Imaginer que l’argent endormi sur votre compte d’épargne serve à financer des conflits armés au bout du monde vous révolte ? Et si l’on vous dit qu’on l’utilise dans votre dos pour investir dans des entreprises employant des enfants, ça vous débecte ? Il existe pourtant un label belge de la finance solidaire : Financité & FairFin. Il garantit l’éthique de placements financiers assortis, en sus, d’une plus-value sociale et environnementale.

Actuellement, 61 produits éthiques et solidaires en sont estampillés. Ils émanent de 36 ASBL ou coopératives. Certains de ces promoteurs proposent donc plusieurs produits, surtout des parts sociales à différents prix.

Selon Financité, en Belgique, près d’une personne sur cent a déjà investi dans un produit labellisé Financité & FairFin. Pour expliquer ce pourcentage impressionnant, Laurence Roland, coordinatrice communication & plaidoyer pour le réseau Financité, pointe la diversité des promoteurs. «  Si certains produits sont proposés par de toutes petites structures débutantes, d’autres, au contraire, émanent de grosses ASBL ou coopératives. C’est le cas de NewB, dont le projet est de créer une banque coopérative : déjà plus de 50.000 coopérateurs ont répondu présent. »

Microfinance

Alterfin est un autre gros acteur. Depuis 1994, cette coopérative mobilise du capital en Belgique afin de l’investir dans les pays en voie de développement via des institutions de microfinance et des organisations de petits producteurs actives dans l’agriculture durable.

« Cette coopérative de micro-crédit Nord-Sud existe depuis une vingtaine d’années : elle est bien assise et a une certaine notoriété. Elle attire ainsi plus facilement l’investisseur qu’une nouvelle coopérative qui vient de se créer », poursuit-elle.

Et d’ajouter : «  Il y a deux raisons pour lesquelles quelqu’un investit dans une ASBL ou une coopérative. Tout d’abord, les investisseurs sont en quête d’un projet qui a du sens. Cela signifie un investissement qui soit proche de chez lui ou dans un secteur qui lui parle particulièrement ou parce qu’il aime la manière dont travaille l’entreprise. Ensuite intervient le critère de proximité, dans le sens de connaître l’ASBL ou la coopérative dans laquelle investir.  »

Coopérative

Ainsi, on investit plus volontiers dans une coopérative parce qu’elle nous parle et qu’elle propose un produit local qui permette de développer la communauté économique tout près de chez soi.

Jusqu’au 31 décembre, il est possible de voter pour son projet préféré. Le gagnant de ce prix Financité 2017 recevra 2.500 euros sous forme d’investissement de la part du Réseau Financité. L’an dernier, c’est Bees Coop qui l’a remporté. L’objectif de ce premier supermarché participatif à Bruxelles ? Construire une coopérative de consommateurs d’envergure visant à offrir une nourriture de qualité à prix accessible mais juste, dans une démarche respectueuse de l’environnement et de l’humain.

«  L’i ntérêt du prix Financité est d’offrir de la visibilité à la finance solidaire , explique Laurence Roland. D’ailleurs, les entreprises qui nous contactent pour être labellisées, le font pour deux raisons : la première, c’est pour recevoir le label qui leur donne une base de reconnaissance ; la deuxième, c’est pour la visibilité. Pour chaque nouvelle entreprise labellisée, une newsletter est envoyée à l’ensemble des personnes intéressées. De quoi permettre aux entreprises de dépasser leur pré carré, d’être connues par d’autres personnes que par leurs membres convaincus.  »

Dans l’espoir d’obtenir le fameux sésame, toute entreprise candidate au label doit suivre une méthodologie contraignante. Le dossier de candidature est d’abord analysé par Financité avant d’être transmis à un comité indépendant d’experts. Ces cinq professionnels du secteur vérifient que le dossier est complet et qu’il répond aux critères assignés à l’obtention du label.

Transparence

Il s’agit, entre autres, de la transparence – l’investisseur doit savoir à quoi sert son argent. De surcroît, l’investissement doit s’inscrire dans une démarche socialement responsable et favoriser la cohésion sociale. Et ce par le financement d’activités de l’économie sociale : l’action sociale, coopération Nord-Sud, défense des droits de l’Homme, la culture, l’éducation, l’environnement ou le développement local des territoires marginalisés. Par ailleurs, les frais adossés au produit éthique et solidaire doivent être en phase ou inférieurs aux pratiques du marché.

Enfin, lorsque l’on acquiert une ou des parts sociales d’une coopérative, on entre dans son capital. Cela donne accès à l’assemblée générale où l’on dispose d’un droit de vote. «  Pour être labellisé, il faut respecter le principe d’“un homme, une voix”. Et ce dès que l’on possède une seule action. Cela garantit la gestion démocratique de l’économie sociale, toutes proportions gardées évidemment  », conclut Laurence Roland.

Auteur: N/A – rubrique « Demain, la Terre »
Source: Le Soir (mis en ligne le 27/11/2017)