Centre culturel Espace Senghor | 25 octobre 2012 | de 12h à 14h

Les opérateurs culturels et artistiques sont quotidiennement confrontés à la question des publics et de leur réception de l’offre culturelle proposée. Divers moyens tels que sensibilisation, ouverture et actions participatives, ont été progressivement développés depuis les années septante afin de traduire ces préoccupations et tenter d’apporter des pistes d’action et de réflexion sur le rôle à jouer par les opérateurs culturels et artistiques. Les centres culturels, parce qu’ils s’inscrivent dans une logique d’action culturelle de proximité, sont aujourd’hui plus que jamais au cœur de la réflexion sur les publics, et en particulier les publics en marge des pratiques culturelles. Ils sont les lieux privilégiés pour l’action des « passeurs de culture ». Leur mission de triangulation entre institution, œuvres culturelles et les citoyens y trouve un espace de dialogue et d’interaction propice à la cohésion sociale.
Dès lors, la notion de passeurs de culture s’inscrit tout naturellement dans un contexte plus général de médiation culturelle qu’il est nécessaire d’interroger. Qu’entendons-nous par « médiation culturelle » et dans quelles mesures les spécificités nationales influent-elles sur l’exercice des droits culturels de chacun ? L’analyse des différentes portées historiques et nationales permettra d’appréhender plus aisément les dimensions de la médiation culturelle et celui des passeurs de culture dans les processus d’émancipation sociale et individuelle de chacun en Belgique francophone.

Tour d’horizon des définitions

En France, la médiation culturelle est la forme la plus élaborée de l’animation culturelle, à présent connotée négativement. On la retrouve à la fois sur le plan de la pratique professionnelle et de la relation avec le public ainsi que sur le plan du discours et de l’action étatique. En effet, la médiation culturelle, telle que conçue par les décideurs politiques et les intervenants culturels, vise à restaurer le lien social et en inventer de nouveaux en cherchant à faire le pont entre l’individu et la collectivité, la culture et la politique, l’art et la société. Elle implique donc une transformation des rapports sociaux en même temps qu’une évolution importante des systèmes de transmission culturelle. Ainsi, l’animation culturelle se transforme en médiation culturelle dès lors que les pouvoirs publics prennent en charge ses idéaux dans le cadre de programmes d’actions volontaristes en direction de certains publics (prisonniers, malades, handicapés), zones en difficulté (banlieues, zones rurales) et groupes sociaux particuliers. Cette prise en charge se traduit également par la reconnaissance et l’encouragement dans la création de nouveaux lieux d’activités et par le soutien à de nouveaux contenus artistiques ou de nouvelles méthodes.(1)

Au Canada, les activités de médiation culturelle concernent les initiatives qui créent des opportunités de rencontres et d’échanges personnalisés favorisant l’apprentissage et l’appropriation de la culture par les personnes qui se trouvent les plus en marge de l’offre culturelle professionnelle. Ces actions mettent donc l’accent sur un travail de contact et permettent de créer un pont entre le citoyen et l’activité culturelle. (2)

Dans les pays anglo-saxons, on parle d‘interprétation et non de médiation. L’interprétation, loin d’être une science exacte, est considérée un amalgame de création, de recherche, d’engagement envers un public qui attend des interprètes qu’ils transmettent leurs désirs, leurs joies et leurs connaissances. Sa vocation est ainsi de mettre en œuvre ces rencontres. Le terme « éducation » revient également, mais c’est surtout la dimension d’ « interprétation » qui est retenue. Selon Freeman Tilden, l’interprétation est une activité éducative qui dévoile des choses par sa relation avec l’expérience personnelle et non simplement par la seule communication de renseignements concrets.(3) Peter Howard, quant à lui, rappelle que la notion d’interprétation est née aux Etats-Unis, dans un contexte particulier correspondant à une certaine vision de l’histoire linéaire, en lien avec le développement de l’écologie.(4) Les termes «interprétation» et «médiation» ne sont donc pas neutres et témoignent de valeurs, d’histoires, de pratiques et d’un certain regard sur le patrimoine. Le médiateur doit donc lui-même interroger ses logiques d’actions, les contenus qu’il souhaite transmettre, ainsi que les formes de cette médiation.

Dimensions de la médiation culturelle

La médiation culturelle possède donc une dimension anthropologique en relation à une culture dite « globale ». Elle concerne alors l’ensemble des pratiques et des expressions culturelles de la population en lien avec la diversité des modes de vie, des valeurs et des identités. La médiation culturelle est en ce sens une forme d’« éducation informelle » puisqu’elle se situe à l’intersection du culturel, de l’éducation, de la formation continue et du loisir.
La portée de l’intervention de l’État dans ce champ d’action culturelle rejoint la conception du développement culturel. Compte tenu des limites de la démocratisation culturelle, cette approche cherche à élargir la portée du soutien public aux arts et à la culture en prenant en compte l’éducation, l’animation et l’intervention directe auprès des publics éloignés de l’offre et des services culturels. La médiation culturelle devrait donc accompagner l’ensemble des citoyens, et prioritairement les plus démunis, dans une démarche qui offrirait à chacun la possibilité de participer activement à la vie culturelle et citoyenne.

La dimension sociale de la médiation culturelle, telle que l’explique Jean Caune,(5) doit se concevoir dans la mise en rapport entre un axe horizontal, celui des relations interpersonnelles, et un axe vertical, qui oriente les rapports dans la durée. La notion de médiation recouvre ainsi trois approches – socio-politique, théorique et pratique – qui, bien souvent, se superposent voire se confondent. En premier lieu, les usages socio-politiques du terme font que la médiation joue une fonction idéologique : elle apparaît comme un moyen que se donne l’institution (juridique, politique ou culturelle) pour maintenir le contact avec les citoyens tout en proposant – certains diront imposant – des représentations et des relations sociales. En second lieu, l’approche théorique implique d’établir une notion, puis de choisir ses orientations ou points de vue, empruntés aux sciences sociales et humaines, afin de transformer cette notion en un instrument de pensée, c’est-à-dire un concept qui orientera les strates politiques et sociales des institutions. En dernier lieu, la médiation peut être examinée comme un ensemble de pratiques sociales qui se développent dans des domaines institutionnels différents et qui visent à construire un espace déterminé et légitimé par les relations qui s’y manifestent. Ainsi, des institutions comme l’école, les médias ou encore les opérateurs culturels peuvent être analysés en fonction des relations interpersonnelles qu’ils valorisent. En termes artistiques ou esthétiques, la médiation culturelle comprend l’ensemble des fonctions qui, à partir des œuvres et de leurs destinataires, produisent le lieu, le temps et les moyens de la rencontre entre ces œuvres et ces destinataires.(6) La médiation culturelle de l’art, c’est réaliser des échanges entre les arts et les individus, ; parvenir à prendre en compte le secteur culturel, ses professionnels, ses artistes, ses œuvres et savoir les rendre accessibles à divers publics.

La médiation culturelle est donc au cœur des préoccupations lorsque l’on parle de démocratie culturelle et de démocratisation culturelle, tel que présenté dans le schéma de Eva Quintas, Directrice de projets de La Culture pour tous au Canada.

En favorisant à la fois l’accès et la participation à la culture, la médiation culturelle est un processus qui permet l’exercice des droits culturels, et ne peut dès lors se réaliser que par l’intermédiaire du médiateur, ou passeur de culture, la finalité étant de parvenir à l’émancipation sociale et individuelle de chacun.

Quel rôle pour le médiateur culturel ?

L’importance du médiateur culturel est aujourd’hui reconnue. Le fait que l’accessibilité à la culture dépende de la connaissance des codes culturels rend nécessaire l’intercession de médiateurs (animateurs, informateurs, accompagnateurs, pédagogues) et, en amont, l’élaboration de procédures de médiation. Les médiateurs s’attachent à favoriser l’émergence de confrontations et de rencontres efficaces sur le plan artistique et culturel. Le problème n’est plus seulement de sensibiliser des populations à la culture mais de soutenir les mutations du champ culturel (crise des valeurs, conflit des références, coexistence culturelle, etc.). La fonction des médiateurs revient à relier, favoriser des passages ou des liaisons, surtout lorsque des confrontations culturelles sont prévisibles.(7)

Les médiateurs – les passeurs de culture – sont donc des spécialistes chargés de la relation entre toutes les formes d’art, de culture, de patrimoine et les populations : à eux de donner du plaisir et des outils de lecture, de provoquer la découverte et l’envie d’en faire davantage, d’inviter à regarder le monde. La médiation culturelle de l’art, par l’interprétation qu’elle donne, fait des œuvres d’art le centre d’un débat, d’une controverse.

Les métiers de la médiation culturelle sont variables et constamment redéfinis à la fois par la spécificité des publics et individus ciblés, ainsi que par le contexte artistique, culturel, social dans lesquels ils s’inscrivent. Ils opèrent soit de manière indirecte par l’organisation de la rencontre avec le public, la planification et mise sur pied des projets et des activités de médiation culturelle, ou bien de manière directe par la mise en œuvre et l’animation d’activités publiques ou la présence physique du médiateur.

Pourquoi la médiation culturelle ?

Le travail de médiation est l’objectif prioritaire de tout centre culturel. Par l’élaboration de stratégies et outils d’animation, nos institutions ont la mission de faciliter l’émancipation sociale et individuelle de chacun tout en accordant une attention particulière aux groupes de personnes fragilisées en lien avec les objectifs de démocratisation et de participation culturelle. La réflexion sur la médiation culturelle ne peut s’envisager autrement que liée au droit à la culture ; c’est l’exercice même de ce droit qui demande un effort de médiation culturelle et l’intervention d’un médiateur culturel.

Les États participants à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme (Vienne, Autriche, 14-25 juin 1993) ont reconnu à l’unanimité que tous les droits de l’homme – civils, culturels, économiques, politiques et sociaux – étaient universels, indivisibles, interdépendants, inter-corrélés, et d’une égale importance. En dépit de cette affirmation clairement exprimée, les droits de l’homme ont été largement considérés par un grand nombre d’États comme de simples déclarations dénuées d’obligations légales. Bien plus, les droits culturels n’ont pas été codifiés dans le droit international des droits de l’homme de façon aussi détaillée que les autres. Pour plusieurs raisons (politiques, idéologiques, économiques, etc.) les progrès dans la mise en œuvre des droits culturels ont été plus lents que dans le cas des droits civils et politiques. La situation est cependant en train de changer et l’on note un certain progrès dans la compréhension du fait que la pleine application des droits culturels est indispensable à la paix et la sécurité. Elle est aussi cruciale pour un libre développement de la personnalité humaine.

La déclaration Universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (Paris, octobre 2005) stipule des lignes directrices fondamentales que les parties signataires se sont engagées à respecter et mettre en œuvre, telles que :

  • favoriser l’échange des connaissances et des meilleures pratiques en matière de pluralisme culturel, en vue de faciliter l’intégration et la participation de personnes et de groupes venant d’horizons culturels variés ;
  • avancer dans la compréhension et la clarification du contenu des droits culturels, en tant que partie intégrante des droits de l’homme.

Dans le sillon de la Déclaration Universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, il existe la déclaration de Fribourg sur les droits culturels (Fribourg, mai 2007). Celle-ci promeut la protection de la diversité et des droits culturels au sein du système des droits de l’homme en rassemblant et explicitant les droits culturels déjà reconnus mais trop souvent dispersés dans de nombreux textes et traités internationaux. Le principe fondamental de cette déclaration réside sur le concept de dignité humaine et vise à garantir les points suivants reconnus comme droits culturels : identité et patrimoine culturel, référence à des communautés culturelles, accès et participation à la vie culturelle, éducation et formation, information et communication, coopération culturelle.

Pour Céline Romainville, « le droit à la culture traduit des valeurs éthiques au plan juridique : émancipation des individus, renforcement du lien social, justice sociale, développement des capabilités et lutte contre les inégalités. »(8) L’auteure poursuit : « En établissant un lien entre les politiques relatives aux Centres culturels et le droit des droits fondamentaux, le droit à la culture peut venir apporter une nouvelle légitimité à ces politiques, voire contribuer à leur refondation. Et cet apport est loin d’être anecdotique, à l’heure où le service public culturel est de plus en plus menacé par la libéralisation du secteur des ‘biens et services’ culturels : le droit à la culture impose de reconsidérer cette rivalité entre droit économique et droit public de la culture en termes de conflits de droits fondamentaux (droit à la culture versus libertés économiques) et de conflits de Traités (traités relatifs aux droits de l’homme versus accords commerciaux internationaux) ».(9)

La Constitution belge reprend, elle aussi, une référence au droit à la culture dans son article 23 qui reconnaît notamment à chacun le « droit à l’épanouissement culturel ».

Eventail de quelques pratiques mises en œuvres dans le contexte bruxellois et pistes de travail

La médiation culturelle fait partie intégrante du processus de démocratisation de la culture et prend appui sur les missions originelles des centres culturels, c’est-à-dire l’éducation permanente et la mise en place de dispositifs de sensibilisation à la culture. Ce processus de démocratisation culturelle qui, aujourd’hui, s’inscrit davantage dans la question de l’exercice des droits culturels, doit être repensé et nourri de la pratique quotidienne des travailleurs culturels, notamment au vu de l’utilisation grandissante de la culture dans les actions de cohésion sociale.

Le Déjeuner Thématique, organisé par la Concertation des Centres Culturels Bruxellois le 25 octobre 2012, a permis de brosser un tableau de certaines pratiques à Bruxelles.

L’asbl Article 27 part du postulat faisant de l’individu le centre de la pratique artistique. Grâce à son réseau étendu, la médiation culturelle participe à un travail de fond avec le public, l’institution sociale et l’institution culturelle au travers de questionnements bien ciblés.
Ainsi, leur publication Regards sur la médiation culturelle est un bel outil de réflexion sur la médiation culturelle à Bruxelles, mais aussi ailleurs. Il y est notamment mentionné le rôle de la médiation culturelle :

« Qu’est-ce que la médiation culturelle aujourd’hui ? Au croisement de disciplines, de champs d’études et d’institutions très diverses, au-delà des définitions théoriques et universitaires, la médiation culturelle est un ensemble de pratiques qui organisent « ici et maintenant » la rencontre entre des lieux de culture, des collections, et des publics dans toutes leurs diversités. »(10)

Attention cependant à ne pas s’enfermer dans une vision réductrice de la médiation culturelle. Il ne s’agit pas seulement d’un ensemble de compétences, mais bien une plateforme publique qui puise ses origines et sa force dans une histoire et des valeurs bien particulières : « C’est une fonction politique au sens où elle créé les conditions nécessaires à l’émergence de débats entre les publics et autour des œuvres, à l’expression de goûts et de préférences, à la construction de soi en dialogue avec l’autre. »(11)

La mission principale de Recyclart est d’explorer le champ culturel pour rendre complice un public. L’originalité de ce centre vient du fait qu’il est une des rares institutions bicommunautaires à Bruxelles ; il est donc important de développer le côté « passe-plat d’inspiration », c’est-à-dire jouer ce rôle de passeur de culture.

« Un médiateur culturel, oui, mais pour quelle(s) culture(s) ? ». La fragmentation culturelle née de la première guerre mondiale a fait de la ville le noyau de la société – 75% de la population sera urbaine d’ici 2050 ; cela implique une densité de population grandissante et une urbanisation toujours croissante. La ville est également un espace de différences, à l’inverse du ghetto qui est un espace homogène (ghetto social, ethnique, religieux, etc.). Afin de sensibiliser les publics, il faut donc pouvoir reconstruire une culture à base de choses simples et ensuite réfléchir à comment la faire transmettre au tout-public, notamment au travers d’une atmosphère de convivialité, sans obligation. La spontanéité ne se crée pas, il faut créer soi-même les conditions propices à la rencontre.

Dirk Seghers nous a également fait part d’une remarque courante qu’on lui adresse souvent par rapport aux activités proposées par Recyclart : est-ce le rôle d’un centre culturel d’organiser des soirées ? Dans le cadre urbain que créé Bruxelles, leur offre culturelle prend tout son sens, car cela permet un croisement des publics. Recyclart est un bon exemple d’approche « triangulaire » au cœur de la médiation culturelle : ses activités permettent une articulation artistique pointue (par la sensibilisation à l’art contemporain), l’utilisation d’outils d’inclusion socio-économique par l’emploi (atelier métallurgie, menuiserie, café Recyclart), ainsi que la création d’un pôle d’inclusion sociale qui passe par l’expression d’un regard décalé sur l’art (cf. soirée Tupperware ou le four à pain collectif). La combinaison entre emploi et culture porte ses fruits à la fois sur la cohésion sociale et l’inclusion culturelle.

Le théâtre Les Tanneurs a pour mission de proposer une offre en théâtre et danse contemporaine. Il s’agit d’une petite structure qui permet d’allier rencontre et démarche artistique, notamment au travers de ses divers cadres d’action. La médiation est conçue aux Tanneurs comme un accompagnement des publics dans un esprit d’ouverture et une volonté de rencontre avec les artistes et leurs démarches. Cette démarche s’appuie elle-même sur :

  • une perspective humaniste avec un réel souci de privilégier l’interculturalité ;
  • des désirs mutuels de rencontre, qui favorise accueil et accessibilité ;
  • une logique de partenariat, avec toute une série d’individus qu’ils soient artistes, travailleurs sociaux, enseignants, etc.

Un exemple de médiation culturelle à effet pérenne est celui des « projets-quartiers » (au nombre de 8 pour l’instant). Ces projets en création, proposés depuis 2002 dans une volonté de susciter une vraie rencontre entre des amateurs curieux d’explorer leur créativité et des artistes soucieux d’intégrer ce processus créatif dans leur parcours professionnel. Ces artistes permettent ainsi aux créations des non-professionnels d’être programmées au même titre que n’importe quel autre spectacle « grand public ». Cette démarche exige que les individus s’impliquent donc pour une période d’au moins un an (une saison entière). Les « projets-quartiers » ont également donné naissance à un comité de spectateurs (25 personnes environ) qui offre la possibilité aux participants des « projets-quartiers » de se revoir pour continuer la démarche créative après le spectacle et entretenir un lien avec Les Tanneurs. Les participants sont ainsi accompagnés une fois le spectacle créé afin d’opérer le « deuil » du projet de manière graduelle en maintenant un lien avec le théâtre et les autres artistes. En intégrant de nouvelles personnes tout au long de l’année, ce comité fournit un cadre d’accueil qui favorise les relations, une des missions du théâtre.

Le débat qui a suivi entre les différents intervenants et l’auditoire a permis de mettre l’accent sur la nécessité de favoriser la médiation culturelle comme un moment de rencontre, une fin primordiale pour les centres culturels qui soutiennent l’action culturelle de proximité. On note ainsi un rapport au territoire très fort qui reste fondamental dans la manière de penser les relations entre les médiateurs culturels, le public et l’offre artistique.
Il est également essentiel de rappeler que les « Passeurs de Culture », en raison de la dimension territoriale de leur action, subissent des contraintes de toutes sortes liées à leur(s) (manque de) moyens. Ainsi, pour que la rencontre puisse s’opérer dans les meilleures conditions possibles, chaque partie doit faire l’effort de faire un pas dans la direction de l’autre : le médiateur vers le public en ayant à l’esprit que la culture est un droit et non une obligation, et le public vers la culture en ayant une démarche volontaire et ouverte. Une fois ces conditions réunies, la rencontre peut alors susciter un autre regard sur la culture qui donnera naissance à de nouvelles pratiques.

Perspectives

La médiation axée sur les pratiques artistiques et les publics concernés par les arts se rattache donc à une approche médiatrice plus globale considérant que les œuvres d’art peuvent accompagner et développer nos questionnements culturels et notre vie en société. Par ailleurs, la médiation culturelle des arts s’appuie sur le principe d’un mouvement de va-et-vient et de chevauchement entre les différents registres et pratiques culturels : l’art est une richesse pour la culture et les développements sociaux ; de son côté, la culture (même de masse) influence les pratiques artistiques. La médiation vise dès lors à réduire l’écart produit par les barrières culturelles (compétences, éducation), socioéconomiques (pauvreté), psychologiques, géographiques, linguistiques, ethnoculturelles, physiologiques (handicap), etc. Cette mise en relation créée des conditions favorables à une expérience signifiante pour les individus. Bernard Lamizet conçoit la médiation culturelle comme : « […] les formes culturelles d’appartenance et de sociabilité en leur donnant un langage et en leur donnant les formes et les usages par lesquels les acteurs de la sociabilité s’approprient les objets constitutifs de la culture qui fonde symboliquement les structures politiques et institutionnelles du contrat social »(12). La médiation culturelle, dans sa portée esthétique et symbolique, englobe donc tout autant les artistes que le public, les lecteurs, auditeurs et usagers, lesquels peuvent tous devenir des « acteurs de la sociabilité » et des « acteurs de la médiation culturelle».

Tous les opérateurs culturels et artistiques sont confrontés à la question des publics et de la manière dont les personnes qui les composent, réagissent (ou non) à l’offre programmée. Les directeurs de centres culturels, comme ceux de la plupart des lieux artistiques bruxellois, s’interrogent sur la manière d’être davantage au diapason avec tous ceux et toutes celles qui, pour diverses raisons, franchissent peu, voire pas du tout, les portes d’un lieu culturel. A cette question fondamentale – pour qui produisons-nous des œuvres culturelles ? – plusieurs approches ont été développées, et certaines d’entre elles présentées lors de ce Déjeuner Thématique. Entre sensibilisation, facilitation de l’accès à la culture et participation, les animateurs, puis les médiateurs, ont usé d’un éventail d’outils, de pratiques et de réflexions pour mieux appréhender la réalité des personnes « hors-champ culturel« . Peu importe qu’on les nomme « ambassadeurs culturels », « médiateurs culturels » ou « passeurs de culture », ces travailleurs de la Culture sont aujourd’hui à la croisée des chemins : comment repenser l’action culturelle de proximité dans les centres culturels ? Comment toucher les publics éloignés (culturellement, socialement, économiquement) de la culture ? Quelles sont les « bonnes pratiques » en la matière et comment s’en inspirer ? Ces questionnements sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité, notamment au vu du nouveau décret sur les centres culturels de la Fédération Wallonie Bruxelles, et dont la situation est partagée par d’autres opérateurs culturels.

Bruxelles, le 18 décembre 2012

Pour la Concertation des Centres culturels bruxellois,
Béatrice MINH & Lamia MECHBAL

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Notes

(1) Ministère de la Culture et des Communications (France) ; http://www.culture.gouv.fr/culture/politique- culturelle/ville/mediation-culturelle/mn.pdf

(2) Ville de Montréal, Programme montréalais d’action culturelle.

(3) Freeman Tilden, Interpreting our Heritage, UNC Press, 1967. Les six principes de l’interprétation définis par Freeman Tilden sont les suivants : «l’interprétation doit appeler à l’expérience du visiteur; elle doit être une révélation fondée sur l’information; l’interprétation est un art, elle cherche à provoquer plus qu’à instruire ; elle s’adresse à l’homme toute entier plutôt qu’à une de ses caractéristiques, elle emprunte des formes distinctes pour les adultes et les enfants. »

(4) Daniel Jacobi, «Le patrimoine, interprétation et médiation». La médiation culturelle dans un lieu patrimonial en relation avec son territoire, 2000, p. 21-24. Actes du colloque tenu au château de Kerjean, 6 et 7 juin 2000.

(5) Jean Caune, La médiation culturelle : une construction du lien social, 2000, http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2000/Caune/ index.php

(6) Médiateurs pour l’art contemporain : répertoire des compétences, Paris, La documentation française, 2000.

(7) Christian Ruby in Emmanuel de Waresquiel, Dictionnaire des politiques culturelles, Larousse, CNRS, 2001, p. 400-401.

(8) Céline Romainville, Les droits culturels : un nouveau référentiel pour les Centres culturels ?, Observatoire des politiques culturelles, 2011, p. 5.

(9) Céline Romainville, op. cit., p. 7.

(10) Regards sur la médiation culturelle à partir de Article 27 Bruxelles, lien : http://www.article27.be/outils/_docs/Regards_sur_la_mdiation_culturelle.pdf, p. 65.

(11) Regards sur la médiation culturelle à partir de Article 27 Bruxelles, lien : http://www.article27.be/outils/_docs/Regards_sur_la_mdiation_culturelle.pdf, p. 65.

(12) Bernard Lamizet, La médiation culturelle, Paris/Montréal, L’Harmattan, 1999, p.9

 

Références bibliographiques

Portails et sites de référence:


Lexique sur la médiation culturelle et politique de la ville. Ministère de la Culture et des Communications (France)
 http://www.culture.gouv.fr/culture/politique-culturelle/ville/mediation-culturelle/index.html

Culture pour tous (Canada) http://www.culturepourtous.ca/

Médiation culturelle (France, 2006). http://www.mediation-culturelle.info/

Publication et articles :

Beillerot, Jacky, (2000), « Médiation » dans Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation, Nathan, Paris.

Caillet, Elisabeth, (2007), Accompagner les publics, la médiation culturelle, L’Harmattan, Paris.

Aussi de la même auteure :
 (2000), Médiateurs pour l’art contemporain: répertoire des compétences, La documentation Française, Paris.
(1995), A l’approche du musée ; la médiation culturelle, PUL, Paris.

Caune, Jean, (2006) La démocratisation culturelle, une médiation à bout de souffle, Presses de l’université de Grenoble, Grenoble.
Egalement du même auteur :
(2000), La médiation culturelle : une construction du lien social, http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2000/Caune/index.php. (1999), Pour une éthique de la médiation: le sens des pratiques culturelles, Presses universitaires de Grenoble.

Chante, Alain, (2000), La culture et la médiation culturelle, Montpellier, Réseau CRDP/CDDP Languedoc- Roussillon, Montpellier.

Lacerte, Sylvie, (2007), La médiation de l’art contemporain, Éditions d’art Le Sabord, Trois-Rivières.

Lamizet, Bernard, (2000), La médiation culturelle, L’Harmattan, Paris.

Rasse, Paul, (2001), « La médiation entre idéal théorique et application pratique », dans Recherche en communication, n. 13, Louvain-la-Neuve.

Ruby, Christian, (2001), « Médiation culturelle », dans Emmanuel de Waresquiel, Dictionnaire des politiques culturelles, Larousse CNRS, 2001, pp. 400-401.

Projets :

Les Passeurs de Culture (Mons/Maubeuge) : http://www.lemanege.com/cgi?usr=c282bh4ywa&lg=fr&pag=1335&rec=0&frm=0&par=aybabtu&id=4379&flux=518167

Initiatives de médiation culturelle (Montréal) : http://www.culturepourtous.ca/mediation/journee%20mediationCPT_26032010_synthese.pdf