Aux Tanneurs, la saison13-14 compte sept créations. Et mise sur la curiosité.

David Strosberg en est convaincu : la crise n’émousse la curiosité ni des artistes ni du public. Un peu moins de spectacles la saison prochaine (dix, quand même), mais une haute proportion de créations. « Après une année mouvementée dans le secteur culturel, je me suis demandé comment, à mon niveau, je pouvais l’aider. En appuyant la création de manière forte. Et tant pis si cette année il n’y a pas de star », sourit le directeur, qui va entamer là sa quatrième saison. « Du neuf : c’est la seule réponse qu’on puisse donner au contexte difficile. » Du neuf comment ? « Avec toujours une volonté de grande diversité des propositions, dans les propos, les formes artistiques. Un questionnement contemporain. Une lutte aussi contre les formes d’abattement. »

Ce qui passe par la participation active. Acteurs de leur quartier, les Tanneurs s’engagent ici pour deux ans dans un projet artistique, participatif et éducatif. Droits de l’enfant, place de l’art et du loisir dans l’espace public nourrissent « The Children’s Play », inspiré par « Jeux d’enfants » de Pieter Bruegel l’Ancien. Laurent Van Wetter et Lukas Maximilian Hüller travailleront avec des enfants de deux écoles, notamment lors d’ateliers de théâtre et sur la notion de jeu, en vue de réaliser une photo qui reproduise le tableau. Le processus, par ailleurs, sera filmé. La photographie finale et le making of seront exposés en novembre 2014, dans un musée bruxellois.

Ouvrant la saison, Selma Alaoui dans « L’Amour, la guerre » s’inspire librement de « Lear » et « Roméo et Juliette », et réaffirme la possibilité d’un idéal auprès d’une jeunesse résignée (1-12/10).

« Rearview », nouvelle mise en scène d’Armel Roussel – dont la Cie [e]utopia3 est en résidence artistique aux Tanneurs -, est un solo, un road-trip théâtral du Canadien Gilles Poulin-Denis, interprété par Romain Cinter (12-23/11).

Avec cinq comédiens venus du Moyen Orient, Mehdi Dehbi interroge dans « Les Justes », pièce écrite par Albert Camus en 1949, le point de vue des terroristes sur leur condition et le rapport aux idéaux qui motivent leur combat (3-14/12). Le spectacle arrivera de Liège où il aura été créé du 13 au 19 octobre.

Après Noël au théâtre, annuel et palpitant rendez-vous jeune public, et la reprise du formidable opus de Transquinquennal sur le texte de Rafael Spregelburd « La Estupidez » (14-18/1, surtitré en néerlandais), retour à la création.

David Strosberg souhaitait avec Alexandre Trocki pour un solo. Leurs recherches de textes les ont conduits à en demander un à un auteur d’aujourd’hui. Dans « Et avec sa queue, il frappe ! » Thomas Gunzig montre comment les VHS de séries B – incluant kung-fu et sexe – louées au vidéo club ont forgé une identité. « Alexandre, dit David,est le bon parleur pour jouer l’ironie de Thomas. » (4-15/2)

Maria Clara Villa-Lobos (dont « XL » et « M » viennent de connaître une reprise à succès) revisite le « Sacre du printemps » tant décrié lors de la première, il y a un siècle. Avec « Mas-sacre », la chorégraphe donne une lecture contemporaine des notions de rite et de sacrifice, tout en creusant les questions relatives à la surconsommation, à travers l’élevage et l’abattage industriels. La danse, le corps, la chair, la violence, la désincarnation (25/2-1/3, également dans le cadre du festival Pays de danse, à Huy, le 12/2).

Avec « Eclipse totale », qu’elle a écrit et met en scène, Céline Delbecq expose sans morbidité une multiplicité de regards plutôt qu’une parole univoque sur le suicide, toujours tabou (18-29/3, juste après le Manège. Mons et la Maison de la culture de Tournai).

Metteure en scène en ouverture de saison, Selma Alaoui jouera « Mange ta glace, Patti Lee », où Sofie Kokaj convoque les figures et les idées de Patti Smith, Robert Mapplethorpe mais aussi Allen Ginsberg ou Gilles Deleuze. Une création où musique et scénographie évolueront en direct (22-26/4).

Mai verra le retour aux Tanneurs du Kunstenfestivaldesarts, suivi d’un focus, en juin, sur le passionnant travail de recherche de la chorégraphe et danseuse Olga de Soto, avec « Débords. Réflexions sur la Table verte » et « Une introduction ».

Auteur: Marie Baudet
Source: La Libre (14/06/2013)