des budgets des 28 pays de l’Union. Ensuite, comme le souligne Jean-Noël Tronc, « les efforts pour abattre les frontières, de type marché européen des droits d’auteur, sont une ânerie suicidaire : il faut comprendre qu’on doit vivre avec la fragmentation culturelle et que c’est un atout. » Et de citer les leaders mondiaux européens, comme Universal dans la musique , Hachette dans le livre ou Endemol dans la télévision. Pour lui, il faut au contraire renforcer les dispositifs efficaces qui existent, comme une TVA réduite sur le livre, un financement du cinéma pareil à celui mis en place par le CNC, etc. Et les diffuser dans l’ensemble de l’Union. Ou, en tout cas, tenter de le faire…
Auteur: Nicolas Madelaine
Source: Les Echos (mis en ligne le  01/12/2014)