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La ministre démissionnaire a adressé une lettre où elle explique sa tristesse face à sa démission, mais où elle continue de se défendre bec et ongles.

En début de semaine, Joëlle Milquet a démissionné de son poste de ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance en raison de son inculpation dans le dossier des collaborateurs fantômes.

Une démission qui lui reste visiblement en travers de la gorge… Dans un communiqué où elle fait ses adieux au secteur culturel, la ministre démissionnaire en profite pour (re)taper du poing sur la table.

« Je n’ai rien à me reprocher »

Son premier paragraphe s’étend sur sa déception et sa tristesse de quitter la Culture mais, dès les premières lignes, Joëlle Milquet réfute fermement les griefs qui lui sont reprochés. Dès le deuxième paragraphe, elle déclare : « Sachez que je n’ai rien à me reprocher et j’affirme n’avoir commis aucune infraction ni aucune illégalité dans le dossier qui est instruit à ma charge et qui se limite à remettre en cause des activités jugées toujours régulières dans les cabinets. Je le démontrerai avec toute l’énergie dont je suis capable. C’est essentiel pour mon honneur car tous ceux qui me connaissent et me suivent depuis des années savent à quel point mon intégrité n’a jamais été mise en cause. »

La ministre démissionnaire finit par remercier tout le secteur, précisant que la Culture est « la première réponse que nous devons opposer à tous les extrémismes et obscurantismes qui traversent notre société ».

Pour accéder au courrier, cliquez ici.

Auteur: C. TQ
Source: Le Soir (mis en ligne le 14/04/2016)

On me jugera sur mon action . »Telle était la certitude que la ministre de l’Education rappelait à « La Libre » en janvier dernier.

Son action en matière d’enseignement restera cependant interrompue « au milieu du gué«  , avant que de réels résultats puissent être engrangés et sans qu’un vrai bilan politique puisse dès lors être dressé.

Energique mais confuse

L’ère Milquet mérite pour autant d’être qualifiée. Le premier point mentionné par la majorité des acteurs est l’implication « énergique et volontaire«  de la ministre. « Elle était très présente, même lors de réunions techniques où l’on voit rarement des ministres » , mentionnait lundi Joan Lismont, président du Sel-Setca.« On avait toujours plusieurs fers au feu avec Joëlle Milquet et l’on travaillait à un rythme effréné » ,renchérissait Pascal Chardome, le président de la CGSP-Enseignement, qui redoute une difficile succession. « On perd notre capitaine. Même si l’on n’était pas toujours d’accord avec elle, elle savait ce qu’elle voulait«  , note Eugène Ernst du côté de la CSC, qui mentionne aussi son énergie lors des discussions budgétaires.

« C’est vrai que son investissement était exceptionnel. Il y avait chez elle une vraie volonté de réformer l’enseignement, et sur ce point-là, si son ou sa successeur n’a pas sa poigne, on peut craindre en effet que les réformes engagées ne s’effilochent«  , jugeait de son côté Roberto Galluccio, l’administrateur-délégué du Cpeons, l’enseignement des communes et des provinces.

Mais derrière cette énergie, se cachait une méthodologie « trop brouillonne, chaotique et même incohérente parfois«  , regrettent, dans le même souffle, de nombreux acteurs. « Elle initiait beaucoup de projets, en voulant cependant aller plus vite que la musique. De temps à autre, on apprenait lors de ses discours devant le Parlement qu’elle avait pris des décisions sur ce qui était toujours en discussion au niveau du Pacte«  , expliquait encore Joan Lismont. Cette multiplicité ne rendait pas toujours sa politique très lisible. « On ne saura jamais vraiment où elle voulait mener l’enseignement » , concluait-il.

Présente depuis 2001

« Enthousiaste«  , mais « confus e«  ou « trop brusque«  parfois, Joëlle Milquet aura donc été la ministre d’une nouvelle dynamique.

Secrétaire général de l’Enseignement catholique, Etienne Michel va cependant plus loin. Il note que Joëlle Milquet fut déjà celle qui permit de refinancer l’enseignement avec les accords de la Saint-Boniface en 2001. A l’époque, elle était présidente du PSC. « C’est elle aussi qui a rapidement conscientisé le secteur au choc démographique qui allait se produire à Bruxelles. C’est elle enfin qui, toujours en tant que présidente de parti, a offert aux pouvoirs organisateurs de participer aux accords sectoriels.« 

Si Joëlle Milquet fut donc intéressée par les dossiers touchant à l’enseignement depuis longtemps, l’histoire retiendra de ses deux années en tant que ministre les diagnostics de l’enseignement rédigé dans le cadre du Pacte, des réformes concernant le pilotage des écoles en difficulté, ou la décision d’offrir des référentiels de compétences en maternelle (deux réformes qui furent critiquées).

On retiendra enfin ses erreurs en termes de communication, par exemple lorsqu’elle évoqua la création de « safe rooms » pour favoriser la sécurité des élèves en cas d’attaque terroriste. Une sortie qui ne favorisa en tout cas pas la sérénité des parents.

Le Pacte d’excellence devrait survivre

Le Pacte. Le Pacte pour un enseignement d’excellence, c’était le grand chantier de la ministre. Réunissant de très nombreux acteurs de l’enseignement, il doit, d’ici la fin de l’année (normalement), présenter une série de réformes dans de très nombreux domaines (de la formation initiale des enseignants, aux enjeux de la gouvernance, en passant par une redéfinition des savoirs et compétences).

Les travaux. La dynamique du Pacte devrait survivre au mandat de Joëlle Milquet. Les acteurs craignent néanmoins que les ambitions soient revues à la baisse. Le chantier est en effet énorme et beaucoup voyaient dans la volonté de la ministre le gage de son bon déroulement.

Le tournant. Le moment est d’ailleurs crucial pour le Pacte. C’est cette semaine que doit être rédigée une note de synthèse qui sera soumise au gouvernement. Jusqu’à ce jour, par ailleurs, les participants ont pu ouvrir des réflexions très diverses, ce qui a contribué à la richesse du Pacte. Il est cependant venu le temps d’opérer des arbitrages politiques en fonction de l’orientation que l’on souhaite désormais lui donner, et en fonction des contraintes budgétaires. Pour beaucoup, la démission survient dès lors à un très mauvais moment.

Un « premier couteau » qui n’a pas ou peu servi

Le secteur culturel, ravi de se découvrir un représentant de poids, n’a pas eu le temps d’en profiter. Retour au point mort.

Je m’exprime de cet endroit-là parce que j’ai encore la chance de pouvoir faire mon métier. » Juillet 2014, Avignon. Fabrice Murgia prend la parole à l’issue du spectacle qu’il a mis en scène, « Notre peur de n’être ». Il exprime les craintes ressenties par tout un secteur. Il est question de financements, toujours plus difficiles à obtenir. Il est aussi question de déconsidération.

Joëlle Milquet est à peine nommée ministre de la Culture que la réalité lui est collée sous le nez. Statut de l’artiste revu à la baisse, réduction des budgets, non-indexation répétée des contrats-programmes, sur l’établi qui sera celui de la première CDH occupant le poste depuis 1981 : les outils à rafistoler sont nombreux.

Une experte… de la politique

Concédant tout de go ne pas être experte en la matière, Joëlle Milquet a pour elle d’être un poids lourd de la vie politique, un « premier couteau » comme la qualifie alors Guy Duplat dans ces colonnes.

La réduction budgétaire annoncée d’entrée (-3 %) ne lui cause pas de préjudice, tant le milieu culturel francophone est conscient que cette économie est minime par rapport à ce qu’entendent imposer la Flandre (-7 %) et le fédéral (-16 %). Son programme tient en cinq points : remettre le curseur sur les artistes, élaborer une stratégie numérique, démocratiser, instaurer une nouvelle gouvernance des politiques culturelles et allier culture et école. Tiens, l’école ?

C’est que Joëlle Milquet n’est pas « que » ministre de la Culture. Elle a aussi, et surtout, hérité du portefeuille de l’Enseignement (lire ci-contre). L’addition apparaissait ambitieuse. Sans doute le fut-elle trop.

Absorbée par la confection du Pacte d’excellence, Joëlle Milquet ne fut que peu présente sur le terrain culturel. Confrontée à l’épineux dossier des contrats-programmes après avoir annoncé « moins de saupoudrage, des choix mieux ciblés, plus clairs, des décloisonnements et des mutualisations », elle se contente de prolonger, mi-2015, tous les contrats existants jusque fin 2016. En modulant les montants à percevoir de -5 % à +5 %, elle annonce toutefois la couleur tout en laissant aux moins bien lotis« une chance de prouver leur nécessité et de s’adapter ». Mais c’est à un regard neuf qu’il incombera d’examiner ces « preuves ». Et sans perdre un instant.

Auteurs: Gilles Milecan et BDO
Source: La Libre (mis en ligne le 12/04/2016)

La ministre de l’Education et de la Culture est soupçonnée d’avoir recruté des personnes à son cabinet pour assurer sa campagne électorale de 2014.

On s’y attendait, c’est fait. Ce lundi matin, la vice-présidente de la Communauté française, ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance Joëlle Milquet (CDH), a annoncé sa démission suite au dossier des collaborateurs fantômes : «  Il est temps de sortir publiquement de la réserve. Je remets mon mandat entre les mains du Parlement ».

La vie politique mouvementée de Madame «non»: notre ligne du temps

Flanquée de ses avocats Adrien Masset et Laurent Kennes, la Bruxelloise a organisé une conférence de presse lundi matin. Expliquant avoir vécu tout cela comme une «  attaque politique  » à son égard, la ministre a signalé avoir reçu un acte d’inculpation en fin de semaine dernière.

L’affaire avait été révélée par le magazine Le Vif/l’Express en février 2014.

« Il ne s’agit absolument pas d’emplois fictifs »

Pour rappel, une instruction judiciaire avait été ouverte en avril 2015. Joëlle Milquet est soupçonnée d’avoir utilisé des fonds des cabinets de l’Intérieur et de l’Egalité des chances (sous le précédent gouvernement) pour engager huit collaborateurs six mois avant les élections de 2014. Pour le magistrat instructeur, ces personnes auraient travaillé à la campagne électorale de la ministre. En juin 2015, des perquisitions avaient été menées au cabinet de la ministre et au domicile de certains de ses collaborateurs.

«  La loi autorise les recrutements, a exposé la ministre lundi matin. Il ne s’agit absolument pas d’emplois fictifs dans cette affaire.  » Elle poursuit : « Cinq collaborateurs sur huit m’ont suivie au ministère de l’Éducation ».

Milquet et ses avocats ont fait valoir qu’un collaborateur de cabinet n’est pas un agent de l’Etat, soumis au devoir de neutralité. Un cabinet est une cellule politique et il suppose que les personnes qui y travaillent accomplissent un travail politique.

«  En conclusion, je n’ai rien à me reprocher et n’ai commis aucune infraction. Il s’agit de griefs non fondés. Je le prouverai  », a martelé la ministre évoquant encore «  des conséquences humaines difficiles à vivre  ».

Cinq indices ont mené à l’inculpation

Après avoir remercié les acteurs de l’enseignement et ses enfants – «  J’aurai enfin du temps à leur consacrer  » – la ministre a laissé la parole à ses avocats.

Sur l’inculpation de Joëlle Milquet, ils estiment que «  l’intérêt privé que la ministre aurait défendu serait en fait un intérêt politique  ». Concernant l’acte d’inculpation en lui-même Me Adrien Masset et Me Laurent Kennes assurent qu’il concerne essentiellement le fonctionnement global des cabinets politiques : «  Ce qui nous a frappés en tant qu’avocats, c’est que cela ne concerne pas forcément Joëlle Milquet. »

Pour les conseils de la ministre, il est «  normal  » qu’un homme politique fasse campagne, et que ses collaborateurs y participent. «  Or, pour Joëlle Milquet, c’est jugé suspect  », estiment-ils. Ce qui n’a pas empêché le duo de revenir précisément sur «  les cinq indices  » qui ont mené à l’inculpation de leur cliente. Parmi eux, les octrois de congés, des SMS suspects, et des questions sur les origines des collaborateurs.

Rappel des faits

Le Vif avait publié les profils de fonctions de ces nouveaux collaborateurs, issus pour la plupart de communes bruxelloises et de minorités ethniques, déjà mandataires communaux qui allaient se retrouver comme candidats du CDH sur les listes régionales ou fédérales. Ces profils de fonction leur assignaient des tâches préélectorales, ce qui est contraire à la législation électorale qui interdit de mener campagne en bénéficiant de l’appui de cabinets ou d’administrations.

Ces collaborateurs auraient notamment été chargés de repérer dans les agendas culturels de la Région bruxelloise les événements susceptibles de faire l’objet de la campagne. L’un de ces nouveaux engagés aurait ainsi été impliqué dans l’organisation d’une fête célébrant, en présence du président turc Erdogan, le 50e anniversaire de l’immigration turque. Le Vif précisait que les invitations à cet événement auraient été confectionnées au cabinet. Joëlle Milquet avait protesté : « C’est à la limite de la calomnie et c’est surtout stigmatisant pour les collaborateurs concernés. Je ne regarde pas les origines mais la compétence des gens avant d’engager qui que ce soit  ». Lors de l’ouverture de l’information judiciaire, elle avait estimé que celle-ci mettrait «  un terme aux rumeurs  ».

Auteurs: Valentine Antoine, Pierre Bouillon, David Coppi
Source: Le Soir (mis en ligne le 11/04/2016)