Intervenants et spectateurs ont mis en avant l’importance des liens entre éducation et culture. Ils appellent à plus de diversité et insistent pour replacer le créateur au centre des institutions.

La grande salle du Théâtre National (750 places) est remplie ce lundi après-midi. Artistes, directeurs d’institutions, médiateurs et autre travailleurs du monde culturel se sont déplacés pour entendre la nouvelle ministre de la culture. Pendant deux heures, il s’agira de « bouger les lignes », titre de ce grand rassemblement orchestré par Joëlle Milquet. « Vaste opération de communication », grognent certains même s’ils sont venus pour ne rien louper.

Sur un écran, défilent les témoignages de personnalités. Jean-Luc Fonck, Charlie Dupont, Saule, Alain Berenboom, la plupart traduisent le malaise ressenti par leur secteur après les coupes budgétaires. « Sans culture le débat va mourir », « On ne peut pas demander à la culture d’être rentable », « Il faut encourager la jeunesse  »…

Les lumières s’éteignent. « Ah, le spectacle commence », lance une spectatrice. La chanteuse Mélanie De Biasio, le metteur en scène Fabrice Murgia, l’auteur et éditeur Benoît Peeters, le designer Charles Kaisin et le réalisateur Nabil Ben Yadir vont débattre sur scène de l’avenir de la culture. « Pour moi, le plus important est de rendre la création aux créateurs », souligne Mélanie De Biasio. Les quatre autres intervenants acquiescent. Fabrice Murgia ajoute : « Replaçons l’artiste au centre des institutions culturelles. La culture est une vitrine de nos valeurs à l’étranger. Il faut donc accompagner les artistes et leur permettre de se développer avec les outils de demain. »

L’accessibilité à la culture tenait à cœur à Nabil Ben Yadir.

Nabil Ben Yadir

Nabil Ben Yadir

« La première fois que je suis allé au théâtre, j’avais 23 ans. Il faut aller beaucoup plus profond, vers les gens. Non, la culture n’est pas ouverte à tout le monde. Pourtant, c’est elle qui peut servir à créer des ponts entre les communautés, à ouvrir des portes. J’appelle à plus de diversité. »

Fabrice Murgia

Fabrice Murgia

Face à Charles Kaisin qui veut favoriser le mécénat, Fabrice Murgia rappelle l’importance des subsides.« J’ose vous dire que ça craint quand même, on est en train d’assister à la disparition du baroque dans notre Opéra national et c’est dramatique ! » « Sans oublier la danse », lance quelqu’un dans la salle.

L’urgence pour Benoît Peeters,

Benoît Peeters

Benoît Peeters

« c’est de ne pas utiliser un mot comme si c’était le seul avenir possible, je parle du numérique. À côté, il y a des expos dans les musées, des livres, des spectacles, de la culture vivante ! Le numérique n’est jamais qu’un tuyau et ça ne sert à rien d’améliorer des tuyaux ».

Coïncidence ? Les innovations artistiques présentées ensuite dans un bref diaporama de cinq fois 400 secondes s’inscrivent presque toutes dans le cadre du numérique. Arrive enfin le discours tant attendu de la ministre (lire ci-contre). Les rangs sont déjà plus clairsemés.

Après son intervention, des applaudissements polis retentissent. Le rappeur Pitcho retient surtout le lien fait entre culture et éducation. « Un thème abordé plus concrètement par les artistes sur scène que par la ministre. » Jamal Youssfi, le directeur de la Compagnie des Nouveaux disparus, salue l’initiative du rassemblement. « C’est très bien de nous expliquer sa vision pour qu’on puisse réagir dès le début de son mandat. En tant qu’artiste, je trouve que très concrètement le travail doit être fait dès demain sur le terrain. Elle doit profiter de ses deux casquettes (N.D.L.R : Joëlle Milquet est aussi ministre de l’Education en Fédération Wallonie-Bruxelles). Donnons aux élèves un bouquin, une pièce, un instrument de musique maintenant. J’espère que tout ça ne restera pas qu’un discours. »

Afin de poursuivre la discussion, la ministre a ouvert le site www.tracernospolitiquesculturelles.be. À partir du 27 février, chacun peut y déposer ces propositions autour de 5 pôles.

Auteur: Flavie Gauthier
Source: Le Soir (mis en ligne le 20/01/2015)