La très belle histoire de la maison qui s’ouvrira en 2017 à Bruxelles.

C’est un des beaux projets des musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. En 2017, s’ouvrira au 132, rue Haute, au cœur de Bruxelles, la « Maison Bruegel ». Et avec les cinq œuvres de Pierre Bruegel l’Ancien, au musée, cela devrait vite devenir un « must » pour les visiteurs et les touristes. On le sent dès aujourd’hui, car les sponsors sont si nombreux qu’on a dû en refuser. Et tout le quartier est déjà enthousiaste de ce projet.

L’Inspection des finances a donné son feu vert. La rénovation se fera par la Régie des bâtiments, le musée et des sponsors, et le fonctionnement de la « Maison Bruegel » sera « self-supporting », payé par les entrées et le merchandising. Bruegel est une marque mondialement connue.

Multimédia
Un des points forts sera un ensemble multimédia autour de Bruegel et de son œuvre, tout nouveau, sponsorisé par Suez qui réalise déjà le multimédia du futur musée Fin de siècle qui s’ouvrira en décembre. Ce multimédia sera présenté déjà avant 2017, dans plusieurs grands musées du monde. Le musée des Beaux-Arts de Bruxelles compte la seconde plus grande collection de Bruegel après celui de Vienne, et il veut faire de Bruegel un de ses atouts.

L’histoire de cette maison est passionnante.
Pierre Bruegel est né, croit-on (on n’en est pas sûr), en 1526 dans un village qui serait, soit proche de Breda aux Pays-Bas, soit près de Bree en Belgique. Son talent fut précoce et il fit son apprentissage auprès de Pierre Coecke van Aelst, un maniériste italianisant d’Anvers. Il fut reçu franc-maître à la Gilde d’Anvers et il part pour l’Italie et Rome en 1551. Il demeure à Anvers et travaille entre autres comme graveur pour le grand éditeur Hieronymus Cock (on a vu, au musée M de Leuven, une belle exposition consacrée à cet éditeur et Bruegel). En 1563, il se fiance dans la cathédrale d’Anvers avec Mayken Coecke van Aelst, la fille de son maître. Et puis, brusquement, il déménage pour Bruxelles.

Pourquoi ?
Joost Vander Auwera, conservateur au musée des Beaux-Arts, commissaire de la dernière et superbe expo Jordaens, et chef du projet Bruegel, nous explique qu’on vient de confirmer une hypothèse très romantique : Pierre Bruegel était tombé amoureux d’une servante et sa future belle-mère lui mit le marché en mains; s’il voulait épouser sa fille, il devait quitter Anvers, trop dangereuse, et vivre à Bruxelles. Il s’y mariera deux mois à peine après ses fiançailles à Anvers, dans l’église de la Chapelle.

Pierre Bruegel vécut alors à Bruxelles avec sa famille de 1563 à sa mort en 1569, à 43 ans à peine. C’est là qu’il peignit ses plus célèbres tableaux.

S’il est établi qu’il habitait les Marolles (appelé aujourd’hui le quartier Bruegel), alors très huppé et fréquenté par les artistes et les lissiers qui faisaient la fortune de Bruxelles avec leurs tapisseries, on n’a pas de preuves formelles de l’endroit exact où il habitait. De nombreuses archives ont disparu dans le bombardement de Bruxelles en 1695, par le maréchal français de Villeroy.

120 objets anciens
Le 132, rue Haute a toujours été appelé la maison de Bruegel, mais sans autres preuves. Une étude de l’université de Liège sur l’âge des poutres de la toiture (par dendrochronologie) a montré qu’elles dataient de 1541, soit avant la venue de Bruegel, et c’est dans cette maison qu’est mort en 1685 David III Teniers, un peintre descendant de Pierre Bruegel l’Ancien. Tout concorde donc pour dire que cette maison fut soit celle de Bruegel, soit contemporaine à Bruegel.

Elle fut sauvée en 1940 par un passionné de Bruegel, Frans Heulens, qui entreprit de la restaurer avec les Monuments et sites, de 1958 à 1969. Avec son épouse Irène Heulens-Vandermeiren, ils achetèrent aussi plus de 120 objets anciens datant de l’époque de Bruegel et qui se retrouvent sur les tableaux de Bruegel (comme des cannes). Irène Heulens-Vandermeiren, veuve, légua le tout aux musées royaux des Beaux-Arts en 2007.

Dix ans plus tard, la maison, rénovée, mise aux techniques les plus modernes, devrait donc rouvrir.

Joost Vander Auwera explique que le business plan est prêt, que des visites couplées sont prévues pour visiter les salles Bruegel au musée, suivi d’une visite de la Maison Bruegel et d’une visite de l’église de la Chapelle où Bruegel est enterré. La rénovation prend du temps car la maison est fort délabrée et que tout est protégé. On ne peut même pas planter un clou dans les murs. La Maison Bruegel comprend, à l’arrière, un petit jardin qui pourrait donner lieu à une terrasse pour les visiteurs qui, de toute manière, ne pourront pas être nombreux car l’espace est limité.

Une salle entière du musée des Beaux-arts est consacrée à l’œuvre de la famille Bruegel. Cinq œuvres de Pierre Bruegel l’Ancien y sont exposées : L’Adoration des mages, La Chute des anges rebelles, Le Dénombrement de Bethléem, Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, et La Chute d’Icare, mais on sait que l’attribution de ce tableau à Pierre Bruegel l’Ancien a été fortement mise en question. Si l’ensemble est moindre que celui de Vienne, rien que les panneaux sur La chute des Anges et Le Dénombrement de Bethléem sont des chefs-d’œuvre absolus.

Pour Michel Draguet, ce projet est aussi utile pour démontrer aux plus extrémistes de Flandre que le musée des Beaux-Arts s’intéresse aux artistes des deux communautés. Magritte et le futur musée Fin de siècle sont parfois étiquetés francophones. Bruegel, lui, est étiqueté néerlandophone, même si cette attribution est très sujette à caution, la réalité de l’époque étant bien plus fluctuante que les étiquettes qu’on veut parfois y plaquer aujourd’hui.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 07/08/2013)