Culture et création au cœur de l’enseignement

Fidèle à une ligne de conduite définie il y a près de vingt ans, Culture et Démocratie affirme que la culture et l’éducation sont les fondements essentiels de la démocratie.
Convaincus, comme Stéphane Hessel, qu’il est urgent de nous libérer d’un modèle fondé sur « les moyens de communication de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous », nous avons organisé six tables-rondes sous le titre générique : « Un enseignement en culture : de l’utopie à la réalité ».

Le troisième cahier de Culture et Démocratie résume près de deux ans de travaux et d’échanges autour de la question de la place de la culture et de la création dans l’enseignement. « L’indispensable révolution » synthétise les interventions des rencontres et des débats organisés au sein de Culture et Démocratie et le commentaire critique qu’ils nous ont inspirés. L’ouvrage se conclut par les recommandations que nous adressons aux responsables politiques et à tous ceux qui sont partie prenante de notre système éducatif.

Un enseignement en culture. De l’utopie à la réalité.

Utopie ou réalité, Culture et Démocratie défend le projet d’un « enseignement en culture ». Intégrer structurellement celle-ci dans les savoirs et les compétences de tous, à tous les niveaux de l’enseignement et encourager l’expression artistique sous toutes ses formes, voilà un enjeu démocratique essentiel !

Au coeur de la pratique pédagogique, à tous les degrés et dans tous les types d’enseignement, il faut construire des savoirs, des compétences et des pratiques culturelles et artistiques. Il faut, vite, et de manière structurelle, donner une nouvelle légitimité à ces champs de savoirs profondément négligés pour stimuler la créativité et l’inventivité que requiert d’évidence, le monde contemporain.

  • La culture au coeur de l’enseignement : de quoi parle-t-on ?

« Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. La culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains rationnels, critiques et éthiquement engagés. C’est par elle que nous discernons les valeurs et effectuons des choix. C’est par elle que l’homme s’exprime, prend conscience de lui-même, se reconnaît comme projet inachevé, remet en question ses propres réalisations, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des oeuvres qui le transcendent. » (Unesco, Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, 1982)

Exploration du concept « culture » et réflexion autour de ce qui, aujourd’hui, fait défaut ou non, dans les cursus de formation obligatoire et supérieure. Quels sont les points de convergence et/ou de complémentarité entre une lecture anthropologique de la culture, la culture savante, la culture scolaire, la culture des adultes et celle des jeunes, toutes les formes de la culture ? Que serait un enseignement « en culture » ?

  • Pourquoi des projets Art et Ecole ?

« Les arts sont encore plus indispensables aux hommes et aux femmes que ce qu’il y a de meilleur dans la science et la technologie. … /… Nous sommes un animal dont le souffle de vie est celui des rêves parlés, peints, sculptés et chantés. Il n’y a ni ne saurait y avoir de communauté sur terre, si rudimentaires que soient ses moyens matériels, sans musique, sans quelque forme d’art graphique, sans ces récits de remémoration imaginaire que nous appelons mythe et poésie. » Georges Steiner, Grammaires de la création, Gallimard, Folio essais, Paris, 2001, p.313

Pour quelles raisons un décret « culture-école » a-t-il été adopté par la Communauté française? Pourquoi des opérateurs culturels proposent-ils des projets artistiques aux établissements d’enseignement? Pourquoi les écoles s’ouvrent-elles à ces partenariats?

  • La formation culturelle et artistique dans l’enseignement supérieur

« Inscrire la formation artistique et culturelle dans la formation des enseignants devrait avant tout, leur permettre de vivre cette expérience pour eux-mêmes, afin qu’ils en ressentent très intimement les avantages et les bienfaits. Cette formation devrait leur offrir la capacité de faire le lien entre ces activités artistiques et les enseignements qu’ils assurent. Elle devrait leur fournir une maîtrise de la conduite de projets en partenariat. » J.G. Carasso, Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ? Editions de l’atribut, Mercues, 2005, p.80-81

Etat des lieux à propos de la place de la culture dans l’enseignement supérieur. Partages d’expériences et de pratiques, débat et propositions concrètes.

  • La formation à l’image dans les cursus de formation obligatoire

« Teach europeans at a young age, in school, about Europe and about cinéma, about its own language and héritage of images, so they learn better how to see and differentiate. They are in a more educated position to understand and digest and cherish…/… with Sweden having the european leadership right now, we feel it ‘s a very good moment to bring this request to the attention of our goverments : establish the audiovisual language and grammar as an intégral part of the school curriculum and as a medium of communication. » Wim Wenders, European culture forum, Bruxelles, september 2009.

 Quelle formation à l’image, pour qui, par quels intervenants et avec quelles compétences ? Dans notre quotidien envahi par les images et les écrans, qui s’occupe en effet d’en décrypter le sens parfois lourd d’enjeux pour notre avenir ? Si les professeurs de français interrogent le texte avec les élèves, ces images ne sont-elles pas aussi du texte ? Au programme : état des lieux, réflexions et rapports d’expériences, constats des carences, ouvertures et impasses.

  • Les médiateurs culturels et les artistes intervenants

« Remontant aux années 80 dans son utilisation au sein du musée, le terme médiation peut être étudié comme un symptôme, à la fois, de l’évolution de la société et de celle de l’institution. Les médiateurs ne se résument plus aux seuls éducateurs de profession, qui auraient pour rôle de rendre compréhensible un ensemble, non
communicant par essence, à un public sans clefs d’appréhension de cet ensemble. L’institution musée représente une source ambiguë d’expériences multiples, d’éducation tout au long de la vie, dont les dynamiques varient considérablement selon les conditions de la visite. La formation des médiateurs représente donc un aspect crucial de cette aide au développement de la personne. »
Marie-Clarté O’Neill, Adjointe de la directrice des études de l’Institut National du Patrimoine (INP ), chargée de la formation initiale des conservateurs, chargée d’enseignement en médiation à l’École du Louvre

Qui sont les médiateurs culturels ? Quel profil ? Quelles missions ? Quelles modalités d’action ? Quelle formation ? Pourquoi l’éclosion de ce métier nouveau : symptôme ou avancée ? Quel bénéfice supposé ou réel pour l’école ? Quelles questions, quelles impasses aujourd’hui ?

  • La culture et les écoles à pédagogie alternative

« A condition de respecter un programme et un horaire minimum légalement fixés, chaque pouvoir organisateur jouit, pour son réseau d’enseignement, et même pour chaque institution d’enseignement, de la liberté d’aménager ses horaires et, sous réserve d’approbation ministérielle, en vue d’assurer le niveau des études, d’élaborer ses programmes. Chaque pouvoir organisateur est libre en matière de méthodes pédagogiques. » Loi de 29 mai 1959, art. 6

 Comment la question culturelle/artistique est-elle appréhendée dans les écoles à pédagogie alternative? Ouvrent-elles en la matière, des pistes nouvelles, différentes ? Et si oui, que questionnent-elles dans la culture scolaire dominante ?


La culture au coeur des défis contemporains: la question de l’enseignement

A l’heure actuelle, il faut ré-enchanter l’enseignement par la dimension artistique et culturelle, il faut mettre au coeur de la construction des savoirs, la créativité, l’esprit critique, l’expérimentation, l’inventivité et la pratique collective, il faut donner à tous un accès cognitif et matériel à toutes les formes de la création, celle d’ici et d’ailleurs, celle d’aujourd’hui et celle du passé. C’est à cette condition que l’on construira des adultes ouverts, inventifs, curieux, prêts à prendre le monde et à lui donner sens.

Michel Develay et François Ost ont tous deux abordé cette question à travers deux conférences. Alors que Michel Develay a tenté de répondre à la question « Que transmet-on lorsqu’on enseigne? », François Ost a plaidé pour un décloisonnement de la culture et du savoir, de l’art et de la science.

  • Que transmet-on lorsqu’on enseigne? – Michel Develay

L’école est le lieu d’apprentissage de savoirs. Certes. Ces derniers, loin d’être éthérés, sont le fruit de l’histoire des hommes et des femmes affrontant de multiples questions pour comprendre le monde, les autres hommes et eux-mêmes. Les savoirs sont le fruit d’un arbre nommé culture, le terme étant pris dans sa dimension anthropologique.

La conférence éclaira les enjeux et les conséquences de ce point de vue en s’attachant
aux problématiques de la transmission et du rapport au savoir, faisant de l’enseignant un passeur de culture.

  • Lorsque l’enseignement ose la dimension culturelle – François Ost

A l’heure de la pensée unique et de la langue unique, l’art recèle des possibilités d’utopie susceptibles de tracer des perspectives innovantes en bien des domaines. En réhabilitant les puissances de l’imagination, la culture contribue directement à l’élargissement du savoir; inversement, le travail du concept permet d’approfondir et de rationaliser les intuitions artistiques.

François Ost fit état de sa double expérience de professeur de droit ayant créé des cours de « droit et littérature », et de dramaturge abordant, dans les écoles et les maisons de quartier notamment, et parfois avec l’aide de la Ligue des Droits de l’homme, des thèmes de société comme celui du voile islamique.

La culture au cœur de l’enseignement : un vrai défi démocratique

Quelle place la culture occupe-t-elle aujourd’hui et, sous quelle forme, à tous les niveaux de formation, de l’école maternelle à l’université ? De quelle(s) culture(s) parle-t-on ? Que dire de la culture des jeunes ? Comment rendre aux savoirs scolaires leur dimension naturellement culturelle ? Pourquoi et comment réintroduire structurellement les savoirs et les pratiques artistiques dans toutes les formations ? Pourquoi et comment inscrire la fréquentation des patrimoines, de la création contemporaine et des projets artistiques et culturels dans les impératifs actuels de la formation des jeunes ? Un enseignement plus culturel pour une société plus ouverte et plus créative ?


L’Art à l’Ecole : une histoire de partenariats

L’art à l’école n’a de sens qu’en présence de l’enseignant et de l’artiste, partenaires au sein de l’atelier : c’est à partir de ce principe que se fonde la démarche d’éducation artistique menée par le CDWEJ et Pierre de Lune ; l’atelier en classe étant un espace de découverte d’un langage et de création à part entière. Toutefois, dans la pratique, ce parti pris qui s’appuie sur la rencontre et sur la relation qui pourra s’établir entre personnes d’univers différents peut s’avérer un défi audacieux. C’est pourquoi, entre théorie et pratique, nous souhaitions donner la parole à plusieurs duos de partenaires artistes et enseignants afin de confronter des expériences spécifiques et singulières et de questionner cette philosophie du partenariat.

Information supplémentaire: Décret Culture-Ecole

Par l’adoption, le 24 mars 2006, du Décret relatif à la mise en oeuvre, la promotion et le renforcement des collaborations entre la Culture et l’Enseignement, la Communauté française s’est donné comme objectif de favoriser le développement d’activités culturelles et artistiques dans les écoles de l’enseignement obligatoire, tous réseaux confondus, notamment par le biais d’un financement de diverses initiatives.

Le décret prévoit quatre axes d’intervention :

  • Les « collaborations durables » (projets menés sur une année scolaire sur base d’une convention de partenariat) entre une école, un opérateur culturel et/ou un établissement d’enseignement partenaire;
  • Les « collaborations ponctuelles » entre une école et un opérateur culturel;
  • Les collaborations mises en oeuvre par la Communauté française et s’inscrivant dans les objectifs du décret;
  • Les « partenaires privilégiés » (implication sur le long terme).

Vous trouverez des informations complémentaires sur ce décret sur le site de la Cellule Culture-Enseignement de la Communauté française.


Préparation aux Etats Généraux de la Culture 2005

A l’initiative de Culture et Démocratie, un groupe de travail, composé de représentants des Ministres et des administrations en charge de l’éducation et de la culture, d’enseignants, de responsables pédagogiques et d’acteurs culturels, s’est constitué pour réfléchir à la question particulière de l’art à l’école. L’objectif des réunions successives fut à la fois de faire le point sur la situation en Communauté française de Belgique et de faire l’inventaire des priorités absolues en cette matière à l’horizon des élections du 13 juin 2004.

Rapport prospectif sur l’éducation artistique à l’école en partenariat avec des artistes, des institutions et des opérateurs culturels – 2003

Culture et Démocratie a fait appel à Evelyn Cramer afin de rédiger un premier rapport limité et basé sur cinq expériences auxquelles l’asbl Culture et Démocratie est plus particulièrement attachée. Il s’agit là d’un nouveau levier (un de plus !) destiné à renouveler la discussion, rassembler les idées et propositions concrètes dans le but d’amorcer une politique cohérente qui faciliterait le développement de l’art à l’école.

A partir de cinq expériences ( » Bruxelles 2000 « ,  » L’Ecole en Scène « , les Services Educatifs des Musées Royaux des Beaux-Arts, du Mac’s et du Théâtre Royal de la Monnaie), Culture et Démocratie souhaite proposer aux pouvoirs publics une analyse d’expériences marquantes dans le domaine des pratiques culturelles en milieu scolaire. Le but de ce rapport est d’analyser les processus de mise en oeuvre ainsi que la qualité et les acquis des quelques dispositifs institutionnels – et non d’étudier la multiplicité des actions entreprises en Région wallonne ou bruxelloise par le milieu associatif ou par diverses structures institutionnelles qui favorisent ­ avec succès ­ la pratique artistique à l’école.

***

Source : Cultureetdemocratie