La Conseil d’administration du Théâtre National a choisi lundi, Fabrice Murgia parmi 5 candidats (Alexandre Caputo, Matthieu Goeury, Isabelle Pousseur et Serge Rangoni) pour succéder dès juillet à Jean-Louis Colinet comme directeur du National pour un mandat de cinq ans renouvelable.

A 32 ans à peine, Fabrice Murgia, frère du comédien David Murgia, poursuit ainsi une carrière météorique d’enfant prodige des scènes.

Il est né à Verviers en octobre 1983 et a été formé au Conservatoire de Liège par Jacques Delcuvellerie. Auteur, acteur et metteur en scène, il dirige la compagnie Artara.

Il s’est fait connaître en 2009 par « Le chagrin des ogres » sans cesse rejoué depuis (encore cet été à la Biennale de Venise). Repéré par Jean-Louis Colinet, il devenait artiste associé au National. Depuis les spectacles s’enchaînent (parfois trop vite) et tournent partout : Life:Reset, Exils, Ghost Road, Children of Nowhere, Notre peur de n’être (joué dans le In à Avignon), Karbon Kabaret à Liège, etc., jusqu’à Black Clouds qui sera créé fin juin à Naples.

Il a vite marqué les esprits par le recours aux technologies nouvelles, à la vidéo et par la prise en compte des thèmes sociétaux contemporains. En 2014 il a reçu un Lion d’argent à Venise. Le jury : « Il a pu créer un langage original mêlant théâtre, cinéma et son, pour susciter une atmosphère qui magnétise le spectateur et l’entraîne près des profondeurs cachées de l’humain. »

Festival de l’émergence

Nous l’avons interrogé dès sa nomination. « Je me situe dans la continuité de Colinet, mais avec des préoccupations de ma génération. Je veux rapprocher le National des compagnies et artistes de la Communauté française. Ceux-ci doivent pouvoir demander des comptes au National. Je veux aussi rapprocher, au National, les métiers administratifs de la création. Et valoriser au bénéfice de la création, les métiers du National. Je veux partager avec les artistes ce que le National m’a donné et dont j’ai pu profiter. »

Parmi ses projets, il y a des festivals : « Sur le modèle du Theater festival en Flandre, organiser un festival annuel avec les grands succès publics de l’année en Communauté française ; un festival dédié à l’émergence internationale et aux jeunes artistes qui en sont à leur première ou seconde création ; accentuer encore le Festival des libertés ; continuer le festival XS partie prenante dans un projet européen et continuer la collaboration avec le KVS. Je trouve exemplaire la complicité qu’il y a eu entre Colinet et Jan Goossens. »

La saison 2016-2017 a été encore préparée par Colinet, Fabrice Murgia doit préparer la suivante. « Je veux inviter des compagnies au National, j’étudierai les possibilités et les projets. C’est fini le temps des directeurs d’institutions tout puissants. Je ferai encore au National, une création par an, moins qu’aujourd’hui mais je garde ma compagnie Artara qui ne reçoit d’ailleurs qu’une petite subvention de 120000 euros par an et qui ne me paie pas. »

Fabrice Murgia veut aussi faire profiter les artistes de la Communauté française des contacts qu’il a pu nouer à l’international.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 23/05/2016)