Après plusieurs semaines de mobilisation, des milliers de manifestants se sont réunis ce lundi à Paris pour demander au gouvernement de ne pas accepter l’accord sur l’assurance chômage. 

 

«Les aventuriers de la culture perdue», «Ils sont fous au Medef !» ou encore «The chô-meur go on!»… Les pancartes brandies devant le ministère de la Culture à Paris ce lundi après-midi par plusieurs milliers d’intermittents du spectacle ne manquaient pas de créativité, ni de références cinématographiques. A l’origine de leur colère, l’accord sur l’assurance chômage signé entre les syndicats et le patronat le 22 mars, qui durcit leurs conditions d’accès aux indemnités. Celui-ci devrait être approuvé avant la fin du mois par le gouvernement, toujours inflexible aux demandes de renégociation des intermittents.

Arrivés parmi les premiers sur les lieux de la manifestation, Stéphane Blanche et Hervé Coudère, permanents au Théâtre du Rond-Point, déploient leur banderole. Il est à peine 13h30 et la place est encore déserte, mais ils ont tenu à «venir soutenir leurs collègues intermittents». «On n’est pas contre la réforme, expliquent-ils, il en faut une. Mais on ne peut pas accepter celle-ci. D’autant plus que pendant la présidentielle, Aurélie Filippetti s’était engagée à ne jamais toucher aux intermittents. Ça ressemble beaucoup à une trahison

A quelques pas de là, des marionnettes géantes et colorées se hissent hors de la foule, qui progressivement se densifie. «Nous avons des propositions», affirment les banderoles brandies par leurs bras en papier mâché. Aux commandes de l’un de ces personnages, Raphaëlle, une jeune femme menue membre de la compagnie Les grandes personnes, «aimerait que le gouvernement dise non à l’accord conclu entre les syndicats et le patronat». Elle aussi dénonce une traîtrise. «C’est étonnant qu’un parti de gauche oublie nos droits sociaux», ajoute-t-elle, sans vraiment croire à un retour en arrière du gouvernement.

Comme elle, Virginie, qui travaille dans l’animation, un secteur très représenté lors de cette manifestation, est perplexe. «On aimerait que le gouvernement dise non à cet accord, mais on sait bien qu’on part perdant. Tout est déjà joué.» Pour elle, comme pour beaucoup d’intermittents, «le plus incroyable», c’est la position du ministre du Travail, François Rebsamen. «Il a complètement changé d’avis depuis son arrivée au gouvernement sur le statut des intermittents.» Avec Anthony, infographiste, ils sont effrayés par les délais de carence que cet accord prévoit pour percevoir des indemnités de chômage. «Deux à trois mois sans salaire, c’est impossible pour nous. On ose à peine imaginer comment on fera pour vivre

UNIS POUR MIEUX PESER

De l’autre côté de la place, une montgolfière arborant le logo de la CGT s’élève doucement d’une camionnette. Autour, un groupe de cinq manifestants brandit les drapeaux de leur syndicat. Tous ne sont pas issus du monde du spectacle. «Je suis chômeur et tout aussi concerné par cette réforme que les intermittents», explique l’un d’eux. «Elle concerne tous les précaires, tous ceux qui sont concernés par l’Unédic.» Pour Alain Florin, secrétaire syndical de la CGT-Chômeur à Paris, «c’est le mouvement de la dernière chance». «Il faudrait que le gouvernement prenne conscience que les promesses qu’il a faites aux Français n’ont pas été tenues. On remet en cause les services publics, les retraites et maintenant l’assurance chômage. Cette manifestation, c’est une fronde contre le gouvernement

Alors que l’horloge du ministère de la Culture affiche 14h30, la musique retentit de plus belle. Quelques guitaristes et un batteur rejoignent une estrade placée devant le bâtiment. Au micro, l’appel à la manifestation retentit sous des applaudissements assourdissants. La place est désormais noire de monde – près de 10 000 personnes selon la CGT. Même les cheminots d’Austerlitz et Sud Rail sont au rendez-vous. «Pour soutenir des salariés qui, comme nous, sont en lutte», explique Fabio Ambrosio, aiguilleur et membre du syndicat. Un peu plus loin, sa collègue de Sud Culture demeure sceptique. «Il faut rassembler et être le plus nombreux possible pour parvenir à renégocier cet accord. Mais on voit bien avec l’exemple de la SNCF que ce sera difficile. Déjà six jours de grève, et on n’a pas l’impression que le gouvernement soit très attentif aux revendications.»

Auteur: Aude Deraedt
Source: Libération (mis en ligne le 16/06/2014)