Distiller l’art contemporain à doses homéopathiques…

Outre son offre culturelle diversifiée, – expositions, théâtre jeune public, visites guidées, journées culturelles, concerts, ateliers, Fêtes romanes, Fête de la Musique… – le Centre culturel de Woluwe-Saint-Lambert possède une programmation caractérisée par la création artistique contemporaine. Rencontre avec Solange Wonner, l’animatrice-directrice du Centre culturel Wolubilis.

1. Quand le centre culturel Wolubilis a-t-il été créé ? Quels ont été les moyens mis en œuvre à l’époque ?

La création du Centre culturel Wolubilis remonte à plus de 30 ans. A l’époque, il s’agissait du Foyer culturel. Au départ, nous étions deux à occuper un bureau à la maison communale. Certaines associations, aujourd’hui reconnues comme CEC, (les Ateliers Malou et les Ateliers de la Rue Voot,…) faisaient partie du foyer culturel et participaient à la dynamique du tissu associatif de la commune.

Ensuite, l’idée a été de récupérer les pavillons de l’Athénée royal désaffectés et d’y installer le Foyer culturel et les associations socio-culturelles qui n’avaient pas de toit. Cette situation devait être provisoire. En effet, si l’Athénée avait quitté les lieux, c’est parce que les locaux étaient vieillots et encore chauffés au charbon de bois. Mais la commune a équipé les lieux, de sorte que finalement, cette situation provisoire a duré plus de 20 ans, dans un esprit de « village culturel ». Enfin, en 2005, après de nombreuses tergiversations, la commune a investi dans du « dur » et a construit un complexe culturel avec une salle de 500 places, de nombreux plateaux qui sont devenus des ateliers, des bureaux et les associations y ont retrouvé des espaces adéquats. En 2010, Wolu-Culture a été rebaptisé « Centre culturel Wolubilis ».

2. Racontez-nous vos débuts. Depuis quand travaillez-vous pour le Centre culturel Wolubilis ? Quelles motivations ont présidé à la voie actuelle ?

J’ai été engagée en 1976. Un espace d’exposition a immédiatement été mis à notre disposition, le château Malou, et nous l’avons investi sans tarder en organisant des expos thématiques. La première portait sur la Chine et l’idéologie de Mao Tsé Tung. Une dizaine d’années après, nous avons dû quitter les lieux car nous prenions un peu trop d’espace… C’est alors que la Commune a rénové la conciergerie du château. C’est ainsi qu’est née la Médiatine, dans le parc Malou, à 100 mètres de Wolubilis.

Depuis lors, nous avons toujours privilégié l’art contemporain via l’organisation d’expositions, mais aussi en développant une véritable politique de soutien à l’art émergeant. Aujourd’hui, nous sommes reconnus et nous avons un certain crédit. Nous développons plusieurs axes autour de l’art contemporain :

  • Le soutien à l’art émergent avec son pôle exposition, le Prix Médiatine, les monographies d’artistes, l’expo Truc Troc, l’Artothèque et une politique éditoriale pour les expos ;
  • L’éducation permanente articulée sur la thématique du décodage de l’art d’aujourd’hui tant pour les adultes que pour les enfants (visites guidées, ateliers, journées culturelles) ;
  • Le festival arts de rue (Fêtes romanes) ;
  • Le pôle Jeune public en collaboration avec Pierre de lune ;
  • Le théâtre ;
  • Les Ateliers du Temps Libre (plus de 30 formations hebdomadaires).

Le Centre culturel Wolubilis axe sa programmation sur le jeune public et sur les artistes de la Communauté française. Pour cela, le festival Pâques en Musiques est un formidable projet qui combine ces deux aspects prioritaires. Quant aux Fêtes romanes, elles ont lieu dans le cadre de la fête de la Communauté française du 27 septembre, et sont, depuis peu, reconnues officiellement comme festival des arts de la rue à part entière.

Mais, notre spécificité principale demeure la dimension « arts plastiques contemporains ». A ce niveau, le volet expositions nous a toujours caractérisés. Même lorsque nous étions encore attachés à la Maison communale, nous avions à disposition une salle au Château Malou. Nous y organisions déjà des expositions d’art ainsi que des conférences.

Chaque exposition donne naissance à une publication, comme les monographies, outil promotionnel important pour les artistes. Toujours dans cet objectif de soutien, nous assurons un suivi en créant un catalogue dans lequel est référencé le travail des différents artistes exposés. La politique éditoriale du Centre culturel permet donc, en tant que fil conducteur, d’apporter une certaine cohérence au parcours de l’artiste.

Aussi, nous organisons tous les ans un concours pour jeunes artistes, le Prix Médiatine, qui est reconnu sur la scène internationale. Le jury du concours est composé d’experts, notamment des journalistes et des critiques d’art représentant des institutions culturelles et artistiques. L’artiste peut alors voir son travail récompensé par ce jury, mais également la Cocof, la Communauté française, la Ville de Bruxelles, le public ou encore les écoles. Dans ce dernier cas, l’artiste « coup de cœur » a la possibilité d’être invité dans les écoles afin de présenter son travail aux enfants.

De plus, la Bissectine, sorte de salle-laboratoire au service de l’art en émergence, est mise à disposition des artistes. Nous y accueillons des jeunes qui se situent à la frontière entre les arts de la scène et les arts plastiques afin qu’ils puissent « sentir » la scène. Ensuite, quand ils sont prêts, ils sont programmés dans le théâtre de Wolubilis. Bref, le Centre culturel se veut également être un espace de création.

Parallèlement aux expos d’artistes émergents de Belgique, nous organisons également des expositions d’artistes reconnus sur la scène internationale. Par exemple, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow, ou l’artiste congolais Body Isek Kingelez, qui crée des villes imaginaires en carton, idéales et pacifiques. Ces expos internationales donnent un label de qualité au Centre culturel, ce qui est également bénéfique pour les artistes issus de la Communauté française.

3. Pouvez-vous nous en dire plus sur les missions d’éducation permanente soutenues par le Centre culturel Wolublis ?

Toutes nos expositions, nos conférences et visites contribuent à nos missions d’éducation permanente et s’articulent autour de l’apprentissage du langage de l’art et de l’image. Et ceci à l’attention du grand public, mais aussi des écoles. Nous organisons également, avec la Ligue des Familles, des visites guidées d’expositions « Enfants-parents admis » qui, comme son nom l’indique, s’adressent aux enfants accompagnés de leurs parents et qui se clôturent par un atelier. Des apéros-rencontres sont aussi mis en place avec les comités de quartier en présence des artistes.

4. Parlez-nous de l’Artothèque

L’Artothèque est une galerie de prêt d’œuvres d’art qui, depuis 2010, est rattachée au Centre culturel Wolubilis. Ce service renforce le pôle artistique de nos actions : les Prix Médiatine sont notamment intégrés à la collection. Le principe est simple : des artistes y déposent leurs œuvres d’art, qui sont dès lors mises à disposition du public. Le montant de la location – les prix sont démocratiques –  d’une œuvre revient directement à l’artiste. L’Artothèque conserve également le patrimoine d’œuvres plastiques de la Commune.

Tous les courants artistiques y sont représentés. On peut alors utiliser ce service à des fins pédagogiques pour, par exemple, expliquer aux plus jeunes la différence entre le figuratif et l’abstraction.

5. Qui sont vos partenaires ?

Nous entretenons des collaborations avec plusieurs associations, dans un esprit de complicité et de complémentarité que ce soit pour la Fête de la Musique, les Fêtes romanes, l’Académie d’été, le festival Pâques en Musiques, les visites guidées de nos expos, etc. Chaque association apporte sa spécificité et son énergie.

Le Centre d’expression et de créativité (CEC) Ateliers du Temps Libre est l’un des collaborateurs privilégiés de Wolubilis car la structure porteuse du CEC est le Centre culturel. Cette association s’appuie sur des pratiques qui mettent en présence des amateurs entourés de professionnels.

6. Quel regard portez-vous sur l’évolution des publics qui participent aux activités du Centre culturel ? Quelles actions de proximité ont été engagées auprès des populations fragilisées ?

Le public qui venait lorsque nous étions toujours dans les pavillons préfabriqués était un peu différent de celui qui vient à l’heure actuelle. Est venu s’ajouter un public beaucoup plus « huppé ».

Ceci dit, les Fêtes romanes, par exemple, sont très populaires. Elles ouvrent les espaces et désacralisent les bâtiments du Centre culturel. De plus, nous essayons à tout moment d’être attentifs au tissu associatif et à nos missions d’éducation permanente, notamment par le développement d’activités spécifiques avec les comités de quartier, le CPAS, etc.

7. Quelles sont les personnes impliquées dans les projets du Centre culturel ?

Les fonctions : Solange Wonner (directrice), Murielle Tanter (animatrice Artothèque), Bob Van der Auwera (animateur Artothèque), Francine Brunin (Animatrice CEC Ateliers du Temps Libre), Daphné Liberatore  (Théâtre, Arts de Rue, publication du Culturescope), Catherine Husson  (Communication, Presse, expo Truc Troc), Paul Gonze (Responsable « arts plastiques »), Virginie Cordier (Responsable de l’éducation permanente), France Deblaere (Musique, Arts de Rue), Alexandre M’Rabet (Secrétaire)

8. Pouvez-nous nous faire partager une anecdote ou un souvenir particulier ?

Ce qui m’a le plus marqué tout au long de ma carrière, ce sont les rencontres que j’ai pu faire. Je pense notamment à des personnalités telles que le sculpteur Ousmane Sow. Il s’agit de personnes qui ont eu un parcours international, et qui ont su garder la simplicité qui caractérise les grands hommes. Je pense aussi à ces personnes que je vois en début d’année à nos ateliers et qui sont métamorphosées en fin d’année grâce à la confiance qu’elles ont retrouvé en participant à ces formations, ou aux regards d’enfants devant un tableau.

Comme anecdote, je citerai le mail d’un artiste à propos de l’expo « Truc Troc » que nous organisons au Palais des Beaux-Arts. Pour rappel, le principe de cette expo réside dans le fait que toutes les œuvres exposées sont susceptibles d’être échangées contre toute proposition, sauf de l’argent. Les visiteurs ont la possibilité de faire part de leurs propositions de trocs à l’artiste via un post-it qu’ils apposent à côté de l’œuvre souhaitée. Lors de la dernière édition, une dame avait posé un post-it à côté d’une œuvre, sur lequel il était noté : “J’ai passé deux magnifiques heures en compagnie de votre œuvre”. Il y avait aussi d’autres propositions plus mercantiles (villa au lac de Côme etc..). Mais l’artiste a choisi de donner son œuvre à la première dame, car il avait été très touché par son petit mot. Cette anecdote met en évidence la fonction première de l’art : la rencontre de l’Autre.

9. Quels sont les projets, les perspectives du Centre culturel Wolubilis ?

Nous souhaitons développer le festival d’art de rue qui vient juste d’être reconnu comme tel et tenter d’en faire le premier événement de ce type à Bruxelles. De plus, nous avons pour ambition de continuer à développer le volet « Arts contemporains », ainsi que des nouveaux partenariats.

10. Contacts et information

www.wolubilis.be

www.artotheque.be

www.wolubilis.be/fr/ateliers