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Le premier G7 de la culture s’est tenu à Florence les 30 et 31 mars. La communauté internationale se mobilise pour la protection du Patrimoine mondial de l’humanité dans les zones de guerre ou touchées par des catastrophes naturelles. Depuis un an, une force d’intervention spéciale est à l’œuvre, à l’initiative de l’Italie et de l’Unesco.Il faut sauver le patrimoine mondial. » C’est un peu ce mot d’ordre qui présidait au premier G7 de la culture, qui s’est tenu jeudi et vendredi à Florence. L’Italie, qui en a pris l’initiative, tenait à affirmer ainsi son rôle de premier plan en matière de défense du patrimoine mondial. « A l’origine de ce projet, il y a une évaluation que nous avons faite au gouvernement et qui montre que l’Italie dispose d’un leadership culturel dû à l’importance de son patrimoine » , a expliqué le ministre italien de la Culture, Dario Franceschini. « L’Italie cherche à transformer cette force en action au plan international pour faire entrer la notion de diplomatie culturelle à l’agenda des nations » , a-t-il ajouté.

Ce G7 pionnier suit la conférence du Louvre, organisée à Paris du 20 au 24 mars. Portée par la France, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Unesco, elle visait à réunir d’ici à 2019 un fonds de 100 millions de dollars. Les trois pays organisateurs, ainsi qu’un donateur privé, ont déjà promis d’en financer les trois quarts.

Crime contre l’humanité

Comme le G7 de Florence, la conférence du Louvre a appelé à protéger le patrimoine dans toutes les zones de conflit, sans limitation géographique et pour tous types de menaces confondus (destruction, vol et pillage, trafic). Elle souligne aussi qu’attaquer des sites du patrimoine culturel ou religieux « peut constituer, dans certaines circonstances et conformément au droit international, un crime de guerre » , et les « auteurs de telles attaques doivent être poursuivis en justice » .

En septembre dernier, un djihadiste malien a été condamné à 9 ans de prison par la Cour pénale internationale de La Haye pour la destruction de mausolées protégés à Tombouctou.

« La destruction délibérée du patrimoine est un crime de guerre. Elle est devenue une tactique de guerre visant à affaiblir les sociétés, paralyser les communautés, répandre la haine et la vengeance, dans une stratégie globale de nettoyage culturel » , a souligné Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco.

A Florence, le ministre italien de la Culture, Dario Franceschini, a renchéri sur cette prise de conscience : « L’attention de l’opinion publique sur la sauvegarde du patrimoine a augmenté à la suite d’événements traumatisants comme la destruction du site de Palmyre par l’organisation Etat islamique » (EI).

Point de passage durant l’Antiquité entre la Mésopotamie et la côte méditerranéenne, Palmyre regorge de vestiges antiques. Occupée par l’EI de mai 2015 à mars 2016, Palmyre fut reprise par l’armée syrienne avant de retomber aux mains des djihadistes en décembre puis d’être reprise par le régime début mars. Le groupe djihadiste y a détruit les plus beaux temples, des tours funéraires ainsi qu’un grand nombre d’œuvres d’art.

Ce cas est devenu aussi emblématique que celui de la destruction des Bouddhas géants de Bamiyan (aussi classés au Patrimoine mondial de l’Unesco) par les talibans en Afghanistan, en 2001. Depuis, en Irak, en Syrie, au Yemen ou en Libye, les guerres et organisations terroristes ont multiplié les destructions de biens culturels.

A cela se sont greffés de juteux trafics d’œuvres antiques, qui auraient rapporté à l’organisation Etat islamique entre 8 et 10 millions de dollars par an, selon les Etats-Unis.

La mobilisation de l’Italie

Cette vague de destructions et de spoliations a conduit l’Italie à lancer dès 2015 l’idée d’une force d’intervention internationale, sorte de « casques bleus de la culture », dédiée à la défense du patrimoine menacé par les conflits ou les catastrophes naturelles. De 2003 à 2006, des carabiniers italiens ont déjà participé à la reconstitution des collections du musée archéologique de Bagdad, dont 15 000 œuvres avaient été volées dans le chaos consécutif à l’intervention américaine en 2003.

L’année dernière, en février, l’Italie et l’Unesco ont constitué formellement la première force d’intervention de « casques bleus de la culture ». Elle est composée d’une soixantaine d’experts susceptibles d’intervenir partout dans le monde, à la demande de l’Unesco ou des pays concernés victimes de conflits armés ou de catastrophes naturelles.

Sur le terrain, avec les casques bleus de la culture italiens

L’émotion est grande dans la petite sacristie toute fissurée de l’église médiévale Saint-François à Visso (centre) : les « casques bleus » italiens venus sauver les trésors culturels de cette région dévastée par les séismes viennent de découvrir une fresque magnifique.

Les couleurs pâles, ocres et violettes, d’une crucifixion, probablement peinte par le maître Paolo de Visso au XVe siècle, se révèlent sous les décombres, derrière le grand meuble de la sacristie miraculeusement encore debout. Le sauvetage de cette œuvre est le résultat d’un travail minutieux, méthodique et surtout collectif auquel participent des carabiniers experts en patrimoine culturel, des historiens, des archéologues, des architectes…

Ils forment le corps des « Casques bleus de la culture », instauré il y a un an par l’Italie en partenariat avec l’Unesco pour protéger et secourir les monuments historiques, les vieilles églises et les œuvres d’art meurtries par les tremblements de terre.

Visso, la « perle » des monts Sibyllins, fondée en l’an 907 et qui a survécu à tous les types de pillage depuis l’empire byzantin, espère renaître même si tous les habitants ont été temporairement relogés ailleurs depuis les deux secousses de magnitude 5,5 puis 6,1 qui ont endommagé tous les bâtiments mais sans faire de victime, le 26 octobre.

Dans les décombres de l’église Saint-François, une quarantaine de personnes armées de gants et de casques – jeunes volontaires, experts en art, fonctionnaires du ministère de la Culture, pompiers, membres de la Protection civile et carabiniers des casques bleus – tentent d’extraire délicatement les pièces qui ornèrent ce joyau du Moyen Age.

« C’était l’église la plus ancienne de la région des Marches, une région avec des trésors inestimables et qui comptait pas moins de 483 églises » , explique le responsable du chantier, Pierluigi Morricone, historien d’art qui travaille pour l’unité de crise mise en place par le ministère de la Culture. « Nous sauvons environ six cents œuvres d’art par jour. Soit au moins cinq mille au cours des dernières semaines » , précise-t-il avec fierté.

Libye, Syrie, Irak…

Créé en février 2016 en partenariat avec l’Unesco, le corps compte désormais trente carabiniers spécialisés et trente experts prêts à intervenir dans les zones de catastrophes ou de conflits.

La formation de quarante autres casques bleus culturels doit commencer dans quelques mois et l’Italie assure que de nombreux pays souhaitent lui emboîter le pas.

« Nous sommes préparés pour travailler dans n’importe quel pays. En Libye, en Syrie, en Irak, nous avons beaucoup d’expérience dans le domaine de la protection des biens culturels « , explique le capitaine Montorsi.

« Les carabiniers italiens comptent la sauvegarde du patrimoine parmi leurs prérogatives depuis 1969 et ont déjà formé des policiers de nombreux pays », ajoute-t-il, tout en coordonnant le départ de camions chargés de trésors en partance pour des entrepôts dont l’emplacement restera secret.

Auteur: A.Lo. (avec AFP)
Source: La Libre (mis en ligne le 01/04/2017)