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Mercredi dernier, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles votait un important décret organisant le futur, à partir de 2018, des arts de la scène. Au texte de ce décret, est joint un rapport demandé à la société de conseil Kurt Salmon. Une étude dont les résultats n’avaient pas encore été présentés. Cette étude est une idée de l’ancienne ministre de la Culture, Joëlle Milquet, lorsqu’elle avait lancé les travaux pour une réforme des subsides en arts de la scène afin, entre autres, d’augmenter les budgets qui vont aux artistes et d’optimiser les frais de fonctionnement.

Après un appel d’offres, c’est Kurt Salmon qui a remporté le marché : coût de 63 000 euros avec un comité de pilotage de l’étude qui comprenait des représentants du cabinet et de l’administration culture ainsi que deux personnalités culturelles, la comédienne Jeanne Dandoy et Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre le Public.

Ce rapport de presque cent pages procède d’abord à une série de comparaisons chiffrées entre les théâtres. Kurt Salmon en précise le cadre : il ne s’agit nullement d’évaluer la qualité des spectacles, ni le contexte des productions. On part des données « brutes », qui ont elles-mêmes des limites : elles sont parfois discordantes d’un opérateur à l’autre, ne portent que sur une saison et un flou demeure sur la définition de ce qu’est « la part artistique » dans les coûts d’un théâtre par rapport aux « coûts de fonctionnement ».

Avec les limites annoncées, on voit cependant nettement que le Théâtre le Public sort gagnant presque chaque fois : nombre de spectateurs, nombre de spectateurs par « unité » de subvention, part de la billetterie dans le budget, nombre de représentations au siège, part qui va à l’artistique dans le budget global, etc., alors que de grosses structures (avec d’autres obligations il est vrai) comme le Théâtre national et le Manège.Mons arrivent bien plus loin.

Mutualisations et fusions

L’étude de Kurt Salmon compare la moyenne de la part artistique en Communauté française à ce qui se passe en Flandre et en France pour estimer que sur ce plan, on peut faire mieux en suivant les pistes de « mutualisation des coûts » et de « fusions » progressives et sur base volontaire de théâtres. Les mutualisations se font déjà comme le démontre le nombre croissant de coproductions qui permettent de jouer plus souvent un spectacle. Mais Kurt Salmon propose d’autres mutualisations : emplois, plateformes Internet, commercialisation des spectacles, frais de fonctionnement, etc.

Kurt Salmon propose d’étudier des projets de fusions « graduelles » entre opérateurs. Il évoque ainsi une fusion à terme du Varia avec le Rideau, du Théâtre Le Public et du Jean Vilar, du Théâtre national et du Manège.Mons et même une fusion à quatre : Océan Nord, les Tanneurs, la Balsamine, le Théâtre de la Vie.

L’étude ne fait pas l’unanimité. D’aucuns critiquent le mélange des données et surtout le fait de comparer des données brutes sans mises en contexte. Les mutualisations possibles seraient déjà opérées et les autres pistes seraient d’un rendement marginal, disent d’autres. Quant à des fusions spectaculaires, on en est encore loin.

Le cabinet d’Alda Greoli estime que cette étude n’avait pas pour but d’influencer directement le décret, ni de fixer des quotas ou des obligations, mais bien d’aider, par des pistes utiles et stimulantes, les opérateurs à préparer leurs dossiers de subsidiation en suivant la ligne de « l’artiste au centre ».

Michel Kacenelenbogen : « Je ne veux pas être puni »

Michel Kacenelenbogen est directeur du Public. Il a fait partie du comité de pilotage de l’étude. Son théâtre arrive en tête en fonction des critères choisis et il s’est déclaré fâché que cette étude soit, pense-t-il, mise sous le boisseau. Il avait tôt alerté la ministre Joëlle Milquet pour lui dire que sans moyens complémentaires pour les arts de la scène, et toutes choses restant égales, la part de budget destinée aux artistes diminuerait de 15 % par an.

Cette étude aurait-elle dû influencer davantage le décret en fixant par exemple des critères plus stricts sur la part artistique ?

Pas obligatoirement. Mais personne ne le saura jamais puisque les résultats de cette étude n’ont pas fait l’objet d’un débat.

Vous êtes en tête sur tous les points, qu’attendez-vous comme conséquence de ça dans le prochain contrat-programme ?

De ne pas être puni.

L’étude admet ses propres limites comme celle d’une définition manquante de « la part artistique » et souligne que les données sont brutes basées sur une année hors de tout contexte « artistique ».

Toute étude a ses limites. Toute étude a son contexte. Mais cela fait trente ans que je suis dans le secteur des arts de la scène et jamais jusqu’à ce jour, une étude chiffrée, apolitique, n’a été réalisé, par une société indépendante, sur son futur avec les pouvoirs politiques.

Que pensez-vous de l’idée évoquée dans l’étude de fusion Public-Vilar ou Public-National ?

Si cela augmente l’emploi artistique, pourquoi pas.

Cette étude dont vous étiez dans le comité de pilotage doit-elle guider les futurs travaux des commissions d’avis et les choix de la ministre ?

Tout va dépendre de comment la ministre de la Culture, Alda Greoli, entend faire fonctionner la démocratie participative. S’il est vrai que cette étude ne prend en compte qu’une réalité économique, il est également vrai que depuis trente ans, seuls des critères qualitatifs ont été pris en compte par les commissions (CAD, CAPT) et par les différents ministres que j’ai pu connaître depuis 1994, pour attribuer une subvention conséquente.

Auteur: G.DT
Source: La Libre (mis en ligne 19/10/2016)

Que va-t-il advenir du musée Wiertz, à Bruxelles. Situé dans le quartier Léopold, il jouxte le Parlement européen et fait partie d’un ensemble ayant appartenu au peintre, sculpteur et homme de lettres belge Antoine Wiertz (1805-1865). Cet ensemble comprend la maison particulière de l’artiste, son jardin, ainsi que son atelier où sont exposées ses collections léguées à l’Etat belge à sa mort, à charge pour ce dernier de créer un musée accessible gratuitement.

On a appris jeudi qu’un accord de principe qui doit encore être formalisé est intervenu entre l’Etat fédéral et le Parlement européen pour permettre à ce dernier de prendre possession d’une partie des lieux via un bail emphytéotique de cinquante ans pour 1 euro symbolique. Ce n’est pas le musée Wiertz à proprement parler qui est concerné, mais la maison privée et le jardin. L’institution européenne souhaiterait en prendre possession pour y organiser des événements et des rencontres de prestige.

L’existence de cet accord a surpris les musées royaux des Beaux-Arts de Belgiqueauquel est rattaché le musée Wiertz depuis 1868. « Nous regrettons de ne pas avoir été concertés dans ce dossier », déplore sa responsable de la communication, Isabelle Bastaits. Celle-ci rappelle que les musées royaux des Beaux-Arts ont pour mission la conservation et la gestion des œuvres contenues dans les six musées sous leur autorité. En revanche, tout ce qui concerne les bâtiments qui abritent les collections est du ressort exclusif de la Régie des bâtiments qui dépend du ministre de l’Intérieur. En l’occurrence, Jan Jambon (N-VA).

On se demande ce qui va suivre

Si elle tombait des nues au moment d’apprendre l’existence de cet accord, Isabelle Bastaits reconnaît que la démarche peut avoir du positif. « La partie muséale a été récemment rénovée par la Régie des bâtiments, rappelle-t-elle, mais la partie privée de la bâtisse est dans un mauvais état. Un accord avec le Parlement européen permettrait de remettre les lieux en état, ce qui serait bien. » En revanche, la responsable de la communication des musées royaux des Beaux-Arts ne peut s’empêcher d’être inquiète pour les collections abritées dans le musée Wiertz. « La maison privée et l’atelier de l’artiste sont mitoyens. Nous craignons que les vibrations, les volumes sonores, etc., ne dégradent les œuvres qui sont très fragiles. Les conditions de conservations muséales sont très strictes en la matière. »

Mais certains s’interrogent aussi sur la considération que porte le gouvernement à la conservation du patrimoine et aux grands musées. « Ça commence par le petit musée Wiertz et on se demande ce qui va suivre… », pouvait-on entendre sous couvert d’anonymat. Des propos qui visaient avant tout la N-VA, régulièrement accusée de vouloir démanteler le patrimoine culturel fédéral afin de le communautariser.

Auteur: Charles Van Dievort
Source: La Libre (mis en ligne le 06/10/2016)

C’est une très belle nouvelle pour Bruxelles, bienvenue après tous les déboires des tunnels qui s’effondrent, du lock-down après les attentats et les ennuis du piétonnier. Jeudi, a été signé officiellement un protocole d’accord entre la Région bruxelloise (son président Rudi Vervoort) et le Centre Pompidou représenté à Bruxelles par son président Serge Lavignes et son directeur du musée d’Art moderne, Bernard Blistène.

L’accord a été signé symboliquement dans les ateliers même de l’ex-garage Citroën rachetés par la Région en octobre 2015 pour 20,5 millions et qui doivent être transformés en un «pôle culturel d’envergure mondiale». Les musées d’aujourd’hui aiment ainsi reprendre d’anciens bâtiments industriels emblématiques (comme la Tate à Londres ou le Wiels à Bruxelles).

Le partenariat entre la Région et le Centre Pompidou se développera en deux phases. La première, objet du protocole d’accord signé, est une « phase de préfiguration du projet » et la seconde consistera à le concrétiser sur la base des modalités déterminées durant la phase de préfiguration. La mission de préfiguration, remettra ses conclusions fin juillet 2017.

Elle donnera lieu alors à la signature d’une « convention de partenariat structurel » (un partenariat à durée indéterminée) entre la Région et le Centre Pompidou d’ici la fin de l’année 2017. La date d’ouverture au public du musée est prévue pour 2020 au plus tard.

120.000 oeuvres

Il est donc trop tôt aujourd’hui pour savoir ce que coûtera à la région bruxelloise cet accord avec le Pompidou et quelles seront les oeuvres qui viendront à Bruxelles dans les expositions permanentes. Notons que le Pompidou apportera non seulement une partie de ses immenses collections (il possède 120000 oeuvres et n’en expose que 10 % actuellement), mais aussi son expertise en matière de programmation, de création et de gestion d’une collection permanente, ses connaissances pluridisciplinaires (performances, cinéma, musique avec l’Ircam -le centre de Pierre Boulez, etc.). Nous avions déjà laissé entendre que cet accord se ferait. Le voilà confirmé. Il était indispensable depuis que le fédéral refusait de prêter ses oeuvres à un musée dépendant d’un autre pouvoir.

Serge Lasvignes l’a précisé : « Le Centre Pompidou contribuera à la programmation culturelle, apportera expertise et ingénierie culturelle. Il exercera également une mission de conseil et d’assistance pour la stratégie d’acquisition des collections permanentes et de développement du futur musée ».

Sur Twitter, le Pompidou disait qu’après avoir accueilli Anne Teresa de Keersmaeker et ouvert l’expo Magritte qui fait un triomphe (7000 visiteurs par jour, les 12000 catalogues épuisés en une semaine), « le Centre Pompidou se met entièrement à l’heure belge ! »

Rudi Vervoort ajoutait : « Ce projet constitue un effet levier pour revitaliser le territoire, en retissant les liens entre les deux rives du Canal, mais il a également vocation à devenir le véritable vaisseau culturel de la Région bruxelloise ».

Tout sera culturel

Le projet est lancé sur base de l’étude réalisée sur les potentialités du site par l’association momentanée WAM (l’architecte hollandais Wessel de Jonge, le conseil immobilier Advisers et le bureau d’urbanisme MSA). Finalement, il n’y aura dans les 35000 mètres carrés que du culturel. Pas, donc, d’immobiliers ou de logements.

On y placerait deux grands musées.

D’abord, sur 15000 mètres carrés, un « Musée d’Art moderne et contemporain ». couvrant la période 1920-2020. Ce musée sera construit en partie dans les ateliers existants du Citroën et en partie, dans un nouveau bâtiment à construire sur l’actuel immeuble de bureau du Citroën (pour les oeuvres fragiles).

A côté, sur 9000 mètres carrés, il y aura un « musée de l’architecture » qui reprendra le centre actuel Civa et toutes ses collections qui y déménageront, ainsi que les archives de Sint-Lukas qui viennent d’être intégrées au Civa. Un musée qui a l’ambition de regarder le passé de l’architecture à Bruxelles mais pour mieux envisager l’avenir de son architecture. Le musée sera installé dans la partie nord des actuels ateliers.

A cela, s’ajouteront des « espaces publics », ouverts, gratuits, dans l’actuel « show room » qui sera restauré en y enlevant les planchers intermédiaires parasites. Ce seront des « rues intérieures » avec sculptures , animations, cafés, performances.

Un concours international d’architecture sera lancé très bientôt pour choisir d’ici l’été 2017 un bureau d’architecture qui mènera la rénovation. Les travaux devraient débuter en 2018, pour un coût de 140 millions d’euros et se terminer en 2020. Le musée ouvrirait donc dans quatre ans, lors de l’année 2019-2020, comme point d’orgue d’une année consacrée à l’art contemporain dans la région bruxelloise. « Le politique veut faire de Bruxelles une capitale de l’art contemporain ».

Quel nom ?

L’étude du bureau WAM chiffe le nombre de visiteurs annuels possibles entre 500000 (scénario minimaliste) et un million de visiteurs (scénario maximaliste). Auquel s’ajouterait la première année, 300000 visiteurs par effet de nouveauté.

Rien n’est décidé sur le nom de ce « centre culturel ». On pourrait y voir le nom « Pompidou », garant d’un prestige certain. On pourrait maintenir « Citroën ». Tout reste ouvert.

Comme on le pressentait, Yves Goldstein, 38 ans, est « chargé de mission » à ce stade pour mener ce projet à bien comme il l’a déjà « porté » depuis trois ans. Il le connaît parfaitement et a l’énergie et la manière pour gérer de gros dossiers comme celui-ci. Il répète qu’il n’a pas l’ambition de devenir directeur artistique du futur musée même si, précise-t-il, il se passionne pour l’art contemporain. Yves Goldstein vient de démissionner de son poste de chef de cabinet du ministre-président Rudi Vervoort et aura donc tout son temps pour ce projet.

Multiples collaborations

Autour de ce noyau, on développerait un travail avec les collectionneurs, les galeries et les centres d’art à Bruxelles.

Une première expo, en guise de préfiguration du futur musée sera organisée en 2018.

Le rôle du Pompidou sera capital. Serge Lavignes souligne que c’est un accord « sui generis », « sur mesure » , qui « tient compte de le place de Bruxelles au coeur de l’Europe, du nombre de collectionneurs français à Bruxelles, du dynamisme culturel bruxellois ». Il ne s’agit donc pas d’un simple musée « pop-up » comme le Pompidou a ouvert à Malaga, ni d’une grande « succursale » comme à Metz. Serge Lavignes le compare plutôt au Louvre Abu Dhabi où un grand musée aide à la création d’une autre grand musée et petit à petit, celui-ci constituera ses propres collections.

Le musée comprendra une section d’expo permanente (le musée espère attirer les dons et prêts de collectionneurs) et de fortes expos temporaires

Le futur centre veut donc travailler avec tous les acteurs bruxellois, y compris en arts de la scène comme le Kunsten et le Kaai. On sait que la secrétaire d’Etat à la politique scientifique Elke Sleurs (N-VA) ne veut pas prêter les œuvres du musée des Beaux-arts pour ce musée bruxellois. Elle a annoncé –mais les travaux n’ont pas commencé- que les collections du musée d’Art moderne actuellement fermé seraient réinstallées dans les « extensions » du musée des Beaux-arts sur 2500 mètres carrés, d’ci la fin de la législature. Mais d’autres collections publiques et privées pourraient être intéressées.

Le futur musée se dit ouvert à tous les partenariats.

Dès l’annonce de l’accord, la députée Yamila Idrissi (S.PA) qui supportait le Citroën depuis le début s’est réjouie. Comme par exemple, Charly Herscovici qui est à la base du musée Magritte et se dit prêt à collaborer. Mais beaucoup attendent encore les détails d’un projet ambitieux.

Paul Dujardin directeur de Bozar a réagi pour La Libre

« J’applaudis l’arrivée d’un nouvel acteur comme Citroën, ce qui pour moi ne peut que renforcer la dynamique actuelle au niveau de l’art moderne et contemporain. Bruxelles a la même force de frappe que Berlin. Je ne vois pas cela comme une concurrence. Tout comme Berlin, Dresde et Lyon, Bruxelles offre la même diversité aux maisons culturelles. Nous pouvons encore davantage créer des synergies entre les différentes entités créatives de la ville : de Forest (Wiels / Rosas) à la zone du Canal (Citroën, Tour & Taxis, Mima, Vanhaerents) jusqu’au Monts des Arts (BOZAR, le Musée des Beaux-Arts) et le quartier européen (Cinquantenaire, le Musée de l’Europe). Travaillons donc de concert pour mettre en place un projet structurel d’envergure autour de l’art contemporain à Bruxelles. »

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 29/09/2016)