Le Rideau voit peu à peu le bout du tunnel. Et au bout, il y a la lumière. Après un concours, il a choisi le bureau Ouest Architecture pour construire son nouveau théâtre au 7A de la rue Goffart à Ixelles. On sait qu’il a dû subir longtemps le risque du nomadisme, sans lieu fixe, accueilli par divers théâtres bruxellois, avant de recevoir de la commune d’Ixelles l’ancien théâtre de l’XL-Théâtre. Un lieu qu’il devait fondamentalement rénover.

La tâche était délicate, car l’implantation de ce petit théâtre en plein tissu urbain, dense, à deux pas de la porte de Namur, était difficile. La commune a fait « cadeau » en plus de l’ancien XL-Théâtre, d’une petite maison supplémentaire qui jouxte le théâtre et permet à celui-ci de s’étendre. La jauge de la salle qui n’était que de 127 places passerait donc à 160 voire 170 places.

Le bureau choisi, Ouest Architecture de Stéphane Damsin, réalisa déjà les Ateliers Claus à Saint-Gilles. Leur idée principale est d’utiliser le patio vert actuel, typique des îlots bruxellois, pour en faire le pivot du théâtre. Il serait comme un cube en verre faisant entrer la lumière dans toutes les parties du théâtre. Il serait traversable le jour et fermé la nuit pour préserver les voisins.

D’un côté, on aurait la salle débarrassée de son estrade, agrandie avec, à l’arrière, dans la petite maison jointe, les locaux techniques. De l’autre côté, un bar d’accueil avec une ouverture au plafond pour la lumière zénithale. A l’avant, des espaces pour les ateliers pédagogiques, mais où pourraient aussi avoir lieu des lectures, des pré-spectacles, des activités de jour. Le patio servant de repère dans la circulation.

La relative exiguïté des surfaces amène les architectes à jouer la transparence et la flexibilité. La transparence pour montrer aussi que le slogan nouveau du Rideau, « Maison de théâtre », est bien réel.

Saison 2014-2015

De la rue, on verra le Rideau grâce à une vitrine ouvrant sur l’intérieur et un panneau géant pour accueillir une affiche ou un film.

Ces travaux coûteront 550 000 euros, dont 200 000 ont été attribués par des aides de la Loterie. Pour le reste, le Rideau contractera un emprunt. Pour pouvoir le rembourser, il aura bien besoin des subventions prévues par le contrat-programme (et leurs indexations) mais on sait que tous les contrats programmes ont été remis à plat, et que le prochain ministre devra décider en fonction des budgets possibles. Un danger subsiste donc. Le Rideau veillera à l’écologie. Les sièges de sa nouvelle salle seront par exemple les sièges recyclés de la salle du Bottelarij à Molenbeek.

Compte tenu des autorisations diverses à demander, les travaux ne commenceraient qu’en janvier 2016 et le nouveau théâtre serait inauguré en septembre 2016. En attendant, le Rideau utilisera bien la prochaine saison la salle actuelle à la rue Goffart, et y donnera de nombreuses créations (dont « De la beauté » par Pascal Crochet, « Démons me turlupinant » mis en scène par Antoine Laubin, « Intérieur voix » de Delphine Salkin, « La vraie vie » mis en scène par Jérôme Nayer ou « Abîme » monté par Michael Delaunoy), mais aussi des débats et animations. Le Rideau jouera aussi dans des théâtres « amis », le Marni (avec la création de « Vania » par Christophe Sermet) et l’Atelier 210. La saison dernière, le Rideau a donné 100 représentations à Bruxelles et 80 en tournée, avec un remplissage de 80 % qui indique que le nomadisme n’a pas trop nui à son public.

Auteur: Guy Duplat
Source: La Libre (mis en ligne le 17/06/2014)