Erreur ! Penser qu’une société puisse être vivante, vitale, liée, ouverte, sans prendre en compte son histoire, ses histoires, sa mémoire, sans la nourrir de l’inventivité et de la compétence de ses artistes, sans y soutenir ceux qui inventent les formes et les récits de demain et nous disent du monde ce que nous n’en savons pas encore.

Erreur ! Et raisonnement de comptables oublieux ce qui nous a faits, oublieux de la puissance des mots, des sons et des images que font surgir les institutions culturelles aujourd’hui méprisées.
Erreur ! Asphyxier, même partiellement, les musées et les établissements de recherche, c’est hypothéquer, et le passé, et l’avenir.
Erreur ! Ignorer qu’une fois le souci alimentaire et celui d’un abri résolus, nous avons besoin, tous et chacun à notre manière, de nous éprouver comme des êtres en culture.
Erreur ! Car à poursuivre l’étouffement lent de ces institutions qui portent au-delà de nos frontières l’éclat de notre recherche, de notre puissance artistique et de nos imaginaires, le politique laisse le champ libre au marché. À nos risque et périls.

Faute ! Asséner un plan d’économie aussi considérable sans concertation, sans dialogue sur la manière de penser la contribution des institutions culturelles et des établissements scientifiques à l’effort d’assainissement, sans prendre en compte les efforts déjà consentis. Quel secteur supporterait pareil traitement ? Comment justifier pareille désinvolture, pareille ignorance de la nature même du travail artistique et scientifique et des conditions dans lesquelles il s’effectue aujourd’hui ?
Faute ! C’est d’investissements qu’ont besoin ces institutions, de rénovation, d’ambition, d’exigence, d’inventivité ! Car à défaut de le faire pour des raisons strictement culturelles et artistiques – cette indigence-là, aggravée aujourd’hui, ne date pas d’hier – il faut le faire pour des raisons économiques. Nombre de gouvernements européens plus inspirés jouent cette carte, à raison.
Faute ! Faute contre le service public et la démocratie ! Le déplacement du pouvoir d’arbitrage en matière culturelle et artistique, sans débat public, est une faute contre la démocratie. Amputés de leur moyens de fonctionnement, ces acteurs culturels en appelleront logiquement au privé qui leur dictera peu ou prou sa loi.
Faute ! Car derrière le plan comptable, derrière le non-projet sourd un autre plan, politique celui-là et dont les contours suscitent notre inquiétude. Défaire, dénouer, affaiblir, au nom d’une frontière, culturelle elle aussi et au sens le plus étroit qui soit.
Faute ! Faute contre l’éducation, contre la transmission, contre la mémoire, contre l’idée que nous nous faisons de la culture et du savoir !

Culture & Démocratie s’alarme.
Convaincus de ce que la culture – mémoire et création – doit se penser dans l’ouverture et l’altérité, conscients de l’instrumentalisation dont elle peut faire l’objet pour le meilleur et pour le pire, nous vous invitons à venir très nombreux le 28 novembre prochain, aux Halles de Schaerbeek. La journée que nous y organisons sous le titre « Culture ET Démocratie, questionner les évidences » a pour objet de débattre de ces questions.

Pour Culture & Démocratie,
Sabine de Ville, Présidente
Georges Vercheval, Vice-président