On se souvient de l’émoi du milieu théâtral quand le Rideau de Bruxelles avait divorcé du Palais des Beaux-Arts et l’avait quitté en janvier 2011. Une procédure de divorce pas totalement close car le conflit a été soumis à un tribunal arbitral (selon les termes de la convention de 30 ans qui liait le Rideau à Bozar) qui pourrait rendre son « jugement » en juin prochain. Bozar estime que le Rideau est parti de lui-même et qu’il n’y a dès lors pas de dédommagement à prévoir. Le Rideau tentant de démontrer le contraire et qu’il a été forcé de partir sous peine d’étouffer. Subissant, dit-il, un préjudice important, commencé lorsqu’en une nuit, on avait démoli le petit théâtre du Rideau pour permettre les travaux de la nouvelle Cinémathèque.

Toujours est-il que ce départ a contraint le Rideau à mener une vie nomade, accueilli par divers théâtres amis. Une vie difficile qui a vu le nombre d’abonnés diminuer de près de 50 % en un an, mais un nouveau public est venu. Il a pu cependant continuer à mener, avec Michael Delaunoy à sa tête, une politique ambitieuse de créations et de découvertes d’écritures nouvelles (on se souvient par exemple des remarquables « Mamma Medea » et « Carnaval des ombres »). Mais cette errance ne pouvait continuer ainsi sous peine de voir le théâtre mourir en route.

Pendant deux ans, le Rideau a étudié plus de 80 lieux possibles. Et enfin, Eureka, il y eut l’XL Théâtre et l’accueil enthousiaste de la commune d’Ixelles.

Jeudi dernier, le conseil communal, unanime, a entériné la concession du lieu situé 7A rue Goffart, pour quinze ans, au Rideau de Bruxelles (contre une redevance mensuelle de 2 000 euros). Lundi, le bourgmestre d’Ixelles Willy Decourty, l’échevin de la Culture Yves de Jonghe d’Ardoye, et les dirigeants du Rideau se sont réjouis de cet accord. Certes, l’errance n’est pas totalement terminée et le Rideau continuera à jouer dans diverses salles… Bernard Damien, qui occupe l’XL Théâtre (avec sa Cie le Théâtre du Grand Midi) et comptait arrêter, y jouera encore jusqu’à la fin de l’année.

Le Rideau reprendra officiellement le théâtre en janvier 2014. Il y fera d’abord des travaux nécessaires de rénovation : léger agrandissement de la jauge de la salle, pose de gradins modulables pour varier les rapports scène-public, aménagement des bureaux et des loges, etc. Pour un coût total (travaux et équipements) de 700000 euros, payés par fonds propres et par un emprunt.

Les 70 ans du Rideau

Le Rideau entamera vraiment sa nouvelle vie à l’XL Théâtre (rebaptisé très vraisemblablement « Rideau ») pour la saison 2014-2015. Un lieu bien placé entre la Porte de Namur et Flagey (près du parking Tulipe), dans une commune déjà très riche en équipements culturels. Le Rideau compte d’ailleurs rechercher des synergies avec les autres acteurs culturels de la commune (théâtres, musée, cinémathèque, maison Camille Lemonnier, etc.). Willy Decourty a rappelé que la commune avait racheté le lieu en 1992 quand il s’appelait encore « Théâtre de banlieue ».

Le Rideau, qui fêtera le 17 mars ses 70 ans, fut fondé en effet en 1943 par Claude Etienne. C’est la plus ancienne compagnie théâtrale belge. Jusqu’ici, il avait toujours été logé au Palais des Beaux-Arts. Ce sera donc une vraie vie nouvelle qui débutera. Certes, l’XL Théâtre n’est pas très grand, la jauge (130 places) étant celle de l’auditorium Paul Willems, la salle provisoire qui avait été construite à Bozar. Mais Michael Delaunoy souligne le charme du lieu et la taille – plus grande – de la scène.

Il indique en outre que, si le Rideau occupera en permanence le lieu, il essaimera encore deux ou trois fois par an pour certaines productions (sans doute au Marni, également à Ixelles).

En 2014 aussi, les nouveaux contrats-programmes seront annoncés. Le Rideau veut au moins maintenir ses subventions actuelles et démontrer que, même si son nouveau lieu n’a qu’une salle, ses ambitions restent intactes voire plus grandes, tant en matière de création que d’activités annexes. Il compte entre autres développer le jeune public.

Source: La Libre
Auteur: Guy Duplat