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Pendant un an, trois festivals originaux au cœur de 3 quartiers bruxellois.
Les défis et mutations qui attendent Bruxelles sont immenses : mobilité, crise du logement, multiculturalité, etc. De grands architectes et urbanistes internationaux planchent sur son avenir : Christian de Portzamparc pour le quartier de la rue de la Loi et, maintenant, l’urbaniste français qui a réussi l’île de Nantes, Alexandre Chemetoff, choisi par la Région pour dessiner un plan directeur sur toute la zone du canal, soit 2850 ha qui forment actuellement, estime Chemetoff, « un mur ».

L’art et la culture sont partie prenante de ces défis. Le théâtre KVS, plus bruxellois que flamand, veut les relever et va réaliser cette année une expérience originale de théâtre « hors les murs », pour mieux ancrer ses pratiques dans la ville et la vie de ses communautés. En plus de sa programmation normale, il propose trois mini-festivals dans trois quartiers bruxellois où il travaille depuis des mois avec divers artistes, les comités d’habitants et les habitants eux-mêmes. Le KVS est habitué à jeter ainsi des ponts : on connaît sa collaboration suivie avec le National (festival « Toernee General ») et avec le Congo.

Ces festivals préparés sous la direction de Willy Thomas, commencent le 17 novembre à la Cité modèle de Laeken. Ils se prolongent en février à Saint-Josse où on pourra entre autres voir une création autour du personnage de Guy Cudell et une autre du jeune Romain David (du « Raoul collectif ») avec des jeunes du quartier. En mai, ce sera dans le quartier européen autour de l’idée d’un musée de l’Europe.

La « Cité modèle » de Laeken est un bel exemple d’architecture utopiste et moderniste, imaginée au lendemain de la guerre par l’architecte Renaat Braem. Une maquette flamboyante du projet complet fut vue par 42 millions de personnes à l’Expo 58. Mais on ne réalisa qu’une partie du programme et aujourd’hui, les 2000 habitants de ces appartements sociaux, souvent des pensionnés d’origine étrangère, se plaignent des conditions de vie dans leurs « tours ». Le KVS s’y est installé et propose, pendant 2 semaines, des activités variées permettant, en plus, de découvrir la Cité, à côté du métro Roi Baudouin.

Le thème évident de ce premier festival dont le centre est à la « Cité culture » (fléchée au cœur de la Cité modèle) est bien l’urbanisme. On pourra y suivre un débat sur l’avenir du logement social : il faut d’urgence construire 60000 logements à Bruxelles et 34000 personnes sont déjà sur des listes d’attente pour un logement social. Comment va-t-on faire pour répondre à ça sans répéter les erreurs du passé ? Thomas Gunzig, bien connu pour ses interventions à la RTBF, a écrit le texte d’une pièce sur les liens architecte/client, appelée « Skieven », et qui sera jouée sur place du 22 au 30 novembre. « Skieven » vient de l’injure des Marolliens à l’encontre des architectes. On y entendra ainsi le « client » admettre que l’appartement « est certes bien, mais que sa femme n’a pas trouvé où mettre l’aspirateur. » Il y est aussi bien que « la souris dans son trou. »

Une « agence de voyages » un peu spéciale vous permet de loger quelques nuits (gratis) sur place et on peut suivre un passionnant parcours guidé par une botaniste qui explique que les plantes sauvages de la Cité viennent de tous les coins du monde. Le grand architecte paysager, Gilles Clément (très à la mode), a planté devant la Cité modèle un de ses jardins nomades où les plantes voyagent librement.

Un artiste, Jozef Wouters, est en résidence dans un appart de la Cité depuis mars. Ennuyé d’avoir « pris » un de ces apparts si demandés, il a modifié son approche et a invité les habitants de la Cité à lui soumettre leurs doléances. Elles vont dans tous les sens, mais il affiche sa philosophie : « all problems can never be solved ». Il a proposé à des architectes de venir dans son appart-atelier pour inventer des solutions utopistes sous forme de maquettes. Une femme handicapée se plaint que l’ascenseur est trop souvent en panne, ils proposent de transformer son appart en appart mobile pouvant descendre au niveau du sol à volonté. Ils proposent de vider la prison de Saint-Gilles et d’y placer les gens qui ont peur et qui cherchent une protection, etc. Visualiser les problèmes est déjà l’amorce d’une réflexion, comme le montrent les projets qui se développent concrètement cette fois avec les jeunes et leur terrain de foot. Il y aura une expo/performance de ces maquettes.

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