Créer une identité commune

Raphaël Meulders

La “Métropole culture” 2014 va être choisie entre 8 communes bruxelloises. Emir Kir veut instaurer une culture de proximité et qui évite le “communautarisme”.

Entretien

Huit prétendantes pour un seul siège… La compétition s’annonce serrée entre Etterbeek, Ixelles, Molenbeek, Saint-Gilles, Woluwe-Saint-Lambert, Schaerbeek, Bruxelles-Ville et Watermael-Boitsfort, toutes candidates au titre de « Métropole culture en Communauté Wallonie-Bruxelles »(sic) en 2014. Un titre que le minitre de la Cocof, Emir Kir (PS), considère comme l’un des « fleurons » de son plan culture.

Vous aviez plaidé pour une candidature commune de plusieurs entités bruxelloises. Aucune ne vous a écouté… De l’eau au moulin pour ceux qui parlent de “baronnies locales” à Bruxelles ?

Tout d’abord, je tiens à souligner l’engouement qu’a suscité ce projet à Bruxelles. Huit candidatures, c’est exceptionnel, et cela ne s’est, par exemple, jamais vu en Wallonie. Nous avons un accord au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles : tous les dix ans, une commune bruxelloise sera « Métropole culture » (NdlR : Liège l’était en 2010 et La Louvière le sera en 2012). C’est vrai que j’aurais aimé une candidature commune, mais quand on voit le contexte institutionnel actuel, je comprends que certains réaffirment leur identité locale. Je fais partie des politiques qui pensent que c’est dans la proximité qu’on règle beaucoup de choses. Les communes ont un très bel avenir à Bruxelles

Votre plan culturel pour Bruxelles aboutira en 2012. Pour vous la Région-Capitale a ses spécificités. Quelles sont-elles ?

Bruxelles est différente des villes wallonnes, notamment par sa diversité de population et aussi la concentration d’acteurs culturels qu’on y retrouve. Or, une des grandes attentes du secteur, outre un meilleur financement, c’est d’avoir une politique cohérente à Bruxelles. C’est ce que notre plan ambitionne.

N’est-ce pas paradoxal de se rapprocher tant de la Wallonie, tout en revendiquant une culture différente ?

Ce rapprochement est important au niveau de la francophonie, de la culture française, mais cela ne veut pas dire que cela se fera au détriment de nos amis flamands. Le modèle bruxellois, j’y crois. Nous travaillons d’ailleurs aussi avec la VGC.

Comment intégrer cette diversité multiculturelle dans la culture bruxelloise ?

L’idée c’est d’arriver à l’interculturalité… Nous allons tous travailler ensemble pour créer une identité commune, tout en effectuant des ouvertures. Il faut, par exemple, pouvoir promouvoir la culture arabe, espagnole ou turque durant un certain moment, mais cela doit se faire dans un schéma interculturel. Il faut absolument éviter de créer des communautarismes et des identités qui s’opposent entre elles. Mais la Cocof a 20 ans d’expérience à ce niveau et notre plan en aura ses marques de fabrique : culture de proximité, cohésion sociale et participation citoyenne.

La future métropole culture sera connue en octobre prochain. Concrètement, quelle en sera sa “force de frappe” ?

Un financement de près d’un million d’euros est proposé pour la commune sélectionnée qui, en outre, devra investir un euro par habitant de son territoire. Le but est de créer un panel d’activités culturelles autour de la commune. Mais le plus important est que cette dernière puisse fédérer ses habitants autour de ce projet. On l’a vu à Liège, c’est une occasion extraordinaire de créer des liens sociaux durables. Enfin, c’est une manière d’appréhender autrement la culture.

Une culture qui a encore parfois cette réputation élitiste à Bruxelles….

Oui et c’est quelque chose qui doit nous interpeller. Il faut absolument que les publics les plus précarisés socialement puissent y avoir accès. Je salue, à ce niveau, les initiatives de différents théâtres bruxellois qui permettent cet accès. Mais je crois que là où il faut frapper un grand coup, c’est dans l’offre culturelle proposée dans les écoles. Eduquer à la culture, c’est fondamental. Pour beaucoup d’enfants, c’est d’ailleurs le seul moment où ils seront confrontés à la culture. Il faut assurer la relève. Autrement, les théâtres bruxellois se videront petit à petit

D’aucuns estiment que la culture n’est pas vraiment une priorité en période de crise économique. Que leur répondez-vous ?

Je me suis battu pour garder mes budgets car le sport et la culture sont des moyens extraordinaires d’émancipation sociale. Et justement en temps de crise, plus qu’à un autre moment, les gens ont besoin de consommer de la culture. Ils ont besoin de moments d’évasion, d’échanges, de rencontres. Ce qu’il faut surtout éviter en ces périodes difficiles, c’est d’isoler les gens, de les laisser seuls face à eux -mêmes.

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Source : La Libre