La ministre de l’Education et de la Culture est soupçonnée d’avoir recruté des personnes à son cabinet pour assurer sa campagne électorale de 2014.

On s’y attendait, c’est fait. Ce lundi matin, la vice-présidente de la Communauté française, ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance Joëlle Milquet (CDH), a annoncé sa démission suite au dossier des collaborateurs fantômes : «  Il est temps de sortir publiquement de la réserve. Je remets mon mandat entre les mains du Parlement ».

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Flanquée de ses avocats Adrien Masset et Laurent Kennes, la Bruxelloise a organisé une conférence de presse lundi matin. Expliquant avoir vécu tout cela comme une «  attaque politique  » à son égard, la ministre a signalé avoir reçu un acte d’inculpation en fin de semaine dernière.

L’affaire avait été révélée par le magazine Le Vif/l’Express en février 2014.

« Il ne s’agit absolument pas d’emplois fictifs »

Pour rappel, une instruction judiciaire avait été ouverte en avril 2015. Joëlle Milquet est soupçonnée d’avoir utilisé des fonds des cabinets de l’Intérieur et de l’Egalité des chances (sous le précédent gouvernement) pour engager huit collaborateurs six mois avant les élections de 2014. Pour le magistrat instructeur, ces personnes auraient travaillé à la campagne électorale de la ministre. En juin 2015, des perquisitions avaient été menées au cabinet de la ministre et au domicile de certains de ses collaborateurs.

«  La loi autorise les recrutements, a exposé la ministre lundi matin. Il ne s’agit absolument pas d’emplois fictifs dans cette affaire.  » Elle poursuit : « Cinq collaborateurs sur huit m’ont suivie au ministère de l’Éducation ».

Milquet et ses avocats ont fait valoir qu’un collaborateur de cabinet n’est pas un agent de l’Etat, soumis au devoir de neutralité. Un cabinet est une cellule politique et il suppose que les personnes qui y travaillent accomplissent un travail politique.

«  En conclusion, je n’ai rien à me reprocher et n’ai commis aucune infraction. Il s’agit de griefs non fondés. Je le prouverai  », a martelé la ministre évoquant encore «  des conséquences humaines difficiles à vivre  ».

Cinq indices ont mené à l’inculpation

Après avoir remercié les acteurs de l’enseignement et ses enfants – «  J’aurai enfin du temps à leur consacrer  » – la ministre a laissé la parole à ses avocats.

Sur l’inculpation de Joëlle Milquet, ils estiment que «  l’intérêt privé que la ministre aurait défendu serait en fait un intérêt politique  ». Concernant l’acte d’inculpation en lui-même Me Adrien Masset et Me Laurent Kennes assurent qu’il concerne essentiellement le fonctionnement global des cabinets politiques : «  Ce qui nous a frappés en tant qu’avocats, c’est que cela ne concerne pas forcément Joëlle Milquet. »

Pour les conseils de la ministre, il est «  normal  » qu’un homme politique fasse campagne, et que ses collaborateurs y participent. «  Or, pour Joëlle Milquet, c’est jugé suspect  », estiment-ils. Ce qui n’a pas empêché le duo de revenir précisément sur «  les cinq indices  » qui ont mené à l’inculpation de leur cliente. Parmi eux, les octrois de congés, des SMS suspects, et des questions sur les origines des collaborateurs.

Rappel des faits

Le Vif avait publié les profils de fonctions de ces nouveaux collaborateurs, issus pour la plupart de communes bruxelloises et de minorités ethniques, déjà mandataires communaux qui allaient se retrouver comme candidats du CDH sur les listes régionales ou fédérales. Ces profils de fonction leur assignaient des tâches préélectorales, ce qui est contraire à la législation électorale qui interdit de mener campagne en bénéficiant de l’appui de cabinets ou d’administrations.

Ces collaborateurs auraient notamment été chargés de repérer dans les agendas culturels de la Région bruxelloise les événements susceptibles de faire l’objet de la campagne. L’un de ces nouveaux engagés aurait ainsi été impliqué dans l’organisation d’une fête célébrant, en présence du président turc Erdogan, le 50e anniversaire de l’immigration turque. Le Vif précisait que les invitations à cet événement auraient été confectionnées au cabinet. Joëlle Milquet avait protesté : « C’est à la limite de la calomnie et c’est surtout stigmatisant pour les collaborateurs concernés. Je ne regarde pas les origines mais la compétence des gens avant d’engager qui que ce soit  ». Lors de l’ouverture de l’information judiciaire, elle avait estimé que celle-ci mettrait «  un terme aux rumeurs  ».

Auteurs: Valentine Antoine, Pierre Bouillon, David Coppi
Source: Le Soir (mis en ligne le 11/04/2016)