« Le plus gros investissement culturel à Bruxelles depuis Léopold II », clame la Région bruxelloise.

Mercredi soir, plus de 200 représentants du monde culturel bruxellois étaient invités au garage Citroën pour une visite des lieux et un exposé des responsables du mégaprojet de « Pôle multiculturel, pluridisciplinaire » avec entre autres, deux musées. Le ministre-président Rudi Vervoort, les responsables du Centre Pompidou (Bernard Blistène, directeur du musée d’Art moderne et Denis Berthomier, DG du Pompidou), étaient là aux côtés d’Yves Goldstein chargé par la région bruxelloise de conduire ce projet et que nous avons rencontré à cette occasion.

Les participants ont pu se rendre compte que derrière le show room bien connu, il y a tout le garage avec ses immenses verrières: une vraie cathédrale à rénover.

Il s’agissait aussi de tenter de rassurer les inquiétudes nées de ce projet.

Lors de son annonce en septembre, on avait déjà indiqué que le choix serait de dédier les 35000 m2 entièrement à la culture. « C’est la première fois depuis Léopold II qu’un tel investissement culturel se fera à Bruxelles », s’enthousiasme Yves Goldstein qui nous en précise les affectations : 15000 m2 pour le futur musée d’Art moderne et contemporain, soit 8000 m2 pour l’expo permanente, 4000 m2 pour les expos temporaires -deux de front- et 3000 m2 pour l’administratif.

L’autre musée consacré à l’architecture (à partir du Civa et des archives Sint Lukas) aura 10000 m2. Les 10000 m2 restant, avec l’actuel show room et ses 21 m de hauteur de plafond et deux « rues » qui traverseront le « Pôle culturel » seront des « espaces publics » : expos, ateliers d’enfants, horeca, incubateur de start-up culturelles et des salles disponibles pour les acteurs culturels bruxellois (Goldstein cite le Kunsten, Passa Porta, RAB, etc.).

Concours international

On a appris aussi que Laurent Busine, l’ex-directeur du Mac’s au Grand Hornu, venait d’être nommé conseiller spécial d’Yves Goldstein pour l’artistique pendant la phase préparatoire. Goldstein veut ainsi marquer qu’il ne s’occupera pas directement de l’artistique. « Ce mégaprojet se réalisera, c’est maintenant clair, nous explique Busine. Autant alors faire que cela réussisse. Le bâtiment est fabuleux et l’apport du Pompidou était indispensable si on doit occuper 8000 m2 d’expo permanente alors qu’il n’y pas vraiment de collections publiques en Art moderne disponibles en Belgique. Mais je ne sais pas encore en dire plus et c’est un job part time ».

Au nom de la SAU, société d’aménagement urbain, propriétaire du Citroën, un concours international d’architecture sera lancé mi-avril. D’ores et déjà, dit Goldstein, les plus grands bureaux ont marqué un intérêt (Herzog&de Meuron, Koolhaas, Nouvel, etc.). L’enveloppe prévue pour les travaux est de 125 millions d’euros hors TVA et hors honoraires (au total, 170 millions d’euros). Mais on sait que pour de tels projets, les budgets sont souvent dépassés.

Un jury international présidé par un architecte choisira 7 bureaux qui présenteront des projets plus précis pour un choix final qui se ferait mi-2018. Les travaux commenceraient à l’automne 2019. Le projet sera présenté semaine prochaine, au Mipim à Cannes. Aucune date n’est avancée pour l’ouverture du nouveau Citroën

Autre échéance importante : fin avril sera mis en place un « comité d’orientation scientifique » avec entre autres des personnalités culturelles. Fin 2017, devrait être signée la convention avec le Pompidou.

De l’argent neuf

Cet été, Yves Goldstein doit sortir l’organigramme futur du Pôle culturel (beaucoup de noms circulent déjà sur son futur directeur artistique, « prématuré »).

Dès le printemps 2018, il y aura dans les locaux du Citroën encore en friche, un « phase de préfiguration », qui sera définie avec le comité d’orientation avec expos, spectacles, performances, « pour que les Bruxellois s’approprient déjà le lieu ».

Yves Goldstein a tenté de rassurer sur deux points : « Non, dit-il, le Pompidou ne viendra pas en colonisateur hégémonique. Fort de son expérience d’implication dans la ville, il travaillera avec nous, avec le monde culturel bruxellois. Le projet n’aura de sens que s’il sublime ce que Bruxelles fait déjà. Non, le projet ne prendra pas un euro aux acteur culturels actuels subsidiés surtout par les Communautés, car le budget viendra de la Région, ce qui est possible depuis la 6e réforme de l’Etat».

Sans convaincre tous les participants car beaucoup d’inconnues demeurent dont le coût de fonctionnement. La route sera encore longue. Yves Goldstein explique aussi qu’il « bétonnera » le projet pour le rendre irréversible avant les élections régionales de 2019.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 10/03/2017)